L’orthographe, une passion française

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Jusqu’aux années 1950, l’orthographe a donc été considérée comme une matière noble de l’école primaire © Kzenon/Fotolia
Jusqu’aux années 1950, l’orthographe a donc été considérée comme une matière noble de l’école primaire.
Jusqu’aux années 1950, l’orthographe a donc été considérée comme une matière noble de l’école primaire © Kzenon/Fotolia

Écrire correctement reste une valeur importante de notre société. Ce qui explique les passions autour de l’enseignement du français et du retour de la dictée. Mais aussi l’engouement pour les jeux liés à l’orthographe.

En annonçant, le 18 septembre, que les nouveaux programmes de primaire prévoyaient « des exercices quotidiens de dictée », la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem a provoqué de nombreuses réactions contradictoires…

Un vecteur d’unité nationale

Mais pourquoi l’orthographe suscite-t-elle tant de réactions ?

« Parce que la France a fait de la langue, depuis la Renaissance, un vecteur important de l’unité nationale, répond Jean-Luc Jaunet,  président des ‘‘Lyriades de la langue française’’  , une association angevine. Depuis 1882, l’enseignement obligatoire d’une même orthographe française, dégagée des accents et des patois régionaux que l’État combattait, semblait primordial. »

Jusqu’aux années 1950, l’orthographe a donc été considérée comme une matière noble de l’école primaire et la dictée comme l’épreuve suprême pour réussir son certificat d’études.

Avec succès : « Les lettres des poilus de la Grande Guerre, rappelle Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuel de l’Académie française, montrent que ces ouvriers et paysans modestes avaient bien acquis une bonne orthographe et, plus important encore, savaient raconter très clairement les événements qu’ils traversaient ! »

Pourtant, depuis le milieu du XXe siècle, la maîtrise de l’orthographe a reculé sur l’échelle des priorités : « Par rapport à 1965, entre le CP et la terminale, les élèves se sont vu retirer huit cents heures de français au profit de nouveaux savoirs », constate Loïc Drouallière, chercheur à l’université de Toulon (Var).

En outre, l’école a souhaité valoriser l’étude d’œuvres littéraires plutôt que la consolidation des acquis grammaticaux. « Résultat, déplore-t-il, les bacheliers 2012 font deux fois plus
d’erreurs de lexique et de grammaire que ceux de 1994. »

Un outil essentiel

Est-ce si important ? Après tout, les bacheliers ont par ailleurs acquis des notions d’informatique ou d’anglais qu’ignoraient nos poilus…

« Écrire ‘‘mourir’’ avec deux ‘‘r’’ ou pharmacie avec un ‘‘f’’ montre qu’on ne lit pas beaucoup, qu’on ne connaît pas un large vocabulaire. Mais c’est moins grave que d’oublier le ‘‘s’’ du pluriel ou de ne pas accorder correctement le participe passé, répond Bruno Dewaele, ancien professeur de français et champion du monde d’orthographe. Ces fautes de grammaire témoignent de la confusion sur le sens qui règne dans l’esprit de celui qui écrit. »

Pour Hélène Carrère d’Encausse aussi, l’essentiel est là : « L’Académie française ne se soucie pas tant de simplifier l’orthographe d’usage par une nouvelle réforme que d’alerter le ministère de l’Éducation nationale sur le sort des 20 % d’enfants qui ne sont pas à l’aise avec la grammaire française à la fin du primaire. S’ils ne maîtrisent pas l’outil, ils ne seront pas bons non plus en littérature, en maths, en histoire, etc. »

Un « plus » professionnel 

Et l’orthographe demeure un facteur discriminant à l’embauche : Loïc Drouallière a mesuré qu’entre deux candidats au profil identique, celui qui possède une orthographe impeccable « bénéficie de 60 % de prises de contacts supplémentaires par des recruteurs, par rapport à celui qui fait des fautes ».

Écrire correctement reste « un symptôme de rigueur, de conscience professionnelle pour les entreprises et leurs clients », observe Bruno Dewaele.

D’après ces professionnels de la langue, la prise de conscience qui se fait au niveau des programmes scolaires a déjà eu lieu pour la formation professionnelle.

Ainsi, se développent des initiatives privées comme le « Projet Voltaire » , qui propose des exercices en ligne pour améliorer son niveau et décrocher des certificats de français.

Se réconcilier avec l’orthographe

À un niveau plus populaire, la multiplication des compétitions d’orthographe, dans toute la France depuis les fameux « Dicos d’or » proposés par Bernard Pivot jusqu’en 2005, témoigne aussi que l’engouement pour le « bien écrire » revient : concours des « Timbrés de l’orthographe », compétitions des Lyriades …

« Les gens sont terrorisés à l’idée de faire des fautes, alors la dimension ludique de notre dictée les réconcilie avec l’orthographe », a remarqué l’institutrice à la retraite Barbara Berby, qui dicte, chaque été, des textes tirés du roman Le Grand Meaulnes aux adultes et aux enfants, dans le musée-école consacré à son auteur, Alain-Fournier, dans le Cher. »

 Jouer avec la langue est un luxe typiquement français 

→ conclut Hélène Carrère d’Encausse. À ne pas perdre !

                   

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La dictée Pèlerin

           

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Paru le 18 janvier 2018

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