Le destin de Bakhita

agrandir Joséphine Bakhita, esclave au Soudan jusqu’à ses 14 ans,  est devenue religieuse canossienne en Italie. Vénérée jusqu’à sa mort, elle fut canonisée en 2000  par Jean-Paul II.
Joséphine Bakhita, esclave au Soudan jusqu’à ses 14 ans, est devenue religieuse canossienne en Italie. Vénérée jusqu’à sa mort, elle fut canonisée en 2000 par Jean-Paul II. © Fototeca Gilardi/Leemage
Joséphine Bakhita, esclave au Soudan jusqu’à ses 14 ans,  est devenue religieuse canossienne en Italie. Vénérée jusqu’à sa mort, elle fut canonisée en 2000  par Jean-Paul II.
Joséphine Bakhita, esclave au Soudan jusqu’à ses 14 ans, est devenue religieuse canossienne en Italie. Vénérée jusqu’à sa mort, elle fut canonisée en 2000 par Jean-Paul II. © Fototeca Gilardi/Leemage

Kidnappée en 1875 au Soudan, torturée, Bakhita, libérée à 14 ans, a choisi l’amour de Dieu. La romancière Véronique Olmi raconte avec passion le parcours inouï de cette femme, devenue religieuse. Rencontre. 

À propos de l'article

  • Publié par :Muriel Fauriat
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    24 août 2017

Pèlerin. Comment avez-vous rencontré Bakhita ?

Véronique Olmi. Bakhita est la sainte patronne de l’église Saint-Jean-Baptiste à Langeais, en ­Touraine, où je possède une maison. Je suis entrée dans l’église, un jour. Il y avait son portrait, quatre ou cinq dates. Cela m’a happée. J’ai abandonné le livre que j’écrivais pour me jeter corps et âme dans l’histoire de Bakhita. J’ai vécu pour elle, par elle, pendant deux ans !

Qu’est-ce qui vous a touchée ?

Son parcours, de l’esclavage à la sainteté, son message, une force de vie et d’amour inimaginable.

Bakhita a été arrachée aux siens, dans un village du Darfour (Soudan), à l’âge de 7 ans, vendue comme esclave à un riche chef arabe qui l’a donnée en joujou à ses enfants sadiques. Rachetée par un Turc, elle est battue tous les jours. Enfin, libérée à 14 ans par le consul italien à Khartoum, elle panse ses plaies chez les Filles de la Charité canossiennes, en ­Italie. Puis elle devient religieuse et s’occupe avec un dévouement sans commune mesure de milliers d’enfants orphelins recueillis dans l’institut des sœurs à Schio, en Italie.

Touchées, celles-ci publient son histoire, Storia ­meravigliosa (­Histoire merveilleuse). C’est un immense succès. Bakhita devient un exemple. Des gens viennent la voir de partout, par dévotion ou par curiosité – pensez, une sainte noire, en ­Italie, à l’époque ! Le pape Pie XI l’a rencontrée. ­Mussolini lui-même a tenté de la récupérer pour sa propagande. Jean-Paul II l’a déclarée sainte en 2000.

Comment a-t-elle fait pour survivre ?

Pour rester vivante et ne pas oublier qui elle était, même si elle ne connaissait plus son prénom ? Mystère. Était-ce parce qu’elle s’est toujours occupée d’un enfant ? Binah, kidnappée avec elle, Indir, avec qui elle est partie en Italie, Mimmina, enfin, l’enfant de l’Italienne pour qui elle travaillait. Peut-être était-ce comme le reflet de sa jumelle…

En Italie, c’était dur, aussi. Sa négritude effrayait. À Schio, elle a été exposée deux jours en public, afin que la population « s’habitue » à elle. Quelle douleur ! Elle subit tout cela, mais cela ne l’empêche pas d’aimer sans retenue.

Qu’est-ce qui vous a le plus interpellée dans son parcours ?

L’esclavage, qui n’appartient pas au ­passé ! Il y a 46 mil­lions d’esclaves dans le monde encore aujourd’hui. Le viol, que Bakhita a subi, qui reste une arme de guerre.

Et puis sa foi m’a interpellée. Bakhita a mis à mal beaucoup de choses en moi. J’ai relu Totem et tabou de Freud, fait des équations, essayé de comprendre : Dieu le Père, était-ce ce père qu’elle n’avait pas connu ? Et puis je me suis trouvée si bête ! C’est plus complexe que cela.

Sa conversion n’est pas un amour de confort mais un combat.

Avant d’être religieuse, Bakhita allait très mal. Elle portait la honte d’avoir été esclave, la culpabilité des rescapés. Pour s’abandonner à l’amour de Dieu, faire confiance, elle a dû lâcher prise. Sa conversion n’est pas un amour de confort mais un combat. Un travail de résilience passé par mille tourments.

Vous-même, avez-vous la foi ?

Jésus fait partie de ma fondation même si je ne sais pas s’il est le fils de Dieu ou un simple prophète. Mais j’ai la conviction que l’on vit après la mort. Bakhita est là, avec moi !

Comment avez-vous travaillé ?

Sur Internet, j’ai trouvé d’occasion, en italien, Storia meravigliosa, le récit de sa vie jusqu’à son noviciat, qu’elle a elle-même raconté. Cette édition a été retravaillée, accompagnée d’une suite, de témoignages. Je suis allée en Italie : à Schio, où elle a vécu quarante ans, à Venise. J’ai vu l’église où elle servait, où elle a été baptisée. À l’institut de Schio, il y a la même école, l’église, la cour de récréation. Vous sonnez, les sœurs vous ouvrent… On peut voir la chambre de Bakhita, là où elle est décédée, son fauteuil roulant en bois.

Mais je n’ai pas fait un travail d’historienne. J’ai pris comme socle les dates et lieux, et la Storia. Puis j’ai cherché à rendre dans ce livre le retentissement de Bakhita en moi. Je n’ai pas pu dire tout ce que j’ai appris. Elle avait un humour extraordinaire. Quand on l’oubliait, vieille femme cassée en deux dans son fauteuil roulant au fond de l’église, elle disait : « Ce n’est pas grave, je suis restée plus longtemps avec Dieu… »


COUV BAKHITA

Éd. Albin Michel, 464 p. ; 22,90 €.

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Paru le 21 septembre 2017

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