Madeleine Pauliac, la combattante de l’ombre

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Madeleine Pauliac à 20 ans, externe en médecine après avoir obtenu son bac à 16 ans. © DR
Madeleine Pauliac, la combattante de l’ombre
Madeleine Pauliac à 20 ans, externe en médecine après avoir obtenu son bac à 16 ans. © DR

"Je souhaite qu’une plume plus autorisée et toute d’affection écrive peut-être un jour pour nous cette leçon." Quand, ce 27 juillet 1946, à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), l’abbé Beilliard  prononce l’hommage funèbre à Madeleine Pauliac, il ne se doute pas que le neveu de celle-ci exaucera son vœu soixante-dix ans plus tard.

À propos de l'article

  • Publié par :Pierre-Olivier Boiton
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    7007 du Jeudi 16 mars 2017

Élevé dans le discret mais prestigieux souvenir de sa tante Madeleine – chevalier de la Légion d’honneur, croix de guerre avec palme, « Morte pour la France » –, Philippe Maynial retrace, dans un récit inspiré et poignant (1), les hauts faits de cette jeune médecin. Un incroyable destin façonné par la Seconde Guerre mondiale et versé, bien ingratement, à la liste des héros anonymes de la Résistance. Tragique ironie, c’est sur la route, et après avoir sillonné, en tous sens, celles de Pologne et d’URSS, qu’elle meurt accidentellement, à 33 ans, le 13 février 1946, près de Varsovie.


Un incroyable destin façonné par la Seconde Guerre mondiale et versé, bien ingratement, à la liste des héros anonymes de la Résistance

Au total, 40.000 km parcourus, depuis le 2 mai 1945, au cours de 200 missions à la tête de l’Escadron bleu : une brigade de 12 femmes chargées par le général de Gaulle de rapatrier les Français (estimés à 300.000) en rade dans cette zone de l’Europe de l’Est, champ de ruines et de cendres encore chaudes. Le temps presse : un rideau de fer s’abat sur le Vieux Continent.

La barbarie de Staline remplace celle d’Hitler au fur et à mesure que l’Armée rouge « libère » ces lieux. Avec ses 11 conductrices-ambulancières, Madeleine Pauliac part en convoi récupérer, sur des routes impraticables et dans des paysages de désolation, des membres du STO (2), des prisonniers de guerre, des déportés et des réfugiés. Au chapelet des horreurs sanitaires s’ajoute la pénurie médicale. L’eau manque, des journaux servent de pansements…


40.000 km parcourus, depuis le 2 mai 1945, au cours de 200 missions à la tête de l’Escadron bleu

Mais le pire est ailleurs : l’occupant soviétique ne respecte pas l’accord signé avec le général de Gaulle sur le rapatriement des Français. Ainsi, Madeleine et ses intrépides compagnes doivent-elles négocier, au péril de leur vie, avec des soldats paillards, soûls et enragés, pour récupérer les « Malgré-nous », ces Alsaciens-lorrains enrôlés de force dans l’armée nazie. « Madeleine se fera même passer pour la cousine d’un pilote de l’escadrille Normandie-Niemen, chère au cœur des Russes, pour sauver des Français », confie son neveu.

Des « têtes brûlées » sur des terres brûlées, ces jeunes femmes ? « Elles ont mené des missions à hauts risques, sans en tirer la moindre gloire, avec une immense modestie », poursuit Philippe Maynial, également à l’origine du scénario des Innocentes (3). Récemment nominé aux Césars, le film porte à l’écran un autre acte héroïque de Madeleine : celle-ci aida des religieuses polonaises, victimes de viols de guerre par les Soviétiques, à accoucher.

Madeleine fera même rapatrier en France plusieurs des nouveau-nés. Mais elle n’aura jamais de leurs nouvelles : la faute à cette route verglacée
de Pologne qui interrompt sa vie. Rendant « Sainto », « Petit Bob » et ses autres équipières de l’Escadron bleu, inconsolables.

(1) Madeleine Pauliac, l’insoumise. XO éditions, 286 p. ; 19,90€.
(2) Service du travail obligatoire.
(3) Les innocentes. DVD, 1 h 50, TF1 Vidéo ; 10€.

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Paru le 18 mai 2017

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