Erik Orsenna, écrivain : "Je suis un pèlerin dans l’âme"

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« Comme tous les voyageurs, j’ai besoin d’ancrage. Le patrimoine est un port pour s’arrimer et pour repartir », Erik Orsenna. © Philippe Quaisse /Pasco
« Comme tous les voyageurs, j’ai besoin d’ancrage. Le patrimoine est un port pour s’arrimer et pour repartir », Erik Orsenna.
« Comme tous les voyageurs, j’ai besoin d’ancrage. Le patrimoine est un port pour s’arrimer et pour repartir », Erik Orsenna. © Philippe Quaisse /Pasco

Pour les 25 ans de notre Grand Prix Pèlerin du patrimoine, le romancier Erik Orsenna est notre parrain. Ce 5 novembre 2015, il distingue nos huit lauréats au Petit Palais, à Paris, et lance à nos côtés un appel de soutien au patrimoine syrien et irakien en danger

Grand Prix Pèlerin du Patrimoine : l'édition 2017

Concours « Un patrimoine pour demain » 2013

À propos de l'article

  • Créé le 04/11/2015
  • Publié par :Catherine Lalanne
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6936, du 5 novembre 2015

Pèlerin. Vous avez accepté de parrainer cette 25e édition du Grand Prix Pèlerin du patrimoine. Pourquoi ?
Erik Orsenna. Je suis un pèlerin dans l’âme. Comme vous, je me situe du côté des passeurs, des éveilleurs. J’aime rendre hommage, je cherche les traces de ceux qui m’ont précédé, je suis à l’affût des lieux d’énergies, tel le médecin chinois qui cherche les points d’acupuncture pour faire circuler les flux.

Comme vos lecteurs, j’éprouve un immense respect pour la Création et je m’y sens relié. Comme vous, enfin, je me trouve en fraternité totale avec l’humanité en marche. Même si je préfère prendre la mer qu’arpenter la terre, je navigue avec l’obstination et l’humilité du pèlerin.

Comment peut-on être à la fois un grand voyageur et un défenseur du patrimoine ?
E. O. Comme tous les voyageurs, j’ai besoin d’ancrage. Le patrimoine est un port pour s’arrimer et pour repartir. On ne peut aller vers l’autre que si l’on possède des racines. Je ne crois pas à l’idée de citoyen du monde, la globalité m’exaspère. On dit « les femmes », « l’Afrique »… De quel être humain, de quel peuple parle-t-on ?

Ma mère n’est pas une autre femme et il y a mille Afrique. Je crois à la singularité de chacun, c’est pourquoi je suis romancier et non pas essayiste. Car plus on est singulier et enraciné dans son histoire personnelle, plus on touche à universel.

C’est votre définition du patrimoine, cet héritage à la fois singulier et universel ?
E. O. Le patrimoine, c’est ce trésor propre à chacun et commun à tous, un flambeau transmis par nos prédécesseurs dont il faut préserver la lumière pour les générations futures.

Le meilleur de nos ancêtres nous est confié pour nous aider à vivre. S’ils ont voué leur vie à créer et à préserver ces merveilles, alors une morale et une espérance sont possibles. Partout où la mémoire des hommes s’exprime, je vibre à l’unisson de ceux qui m’ont précédé : à la basilique de Vézelay, à Assise, sur le Chemin des Dames, je ressens ce que je dois à mes aînés. Nos ego sont provisoires ; nous sommes les maillons d’une chaîne éternelle, la vie commence avant nous et continuera après.

Vous êtes sur tous les fronts de défense de notre héritage commun.
E. O. Tout est œuvre. Je n’établis pas de hiérarchie entre nos héritages. Je ne fais pas de différence entre la culture et la nature, le patrimoine bâti et les arbres, l’immatériel et les matières premières, tant l’interaction entre l’humain et l’environnement est constante. J’ai consacré une biographie à Le Nôtre qui a fait culminer le génie à Versailles en mariant le minéral et le végétal.

