Père José Tolentino Mendonça : "L’amitié, le secret pour rencontrer Dieu"

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"Nous devons apprendre à apprécier non pas ce que Dieu nous donne, mais la profondeur et l’intensité de sa présence", P. José Tolentino Mendonça. © R. Mohr / Plainpicture
"Nous devons apprendre à apprécier non pas ce que Dieu nous donne, mais la profondeur et l’intensité de sa présence", P. José Tolentino Mendonça.
"Nous devons apprendre à apprécier non pas ce que Dieu nous donne, mais la profondeur et l’intensité de sa présence", P. José Tolentino Mendonça. © R. Mohr / Plainpicture

Prêtre, bibliste et poète portugais, le P. José Tolentino Mendonça dresse l’éloge de l’amitié. Puisant dans la Bible, la spiritualité et les arts, il nous invite, dans son Petit traité de l’amitié (Éditions Salvator), à redécouvrir la richesse de ce lien.

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À propos de l'article

  • Créé le 01/10/2014
  • Publié par :Marie-Christine Vidal
  • Édité par :Aurore Hautbois
  • Publié dans Pèlerin
    6879, 2 octobre 2014

Pèlerin. Vous êtes prêtre et bibliste. Pourquoi vous êtes-vous intéressé à l’amitié ?

Tolentino

P. José Tolentino Mendonça. Les histoires bibliques, de la même façon que nos vies et nos chemins de foi, nous transmettent un savoir, non par des procédés abstraits, mais par l’intensité d’une expérience.

L’amitié a cette sagesse éminemment pratique : elle découle toujours d’une situation vivante et concrète. C’est une expérience universelle.

Pourtant, nous y prêtons peu d’attention car nous avons tendance à évoquer plutôt l’« amour ». Utilisé à tout va, ce mot perd de sa force expressive. Tout est amour ! Et plus nous parlons d’amour, moins nous savons de quoi nous parlons.

Je suis convaincu que cela est dû en grande partie à un manque de réflexion sur l’amitié. J’ai écrit ce livre pour aider à réfléchir au sens et à la pertinence d’un lien si fort.

► Vidéo. Interview de José Tolentino Mendonça. Source : Agenciaecclesia. Durée : 23 min 17 (entretien en portugais)

 

De la même façon, le vocabulaire religieux utilise beaucoup le mot « amour », mais évoque peu l’amitié de Dieu.
J. T. M. Oui ! Il est clair que l’idée de l’amour est à la fois nécessaire et inspirante pour évoquer notre relation avec Dieu. Mais le danger du langage de l’amour est de se perdre dans l’indéfini. De trop idéaliser notre relation à Dieu.

L’amour est une tâche démesurée : c’est « tout ou rien ».

Et nous finissons souvent par le côté « rien » des choses, dévorés par des sentiments de culpabilité. L’amitié est une forme plus humble, plus concrète et se prêtant peut-être plus à pouvoir être vécue. Concevoir notre relation à Dieu comme un lien d’amitié peut avoir un effet extraordinairement libérateur.

Qu’est-ce que cela change de considérer Dieu comme un ami ?
J. T. M. Beaucoup de choses ! D’abord, l’amitié est dénuée de pression. Contrairement à la relation amoureuse, nous acceptons sereinement d’ignorer bien des choses d’un ami.

Avec lui, nous sommes mieux à même d’accepter la différence, une certaine distance que nous ne percevons pas comme faisant obstacle à la confiance. Un ami fait partie de notre vie sans cesser d’être « autre ». Autre point : entre amis, le silence n’est pas source d’embarras.

L’amitié consiste aussi à être ensemble sans parler. Vue de la sorte, la pratique de la prière s’approfondit, ouvre à d’autres dimensions de l’être. Comme l’ami, Dieu agit sans vouloir nous contrôler, nous apprivoiser.

Notre relation avec lui passe par la sereine reconnaissance de nos limites, la liberté, la gratuité.La prise de conscience de ce qu’Il traverse ma vie et que cette traversée porte du fruit en moi.

Pour le dominicain Timothy Radcliffe, l’amitié est « le risque immense de nous laisser voir par d’autres dans toute notre vulnérabilité, en nous remettant entre leurs mains ». Si nous acceptons cette définition, n’est-ce pas à Jésus plus qu’à tout autre que s’applique le titre d’« ami » ?

