Zola : les coulisses de Germinal

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© Bianchetti/leemage/AFP
Zola : les coulisses de Germinal
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Le 23 février 1884, un homme très brun, portant de petites lunettes rondes sort du train à Valenciennes (Nord)...

À propos de l'article

  • Publié par :Sophie Laurant
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7013 du jeudi 27 avril 2017

Février 1884. Valenciennes. Émile Zola (1840-1902) est devenu, depuis quelques années, un écrivain à succès, grâce aux douze premiers épisodes des Rougon-Macquart, sa série de romans sur « l’histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire ». L’auteur défend avec ardeur un nouveau courant littéraire « naturaliste » qui estime que la psychologie des personnages se comprend par l’observation précise de leur environnement social et de leur hérédité, et qu’un écrivain doit s’engager sur les grands problèmes de l’époque.


Il a entendu que douze mille mineurs se sont mis en grève non loin de là, à Denain. "Or Émile Zola veut écrire sur la condition ouvrière. Du jamais-vu !", explique l’historien Gérard Dumont.

Par son ami, Alfred Giard, adjoint au maire de Lille, il a entendu que douze mille mineurs se sont mis en grève non loin de là, à Denain. « Or Émile Zola veut écrire sur la condition ouvrière. Du jamais-vu ! » explique l’historien Gérard Dumont, l’un des commissaires de l’exposition « Germinal, fiction ou réalité ? » au Centre historique minier de Lewarde (Nord).


Durant une semaine, l’écrivain, qui a déjà publié Gervaise (sur l’alcoolisme) et Nana (sur la prostitution), s’imprègne de l’ambiance spectaculaire des fosses. Il descend dans un puits de mine, interroge les ingénieurs, les « porions » (contremaîtres) et les « gueules noires ». Il entre dans les corons, fréquente l’estaminet où viennent se distraire les familles… Sans cesse, il prend des notes et esquisse même un plan de sa fosse imaginaire qu’il nomme le Voreux. « La fosse qui dévore les hommes », traduit Gérard Dumont qui admire le sens du symbole de Zola et ses talents d’observation : « Des installations techniques aux détails de la décoration des intérieurs, tout est précis et exact. »

Un roman mais pas un reportage

Cependant, Germinal est un roman puissant, mais pas un reportage. Car, pour frapper fort, Zola noircit le tableau. Il décrit des mineurs totalement misérables alors qu’ils étaient parmi les mieux payés des ouvriers spécialisés. L’écrivain, admirateur de Shakespeare et Michelet, sait qu’il doit faire souffler le drame sur son intrigue : ce sera la grève qui va cristalliser les tensions tragiques entre les personnages. « Alors même qu’il a admiré le calme et la discipline des mineurs de Denain, remarque encore Gérard Dumont, sa grève tourne à l’émeute violemment réprimée. »


Il décrit des mineurs totalement misérables alors qu’ils étaient parmi les mieux payés des ouvriers spécialisés. L’écrivain, admirateur de Shakespeare et Michelet, sait qu’il doit faire souffler le drame sur son intrigue.

Avant qu’un attentat ne déclenche un effondrement mortel des galeries… « Il faut que le lecteur bourgeois ait un frisson de terreur », note benoîtement Émile Zola dans ses cahiers préparatoires. S’il a figé, jusqu’à aujourd’hui, dans l’imaginaire collectif, une vision terrible et exagérée de la dureté du monde de la mine, ce roman militant pour une amélioration du sort des ouvriers connaît, dès sa sortie en feuilleton en novembre 1845, un immense succès populaire. En 1902 encore, lors de l’enterrement d’Émile Zola, les mineurs de Denain, venus en délégation à Paris, scandent avec fierté, « Germinal ! Germinal ! » Quel plus bel hommage pouvait-on imaginer pour l’écrivain engagé, auquel l’Académie française refusa toujours un siège  d’immortel ?


Exposition

Centre historique minier de Lewarde (Nord). Jusqu’au 28 mai. Rens. : 03 27 95 82 82 ou www.chm-lewarde.com

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Paru le 10 août 2017

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