Stéphane Bern : "Restaurer le passé c’est bâtir l’avenir"

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Stéphane Bern devant l'abbatiale de Thiron-Gardais. © Stéphane Compoint
Stéphane Bern devant l'abbatiale de Thiron-Gardais.
Stéphane Bern devant l'abbatiale de Thiron-Gardais. © Stéphane Compoint

Pour les 26 ans de notre Grand Prix Pèlerin du patrimoine, l’animateur Stéphane Bern, passionné d’histoire et de patrimoine, est notre parrain. Ce 3 novembre, il distingue nos sept lauréats au musée Quai Branly-Jacques-Chirac, à Paris. Et remercie les lecteurs de Pèlerin de leur soutien à la restauration de l’abbatiale de Thiron-Gardais (Eure-et-Loir).

Grand Prix Pèlerin du Patrimoine : l'édition 2017

Concours « Un patrimoine pour demain » 2013

À propos de l'article

  • Publié par :Catherine Lalanne
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    6988 du 3 novembre 2016

Pourquoi avez-vous accepté d’être le parrain de cette 26e édition du Grand Prix Pèlerin du patrimoine ? Que retiendrez-vous de cette expérience ?

Stéphane Bern : Quand on a la chance d’avoir une visibilité médiatique dans le domaine de l’histoire et du patrimoine, il faut savoir joindre les actes à la parole.


Je me sens le devoir d’aider ceux qui œuvrent à transmettre et à sauvegarder notre identité.

Je ne parle pas d’une identité défensive, hystérisée, instrumentalisée pour des raisons politiques. Je parle de la fierté d’appartenir à une civilisation riche de culture qui se rassemble autour de son patrimoine. Le Grand Prix Pèlerin encourage à la fois la transmission et le vivre-ensemble, deux piliers de la cohésion sociale si nécessaire aujourd’hui. J’étais naturellement à vos côtés. J’ai trouvé votre jury d’experts et vos dossiers d’une grande qualité. J’étais le petit nouveau et j’ai le cœur tendre quand il s’agit des chefs-d’œuvre en péril : je voulais tout sauver. Votre exigence m’a enrichi.

Les choix se sont faits dans un véritable consensus. Je garderai en mémoire tous ces bénévoles anonymes mobilisés pour ­reconstruire un prieuré, ­restaurer un retable… Vos lecteurs sont des gens admirables.

Ils se sont mobilisés en masse pour vous aider à sauver l’abbatiale de Thiron-Gardais. Plus de 99 000 € ont été collectés à ce jour via notre partenaire, La Fondation du patrimoine. Y a-t-il un effet Stéphane Bern ?

Même si j’ai servi de catalyseur, je parlerais surtout de l’effet Pèlerin. Vous avez plus d’antériorité et de légitimité que moi dans le domaine du patrimoine de proximité. Votre journal maille le territoire, il est enraciné dans toute la France.

Vos lecteurs sont conscients des richesses de nos régions. Ils les côtoient au quotidien. Ils connaissent leur valeur spirituelle, morale, économique.

Ce sont eux qu’il faut remercier. Grâce à leur générosité, les murs du cloître de l’abbatiale de Thiron-Gardais (Eure-et-Loir) vont être renforcés. Et nos enfants pourront venir s’y ressourcer comme ceux qui nous ont précédés.


Nous ne sommes propriétaires de rien ici-bas, seulement les dépositaires d’un héritage. Notre fierté, c’est de le consolider et de le transmettre.

Dans Secrets d’Histoire ou Visites privées, sur France 2, vous menez les Français dans des hauts lieux de culture. Mais vous associez aussi votre nom au patrimoine de proximité.

Le patrimoine de nos régions est le plus fragile. L’État recule. Les particuliers et les communes peinent à faire face. Partout, châteaux et chaumières, musées et lieux de mémoire sont menacés. On m’appelle sur tous les fronts : à Lyon où le musée des tissus, témoin du passé industriel de la ville risque de fermer, à Saumur, en Anjou, terre historique du cheval où le Cadre noir est en danger. Jusqu’à Paris, où de grandes églises – la Madeleine, Saint-Augustin, Saint-Eustache – se dégradent sous nos yeux.

Nos dirigeants rognent sur le budget de la culture alors qu’en période de crise, son rayonnement nous permet de tenir ensemble. Voir un lieu de mémoire ou de foi s’éteindre à côté de chez soi participe au sentiment d’abandon général des Français. C’est pourquoi il faut s’allier pour dire non à l’irrémédiable.

Je me suis associé cet été à l’initiative « don sans contact » menée par le Centre des monuments nationaux, les Caisses d’épargne et Visa. Des remparts de Carcassonne (Aude) au village d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), les visiteurs de seize sites de France peuvent devenir leurs défenseurs en passant juste leur carte bancaire sur une borne sécurisée. Deux euros par visiteur, c’est peu de chose. Mais multipliés par des milliers, ça change tout !

Est-ce pour cela que vous avez créé vous-même, en janvier, une Fondation pour l’histoire et le patrimoine, à l’Institut de France ?

J’ai voulu rassembler, là encore, les bonnes volontés. Et montrer aussi que le patrimoine se tourne vers demain. Nous y aiderons des jeunes historiens à publier leurs travaux et nous mettrons l’innovation technologique au service de la mémoire : je raffole des HistoPad, ces tablettes numériques qui permettent au public, en utilisant la réalité augmentée, d’explorer les lieux en remontant le temps.

Ainsi au château de Chambord (Loir-et-Cher), les visiteurs voyagent à l’époque de François Ier. Ces balades immersives spectaculaires fascinent les jeunes. Nous avons le devoir de leur donner le goût de l’histoire et de la beauté. Afin qu’ils deviennent un jour à leur tour, des restaurateurs et des bâtisseurs. On ne crée rien ex nihilo, en se coupant de ses racines. On ne se construit pas avec des soustractions. Grandir, c’est additionner, se relier, appartenir.

Rendez-vous à partir de Vendredi 4 novembre sur pelerin.com pour découvrir nos sept lauréats en vidéos !

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Paru le 23 mars 2017

Voyages et croisières