24 heures avec les moines de Cîteaux

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Les moines de Cîteaux. © Jean-Luc Petit
Les moines de Cîteaux.
Les moines de Cîteaux. © Jean-Luc Petit

Fondée en 1098, l'abbaye de Cîteaux (Côte-d'Or) abrite une trentaine de moines qui vivent au rythme du silence, de la prière personnelle, du travail manuel... Deuxième reportage de notre série « Dans le silence des abbayes ».

4 heures du matin, à l'abbaye de Cîteaux. Pas question de manquer les Vigiles, la prière qui ouvre la journée, alors que la nuit n'est pas encore enfuie. Les frères, vêtus de la coule, - ou de la chape pour les profès-, prennent place dans les stalles, de part et d'autre du chœur. « Que de fois dans la nuit tu nous a réveillés Seigneur, Pour proclamer ton Nom et chanter ta louange. »

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Quatre coups de cloche s'envolent et soudain résonne le psaume. Les voix d'hommes, soutenues par l'orgue, trouent le silence. Une heure plus tard, alors que l'aube pointe, les lumières s'éteignent, seuls le tabernacle et le chœur restent éclairés. C'est le temps de la prière personnelle. Rénové en 1998, pour le neuvième centenaire de la fondation de Cîteaux, le lieu invite au recueillement, par sa clarté, la sobriété de ses éléments.

Ils sont une trentaine de frères, âgés de 92 à 28 ans, appartenant à l'Ordre des Cisterciens de la Stricte Observance, a avoir choisi une vie radicale, initiée par les pères fondateurs, Robert de Molesmes, Etienne Harding et Bernard de Clairvaux. A leur suite, ils vivent toujours au rythme de la règle de saint Benoît, se réunissent sept fois par jour pour prier.

Il y a quelques années, le père abbé a proposé une expérience à ses frères : reprendre la pratique du lavement des pieds. Après accord des moines, le geste a été pérennisé, quatre fois par an. « Il fait partie de nos grands moments de vie monastique, souligne Dom Olivier. Par ce geste, nous retrouvons le sens de l'eucharistie. Chacun est serviteur et seigneur. Si l'Église l'avait davantage pratiqué, bien des schismes auraient été évités... » Cet homme affable, qui ne fait pas ses 65 ans, a pour mission de conduire la vie spirituelle et matérielle de la communauté.

Chaque matin, après les laudes et la messe, Dom Olivier tient un chapitre (une réunion) de quinze minutes pendant lequel il donne un enseignement. En ce moment, il médite sur saint Benoît. Puis chacun vaque à ses occupations, entrecoupées par les temps de prière à l'église.

Tous les jours, les frères Paul et Benoît se rendent à la fromagerie, un bâtiment de la ferme. L'abbaye vit essentiellement de la fabrication et de la vente de son fromage, « le Cîteaux », cousin du reblochon. Les cinquante-cinq vaches montbéliardes produisent le lait. Il y a un an, la fromagerie a été totalement modernisée.

Même si les moines prononcent un vœu de stabilité qui, en principe, les enracine à Cîteaux jusqu'à leur mort, ils sont de grands aventuriers, disait Saint Benoît. Frère Jean-Claude en témoigne. En 1999, deux ans après le martyr des moines de Tibhirine, il accepte de partir en Algérie reformer une communauté.

Malgré l'accueil chaleureux de la population, la présence des moines suscite des représailles et un an plus tard, la communauté part au Maroc. A regret, Frère Jean-Claude regagne, lui, Cîteaux. On a besoin de lui, afin de permettre à d'autres frères de quitter l'abbaye pour une nouvelle aventure. Cette fois, en Norvège.

Forts seulement d'une intuition et d'une conviction, quatre moines se sont lancés, en 2009, dans la création d'un monastère dans le Nord Trøndelag, à « Munkeby » (la demeure des moines). Ainsi, dans la région la plus au nord de l'Europe, l'abbaye de Cîteaux retrouve son élan fondateur : des frères vivent la règle de saint Benoît, prient sept fois par jour en norvégien dans le petit oratoire en bois, en communion avec leurs frères de France.

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Paru le 18 janvier 2018

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