Philippe Bonnet, conservateur en chef du patrimoine : "Le mécénat est plus nécessaire que jamais"

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Le jury du concours "Pèlerin" Un patrimoine pour demain. Philippe Bonnet est au premier rang, le troisième en partant de la gauche. © Bruno Lévy
Le jury du concours Pèlerin Un patrimoine pour demain. Philippe Bonnet est au premier rang, le troisième en partant de la gauche.
Le jury du concours "Pèlerin" Un patrimoine pour demain. Philippe Bonnet est au premier rang, le troisième en partant de la gauche. © Bruno Lévy

Philippe Bonnet, conservateur en chef du patrimoine et président du concours Pèlerin Un patrimoine pour demain, analyse les évolutions depuis vingt ans.

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Concours « Un patrimoine pour demain » 2013

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À propos de l'article

  • Créé le 30/05/2013
  • Modifié le 30/05/2013 à 14:00
  • Publié par :Philippe Bonnet
  • Édité par :Claudine Daynac, Fatma Ben Mamar (service de presse Pèlerin)
  • Publié dans Pèlerin
    4 novembre 2010

« À l'’heure où le concours Un patrimoine pour demain fête son 20e anniversaire, qu’'il soit permis à un compagnon de route, sinon de la première, du moins de la deuxième heure, membre du jury dès 1991, de livrer ici quelques réflexions.

Depuis 1990, l’'opération s'’est inscrite dans le paysage culturel du pays et a pris rang dans l’'agenda de tous les amis et défenseurs du patrimoine. En vingt ans, Pèlerin a récompensé quelque 230 projets, répartis dans 21 régions, et facilité l'’installation professionnelle d'’une pléiade de jeunes restaurateurs et artisans d'’art.
Ici, c’'est une statue découverte dans les combles d’'une église, là un tableau exhumé dans les caves d’'un hôpital (soulignant au passage la fragilité du patrimoine dans un secteur exposé aux restructurations).

Des édifices ou des objets remarquables pour leur valeur historique ou mémorielle, mais aussi de véritables chefs-d’'œuvre tirés de l’oubli comme les peintures murales de Giovanni Baleison dans la chapelle de l’'Annonciade (1480-1485) de Tende, dans les Alpes-Maritimes, ou la sublime Annonciation de Grand-Camp, dans l’'Eure, désormais attribuée au peintre espagnol Antonio de Pereda (1599-1669), passés parfois inaperçus des services compétents, tel le panneau de la Crucifixion de Monflières, dans la Somme.

La notion de patrimoine a beaucoup évolué depuis 30 ans

Le bilan typologique est éclairant. Certes, les éléments du patrimoine « traditionnel » viennent en tête du palmarès, avec la statuaire (39 dossiers), les tableaux de chevalet (35), le mobilier religieux – retables, chaires à prêcher, confessionnaux, etc. (32), les peintures murales (28) et les édifices du culte - chapelles, couvents, oratoires - (28), les vitraux (23), les croix et calvaires (14), le patrimoine musical et campanaire (7).

Mais les résultats reflètent aussi l’'extension considérable de la notion de patrimoine que l’'on observe depuis trente ans.

Au sein même des catégories mentionnées plus haut, la part prise par les XIXe et XXe siècles s’'accroît régulièrement, avec des ensembles aussi importants –- et méconnus –- que les peintures murales de Romain Cazes, élève favori d'’Ingres, à Bagnères-de-Luchon (1852-1854), en Haute-Garonne, les vitraux Art nouveau de l’'église Sainte-Jeanne-d’Arc de Lunéville (1912-1926), en Meurthe-et-Moselle, ou le grand triptyque de Lucien Jonas au séminaire de Lille (1934).

Le patrimoine de proximité, qu'’il se rattache à l’'activité rurale ou industrielle d’'autrefois, mobilise les énergies, avec 11 dossiers sélectionnés.

Ailleurs, c'’est l’aspect de lieu de mémoire qui s'’impose, avec le « séminaire des barbelés » du Coudray, camp dont l’'abbé Franz Stock fit un lieu de formation pour les prêtres allemands prisonniers, ou les fresques de Nicolas Greschny à Pratlong, dans le Tarn, rappelant un épisode de la Seconde Guerre mondiale.

La création contemporaine trouve aussi sa place, avec huit dossiers dans la section vitraux, et puis des projets atypiques : la numérisation d’'un fonds photographique de 3 000 clichés sur l’'Océanie, la restauration d'’un évangéliaire copte du XIIIe siècle, ou le retour à Paray-le-Monial d’'une grande rosace conçue par l’'usine locale de céramiques d’art pour l’'Exposition universelle de 1900.

Si la bannière de la confrérie de l’'Orne ou la maison des Béates –- ces laïques pieuses qui se vouaient à l'enseignement et à l’'assistance dans les villages des monts d’'Auvergne -– nous parlent de temps où la solidarité était forte, derrière chaque dossier reçu, c’'est une aventure humaine d’'aujourd’'hui, collective le plus souvent, qui se dessine en filigrane.

Lorsqu’'un village entier des Charentes renaît autour de son patrimoine restauré de façon exemplaire par des chantiers d’'insertion, on voit que l’'enjeu dépasse largement le champ culturel.

Face à la crise, les actions fortes de mécénat sont indispensables

Notre jury s'’est doté très tôt d'’une solide méthodologie, n’'excluant pas, Dieu merci, les coups de cœœur !

Il s'’est voulu pédagogue, en donnant aux concurrents non retenus des conseils de bon sens : demander des devis à des restaurateurs spécialisés, faire systématiquement des sondages en recherche de peintures murales lors de rénovations intérieures, ne pas sacrifier au culte de la pierre apparente...

Le concours a pris naissance dans une période où la dynamique était forte : après 1980, déclarée année du patrimoine, ce fut en 1984 la création des « Journées Portes ouvertes dans les monuments historiques », devenues en 1991, à l’'instigation du Conseil de l’'Europe, les Journées européennes du patrimoine.

C'’est peu dire que le contexte a changé : la crise économique, des pouvoirs publics suspectés de se désengager du champ patrimonial, une réelle difficulté du monde associatif à renouveler ses cadres rendent plus nécessaires que jamais des actions fortes de mécénat et de communication comme celle-ci.

Alors, ensemble, gardons le cap ! »

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Paru le 10 août 2017

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