Écrire Voyage au pays du coton ou Sur la route du papier, présider six années durant l’École nationale supérieure du paysage, soutenir l’équipe de LHermione qui a œuvré à la réplique de la frégate de La Fayette, tenter de remonter la flèche de la basilique Saint-Denis ou mobiliser les amoureux du vin pour faire classer les grands crus de Bourgogne par l’Unesco sont autant de missions qui se complètent et se répondent.

Vous définiriez-vous comme un passeur de mémoire ?
E. O. Plutôt un raconteur d’histoires. Elles me traversent et je les restitue. Un grand travailleur aussi. J’aime le labeur, le résultat qui se mérite. Je ne crois pas du tout qu’on ira mieux en travaillant moins. Pasteur, à qui je consacre mon dernier ouvrage, était un bourreau de travail.

Vous rendez un vibrant hommage à ce savant dont vous occupez le fauteuil
à l’Académie française.
E. O. C’est mon voisin du quai Conti, François Jacob (décédé en 2013, NDLR), prix Nobel de médecine qui m’a poussé à le faire : « Puisque tu occupes le fauteuil de Louis Pasteur, il te faut plonger dans son existence et étudier la biologie », me répétait-il. J’ai relevé le défi et me suis passionné pour le monde mystérieux des bactéries.

Mon livre La vie, la mort, la vie raconte l’acharnement de mon illustre prédécesseur à élaborer un vaccin contre la rage. Je lui rends hommage ainsi qu’à tous les savants qui tentent de comprendre la vie et de contrer les maladies qui nous menacent. Je propose une lecture très personnelle de son parcours et je dis beaucoup de moi à travers lui.

Votre vision du patrimoine n’est pas immobile.
E. O. Le génie du patrimoine fait que toutes les générations s’y arriment mais que chacune renouvelle son regard. En se transmettant, la mémoire se réenfante. Les lectures d’un chef-d’œuvre ou d’un texte fondateur se renouvellent et nous font progresser. Quand le pape François propose une interprétation renouvelée de l’Évangile, le monde devient meilleur !

Le danger commence quand on fige la vision et le temps, quand une organisation terroriste comme Daech tente d’imposer au monde sa lecture archaïque du Coran. Notre rôle est de passer et d’enrichir la mémoire, pas de l’instrumentaliser ni de l’accaparer à des fins destructrices.

Quelles réflexions vous inspire la destruction systématique des patrimoines syrien et irakien ?
E. O. Les merveilles que les djihadistes détruisent nous permettaient de nous projeter dans l’avenir. Chacun pouvait se dire en les voyant : s’ils l’ont fait il y a des siècles, nous sommes capables des mêmes prodiges. Quand des obscurantistes saccagent les sites antiques, ils nous privent volontairement de cette confiance qui permet d’avancer ; l’ombre gagne le monde.

Mais quand Pèlerin soutient les jeunes archéologues syriens et irakiens, la flamme se ranime. Grâce à ces jeunes chercheurs, la mémoire des hommes va perdurer, la splendeur du monde ne va pas s’éteindre. En les aidant, nous nous aidons tous.


 A lire

libre Erik Orsenna

La vie, la mort, la vie : Pasteur, d’Erik Orsenna, Ed. Fayard, 198 pages.


Et aussi

double lauréat bis

Découvrez les huit lauréats de l'édition 2015 du Grand Prix Pèlerin du Patrimoine
dans notre édition n° 6936, du 5 novembre 2015.

Vos commentaires

2 Commentaires Réagir

Orsenna et la vérité scientifique et historique

angeblanc 15/01/2016 à 10:55

Je vois que mon message n'a pas été publié et pourtant Orsenna n'a fait par son livre que confirmer l'hagiographie pasteurienne. Il n'apporte rien de nouveau sur Pasteur qui reste certes un grand savant mais un très mauvais confrère en ne citant ... lire la suite

Livre d'Orsenna

angeblanc 14/01/2016 à 17:42

Le problème c'est qu'Orsenna, non scientifique, a écrit sous la dictée d'Arbois,fond de commerce de Pasteur. Il continue donc la légende du Dieu Pasteur servie depuis un siècle sans préciser par exemple que Pasteur, vitaliste, a toujours combattu ... lire la suite

Paru le 21 septembre 2017

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