Le tombeau du Christ restauré

agrandir Le tombeau du Christ restauré
© Dusan Vranic/AP/SIPA
Le tombeau du Christ restauré
© Dusan Vranic/AP/SIPA

Alors que les restaurations du tombeau du Christ s'achèvent ce 22 mars, retour sur un chantier exceptionnel. Pour la première fois depuis 1809, le tombeau de Jésus, haut lieu de la mémoire chrétienne, a été ouvert. Un moment fort en émotion pour les chercheurs chargés de sa restauration.

À propos de l'article

  • Publié par :Sophie Laurant
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    4 novembre 2016; mis à jour sur Pelerin.com le 22 mars 2017

"Je suis entrée dans la petite pièce obscure pour voir la tombe de Jésus débarrassée du marbre qui cachait le rocher. Une partie de mon cerveau se demandait froidement ce que les scientifiques allaient pouvoir trouver sur cette roche nue, tandis que l’autre partie s’émouvait d’être aussi près que possible de ces vestiges, témoins de l’Incarnation, qu’avaient vus les tout premiers pèlerins », raconte Marie-Armelle Beaulieu.


L’intérêt patrimonial et historique de tels travaux est plutôt de donner des clés plus précises de compréhension du paysage à l’époque de la Passion

Rédactrice en chef de Terre Sainte (1), le magazine des Franciscains, gardiens des lieux saints pour l’Église catholique, la journaliste avoue être ressortie « les larmes aux yeux ». Elle a eu le rare privilège de visiter le tombeau du Christ, situé au cœur de l’église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, alors que les chercheurs de l’université d’Athènes, entre le 27 et le 29 octobre, démontaient puis remontaient les panneaux de marbre qui tapissent le rocher.

Cette équipe de chimistes, archéologues, ingénieurs… intervient depuis Pâques et jusqu’au début 2017 pour analyser et consolider l’édicule, « la petite chapelle » qui recouvre le tombeau et menace ruine. Les défauts de structure sont accentués par la condensation due à la respiration du flux incessant de pèlerins. Résultat : les mortiers se défont, fragilisés aussi par la chaleur dégagée par les cierges.

weboktombeau jesus 000_MV44R

© Thomas Coex/AFP

Des travaux indispensables

Cette opération est une première depuis 1809, date à laquelle une grande reconstruction avait été effectuée. Les autorités grecques orthodoxes, catholiques et arméniennes, qui se partagent la gestion du Saint-Sépulcre, étaient conscientes, depuis le tremblement de terre de 1927, de la nécessité d’intervenir sur le monument pour assurer sa pérennité. Mais ce n’était pas leur priorité… jusqu’en février 2015, quand l’Autorité des Antiquités israéliennes a imposé durant quelques heures une fermeture du tombeau, pour raison de sécurité.


Qu’on ne s’attende pas à trouver des indices historiques sur la présence de Jésus dans la tombe !

Cet incident a incité les gardiens des lieux à s’entendre sur un programme de restauration assorti d’une étude scientifique, pour un montant d’environ 3 millions d’euros. « Un bel exemple de l’œcuménisme pratiqué ici au quotidien », souligne Marie-Armelle Beaulieu, qui regrette qu’on ne parle, au contraire, que des différents qui surgissent parfois entre les représentants de cette grande famille chrétienne.

Le journal américain National Geographic a obtenu l’exclusivité des images filmées durant les travaux, pour un documentaire qui sera diffusé, dit-on, dès ce mois de novembre. Malgré le suspense que ce média entretient, « qu’on ne s’attende pas à trouver des indices historiques sur la présence de Jésus dans la tombe ! » avertit Marie-Françoise Baslez, professeur émérite d’histoire des religions de l’Antiquité à l’université Paris IV (2).

D’abord parce qu’il a été mis au tombeau à la hâte, dans une modeste cavité avoisinant le Golgotha. Ensuite parce que la cavité elle-même a été arasée et transformée bien des fois au cours de l’histoire. Il ne subsiste que le « lit funéraire », que l’on suppose être celui où a reposé le Christ, et quelques pans de rochers englobés dans une succession de murs.

 

À partir de l’empereur Constantin, en 324, puis à trois périodes encore, un nouvel édicule, toujours plus vaste et majestueux, a recouvert et transformé le précédent. Laissant juste un passage pour que les pèlerins, quatre par quatre, puissent aller s’agenouiller devant le lit funéraire, lui-même recouvert d’une dalle. Innovation : depuis le 3 novembre, une fenêtre, percée derrière ce lieu de prière, permet de voir une partie du rocher.

L’intérêt patrimonial et historique de tels travaux est plutôt, selon Marie-Françoise Baslez, de donner des clés plus précises de compréhension du paysage à l’époque de la Passion

Aucune découverte spectaculaire n'a été faite lors de ces travaux mais une seconde plaque de marbre, inconnue jusque là, qui recouvrait le lit funéraire a été mise au jour. Cette plaque avait été mise en place au XVIe siècle pour protéger le tombeau des pèlerins en mal de reliques, qui prélevaient des morceaux de marbre et détérioraient le Saint-Sépulcre. Cette dalle réemployée ici, a une origine plus ancienne puisqu'une croix gravée dessus permet de la dater du XIIe siècle.

L’intérêt patrimonial et historique de tels travaux est plutôt, selon Marie-Françoise Baslez, de donner des clés plus précises de compréhension du paysage à l’époque de la Passion, avec ses tombes creusées dans le rocher, près du lieu du supplice. Mais aussi de documenter l’histoire d’un pèlerinage qui commence très tôt. « Voir le rocher nu, conclut-elle, c’est retrouver le lieu beau et émouvant de la plus ancienne mémoire chrétienne. »

(1) www.terresainte.fr

(2) Auteure de Comment notre monde est devenu chrétien, Éd. Points, 224 p. ; 7,80€.

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 23 novembre 2017

Notre Librairie

Voyages et croisières