24 heures avec les moines du Mont-Saint-Michel

Ils sont trois millions de touristes à déferler, chaque année, sur le rocher, et quatorze religieux pour les accueillir. Au cœur d'un des monuments les plus visités de France, l'abbaye du Mont-Saint-Michel propose une oasis de prière et de silence. Rencontre avec les moines de Jérusalem, veilleurs du souffle de Dieu dans la citadelle du vertige.

Petit, je voulais être gardien de phare. Il m'a fallu quarante ans pour réaliser mon rêve et devenir sentinelle de cette tour de la chrétienté. » Quand Patrick parle de sa vocation, deux petites flammes s'allument dans ses yeux telles des lanternes. Patrick a rejoint la citadelle du Mont-Saint-Michel l'été dernier et a choisi de donner un an de sa vie à Dieu au sein des Fraternités monastiques de Jérusalem. À l'issue de cette aventure spirituelle intense, ils sont devenus tous les deux « regardants » sur le rocher.

À la Toussaint, Patrick a franchi une nouvelle étape, reçu la croix de bois des « postulants ». Quand frère François-Marie, prieur du Mont, le sentira prêt, il prononcera ses vœux. « Rien ne me prédisposait à devenir moine. J'étais traducteur en langues des signes, passionné par mon métier. Et puis, à 39 ans, j'ai rencontré cette communauté jeune et active. J'ai goûté à la beauté de leur liturgie. Je suis toujours un passeur de parole, sauf que maintenant, c'est celle du Christ que je traduis aux pèlerins. » Du haut de la muraille médiévale, ces mordus de Dieu rayonnent de l'intérieur. Leur joie est palpable. Leur paix aussi.


Avant le coucher du soleil, nous nous mettons en paix

À la tête de la communauté depuis deux ans, frère François-Marie impulse cette sérénité. Sa ferveur est contagieuse. À l'oratoire, l'intensité de sa prière rejaillit sur tous les frères. Ce samedi de Pentecôte, au réfectoire, frère Jean-Gabriel fait le service, répartissant les plats de part et d'autre du prieur.

Après la lecture de la vie de saint Barnabé, le silence tombe. Faire silence, ce n'est pas seulement se taire, c'est accepter de vivre de l'intérieur. Attentif au moindre détail, frère François-Marie offre une rare qualité d'accueil. Sous sa houlette, le rituel du repas devient sacré, et le partage de l'eau et du pain, essentiel.
C'est avec la même sollicitude que le prieur entoure les moines, veillant à l'équilibre de chacun et à l'unité du groupe. « Vivre ensemble, c'est apprendre à dépasser les tensions quotidiennes.

« Avec deux points d'eau pour tous, un espace exigu, des équipements vétustes, les clichés sur la vie monacale sont vite éprouvés. Nous devons accepter la pauvreté, vivre en vérité et nous laisser transformer les uns par les autres, ajoute frère Charles-Marie. Seul prêtre de la communauté, Charles-Marie donne le sacrement de réconciliation aux pèlerins, mais fait aussi office d'hôtelier, de cellerier, dialogue avec le jardinier et peint des icônes.

À la frontière du Ciel et de la Terre

Quand les grilles de l'abbaye se ferment enfin, la nef est rendue au silence de Dieu. Les rares fidèles qui assistent à l'office ne troublent pas la ferveur des vêpres. Même si le moine de Jérusalem fait vœu de vivre dans la ville, ces temps de prière préservés demeurent le sel de ses jours. Dans le chœur, tous sont à genoux ou prosternés. Coule blanche pour les moines, cape immaculée pour les moniales.Dans ce berceau de pierre et de prière, à la frontière du Ciel et de la Terre, le pari de la foi semble plus raisonnable que celui d'un monde sans Dieu.

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Paru le 7 décembre 2017

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