Comment l’amitié peut-elle aider à rencontrer le Christ ?
J. T. M. L’amitié est une école de foi.

Rabbi, où demeures-tu ? Venez et voyez, leur dit-il. Ils allèrent donc et virent où il demeurait et ils restèrent auprès de lui ce jour-là.

→ Jn 1, 38-39

« Rester avec », « demeurer », « accompagner » sont les secrets de l’amitié. Elle ne s’alimente pas de rencontres épisodiques ou de faits extraordinaires. Elle se déploie dans une continuité.

Elle a la saveur de la vie quotidienne, des espaces familiers, du pain partagé, de l’intimité, des conversations détendues, des rires et des larmes, de l’hospitalité de l’écoute.

Qu’est-ce qu’une amitié spirituelle ?
J. T. M. Dans la tradition chrétienne, l’amitié n’est pas seulement une composante de l’éducation humaine, mais le lieu privilégié de la construction d’un itinéraire spirituel.

L’amitié que nous pouvons avoir avec Dieu, en Jésus-Christ, devient un modèle pour construire nos amitiés humaines.

En nous rendant proches de l’ami intérieur, qui n’est autre que Dieu lui-même, nous recevons de lui l’amour pour aimer nos amis de manière juste.

Une amitié spirituelle est le lieu de la rencontre entre l’humain et le divin, où les amis peuvent avoir part à Dieu, où ils peuvent s’immerger dans son mystère.

Ainsi, comme l’écrit Aelred de Rievaulx, moine du XIIe siècle : « Dès lors qu’un être humain est ami d’un autre, il devient l’ami de Dieu. » L’amitié spirituelle est une théophanie, une manifestation de Dieu.

Quelle est la fonction spirituelle de l’ami ?
J. T. M. Aider dans la quête de Dieu et de sens. Aider à vivre avec réalisme la vie, ses exigences, ses défis. Constituer une ancre au milieu du monde. « Ce qui embellit le désert, dit le Petit Prince de Saint-Exupéry, c’est qu’il cache un puits quelque part. » Un ami, c’est un puits.

Quel est le secret des amitiés qui durent ?
J. T. M. Accepter l’amitié comme une histoire à construire chaque jour.

Et quand cette histoire s’interrompt volontairement ? Comment se remettre de la trahison d’un ami ?
J. T. M. Nous pensions vivre une amitié stable, en misant tout sur elle, et nous nous rendons compte qu’il n’en est pas ainsi…

À vrai dire, nous devons toujours nous demander si nos désillusions ne sont pas dues, dans une large mesure, à une vision narcissique de l’amitié. Nous ne pouvons pas oublier que l’amitié est une expérience soutenue par le pardon.

Il arrive qu’on ait le sentiment que Dieu nous trahit…
J. T. M. C’est un fait : nous n’arrivons pas toujours à accueillir les silences de Dieu dans l’espérance. L’homme a besoin d’un Dieu qui lui est utile, qui détient un pouvoir sur le monde, qui le protège.

Le défi de la spiritualité chrétienne s’inscrit dans une conversion : nous devons apprendre à apprécier non pas ce que Dieu nous donne, mais la profondeur et l’intensité de sa présence.

Votre livre a eu du succès au Portugal. Comment l’expliquez-vous ?
J.T.M. La tradition chrétienne nous a donné un ensemble d’ingrédients clés, mais ils ont besoin de se confronter au dialogue avec le monde contemporain, plein de contradictions mais aussi riche d’incroyables possibilités.

En réalité, notre humanité est un récit de Dieu : notre visage nous raconte comment est le sien ; nos mains nous donnent à voir les siennes ; il parle en nos paroles ; nos silences et nos rires sont des cartes routières très sûres pour ceux qui cherchent à parvenir à Lui.

Comme n’importe quel père ou mère, Il ne désire pas que son enfant soit plus grand ou plus petit, plus blond ou plus brun. Tout ce qu’Il souhaite, c’est que ses fils et filles soient qui ils sont, en plénitude.

Rappelons-nous cela et posons-nous les questions qui vont nous permettre d’avancer : comment retrouver Dieu au plus profond de nous-mêmes ? Comment retrouver la trame de l’amitié de Dieu ?



livre amitié

Le livre

Petit traité de l’amitié, Éditions Salvator, 256 p. ; 20 €.

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Paru le 18 janvier 2018

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