Melle, une cité en quête de paix dans le Poitou

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Église Saint-Hiliaire, à Melle (Deux-Sèvres). © Alain Le Bot
Église Saint-Hiliaire, à Melle (Deux-Sèvres).
Église Saint-Hiliaire, à Melle (Deux-Sèvres). © Alain Le Bot

Melle, dans les Deux-Sèvres, est un haut lieu de l'art roman. Située sur un itinéraire des pèlerinages de Compostelle, la cité respire la sérénité.

À propos de l'article

  • Créé le 27/02/2018
  • Publié par :Pascaline Balland
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7057 du 1er mars 2018

"Melle, petite cité de caractère", lit-on sur la plaque qui marque l'entrée de la bourgade des Deux-Sèvres. Ce caractère pacifique et accueillant se dégage de prime abord des douces collines bocagères alentour et de la pierre calcaire des maisons basses. Nous voilà en plein Poitou, attirés par la réputation de l'exceptionnel patrimoine dont Melle est dépositaire : avec 3 700 habitants, la ville ne compte pas moins de trois églises remarquables.

La ville ne compte pas moins de trois églises remarquables.

Cette accumulation intrigante s'explique historiquement par la présence d'argent dans le sous-sol. Des mines, exploitées dès l'époque du roi Dagobert Ier (603-639), ont fait la prospérité du pays. Au XIIe siècle, les pèlerinages de Compostelle ont pris la suite. L'atmosphère bienfaisante qui règne aujourd'hui pourrait-elle remonter à des temps aussi lointains ? Chercher la réponse à fleur de pierre va guider notre balade.


Des mines, exploitées dès l'époque du roi Dagobert Ier (603-639), ont fait la prospérité du pays.

Nous voici à pied d'œuvre devant Saint-Savinien, le plus ancien des trois sanctuaires. Sur l'arc du portail tout simple, deux lions, tels des gardes du corps, encadrent un Christ en majesté. Nathalie Gaillard, animatrice des Villes et pays d'art et d'histoire, le déchiffre pour nous : « Au tournant du XIIe siècle, le lion est une figure ambivalente. Côté négatif, il symbolise la férocité ; côté positif, il promet protection, ici contre le péché. »

Linteau deux lions entourant le Christ en mageste dans mandorle Saint Savinien Pays dart et dhistoire Mellois en Poitou

DR


Deux lions, tels des gardes du corps, encadrent un Christ en majesté.

Le péché, et plus précisément la luxure signalée par une femme aux seins nus sur le chapiteau de gauche. « Les bâtisseurs utilisaient l'architecture et la sculpture comme supports pour délivrer un message, poursuit l'historienne. À Saint-Savinien, comme à Saint-Hilaire et Saint-Pierre, le programme est précis : il s'agit de promouvoir la paix de Dieu, un mouvement spirituel et social lancé par l'Église pour contenir les débordements des chevaliers féo-daux et moraliser les conduites. »

Des chapiteaux de propagande

On peine à imaginer tant de tumulte dans le calme dédale des ruelles qui sillonnent la motte médiévale avant de plonger vers la rivière Béronne, en contrebas. Soudain, au débouché de la rue Saint-Hilaire, le somptueux chevet de Saint-Hilaire apparaît. Depuis 1998, cette église bien vivante est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco.

Parce que cela arrangeait les pèlerins de Compostelle, le portail d'accès est latéral. Un cavalier de profil le surmonte. Son cheval foule au pied un petit personnage renversé. Il s'agirait de Constantin Ier , premier empereur romain converti au christianisme, écrasant le paganisme.« Cette allégorie masque une propagande plus locale, explique Nathalie Gaillard.

Cavalier surmontant le portail lateral de Saint Hilaire Pays d'art et d'histoire Mellois en Poitou

DR

Constantin Ier , premier empereur romain converti au christianisme, écrasant le paganisme.

Plusieurs seigneurs de Melle se sont prénommés Constantin. Cette statue rappelle qui était le protecteur séculier du lieu. » À Saint-Hilaire, ce qui s'affiche, c'est la lutte contre la violence, notamment dans sa version guerrière suggérée par de petits soldats retranchés derrière leur bouclier au sommet de la voussure.

À l'intérieur, la nef compense à grand renfort de marches la forte pente du terrain. Quant au chœur, conçu par le designer Mathieu Lehanneur en 2011, ses ondulations de marbre blanc semblent faire corps avec l'environnement alentour.


Sur les chapiteaux : des scènes de vie quotidienne et de chasse voisinent avec les créatures fantastiques.

Une manière contemporaine et magistrale de lier ancrage terrestre et attente de révélation. Les 282 chapiteaux poursuivaient le même projet : des scènes de vie quotidienne et de chasse voisinent avec les créatures fantastiques de l'imaginaire médiéval, basilics ou chimères, ou avec l'évocation des vices et des vertus…

À l'abri de la voûte végétale du chemin botanique aménagé un peu plus haut, deux kilomètres et demi d'une ancienne voie de chemin de fer reconvertie conduisent en une demi-heure jusqu'à Saint-Pierre. Nathalie Gaillard confie sa préférence pour la plus modeste des églises de Melle : « Les plus beaux chapiteaux sont ici. Un en particulier sort du lot : le tireur d'épine. »

Chapiteau du tireur dEpine Pays dart et dhistoire Mellois en Poitou

DR

Le chapiteau représentant le tireur d'épine est devenu symbole de pénitence.

Le motif, inspiré de l'Antiquité, rappellera des souvenirs aux marcheurs ! « Il est devenu symbole de pénitence, précise notre guide, le mal comme l'écharde devant être arraché pour continuer d'avancer. » Depuis l'âge d'or des pèlerinages de Compostelle, au XIIe siècle, le code de lecture de la sculpture romane s'est en partie perdu. Malgré cela, les précieuses vignettes en relief de Melle délivrent un viatique toujours actuel : la paix commence avec la reconnaissance de nos aspirations contradictoires.

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Mes conseils

Se munir d'une lampe torche pour bien voir chapiteaux et sculptures. Demander cartes et documentation à l'office de tourisme du Pays mellois, 3 rue Émilien-Traver (à deux pas de Saint-Savinien).

Tél. : 05 49 29 15 10. b Boucler le tour de Melle grâce au Chemin de la découverte, parcours arboré balisé de panneaux d'initiation forestière.




Laurent Stefano

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Paru le 19 juillet 2018

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