Verdun, de la guerre à la paix

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Bataille de Verdun : Vestiges du fort du Douaumont. © Stephane Compoint
Bataille de Verdun : Vestiges du fort du Douaumont.
Bataille de Verdun : Vestiges du fort du Douaumont. © Stephane Compoint

Cent ans après la bataille, les vestiges sont partout, dans une ville désormais dédiée à la construction de la paix comme sur le champ de bataille, devenu sanctuaire.

Les commémorations du Centenaire de la bataille de Verdun démarreront à la date et à l’heure historiques, soit le 21 février 2016, à 6 h 30 du matin, au lieu-dit du Bois des Caures, situé au nord du champ de bataille.

Une cinquantaine d’acteurs et figurants allemands et français liront des témoignages de combattants de 1916 engagés dans cette puissante offensive allemande ou qui, en face, ont résisté héroïquement sous les ordres du colonel Driant.

▶ Découvrez notre hors-série Verdun, la bataille.

Cet " arrêt sur mémoire " émouvant et respectueux a été organisé par l’association Connaissance de la Meuse, très active dans la transmission aux jeunes générations de la mémoire de la Grande Guerre.

Ce type d’évocation parle aux visiteurs d’aujourd’hui, désormais bien différents des familles d’anciens combattants qui défilaient auparavant.

⟶ explique son président, Jean-Luc Demandre.

▶ Vidéo. Bande annonce du spectacle "Des Flammes... à la Lumière" - Verdun. Organisé par l’association Connaissance de la Meuse.

 

Bande annonce du spectacle des flammes à la lumière - VERDUN from Pèlerin Vidéo on Vimeo.


Dès 1919, « tout un tourisme de mémoire s’est mis en place, dans Verdun même, qui n’a pas été aussi rasée que la propagande française le laissait croire », raconte Franck Meyer, de la mission Histoire du conseil général de la Meuse.

Très vite, les commémorations se sont multipliées pour honorer la résistance de la ville et le sacrifice des combattants.

Aujourd’hui encore, le flâneur, s’il apprécie les paisibles bords de Meuse, ne peut ignorer l’imposante citadelle souterraine où, durant tout le siège, était cuit le pain des poilus.

Il passe forcément devant le Monument à la Victoire qui se dresse en plein centre depuis 1929. À son sommet, un guerrier franc, calme mais déterminé, regarde la frontière allemande.

Un peu plus loin, l’expressive sculpture d’Auguste Rodin, La Défense, attire le regard. Lui répond aussi le sobre monument aux morts de la ville, de style Art déco.

Ce décor mémoriel n’empêche pas que, dès les années 1930, « les cérémonies de deuil se doublent d’appels à la paix. En 1936, une délégation allemande va même être invitée », précise Franck Meyer. La procession qui monte, de nuit, à l’ossuaire de Douaumont, sur le champ de bataille où reposent les restes emmêlés de 130 000 soldats inconnus des deux camps, va se jurer « plus jamais ça ! ».

La Seconde Guerre mondiale, évidemment, rouvre la blessure mais « les Allemands, à Verdun, n’oseront pas démolir les monuments, pas même le mémorial aux soldats juifs. Car le souvenir de cette bataille a aussi marqué leurs esprits », insiste Jean-Luc Demandre.

Ensuite, c’est, bien sûr, la poignée de main historique entre le président François Mitterrand et le chancelier Helmut Kohl, en 1984, qui consacre définitivement Verdun comme ville de paix.

Le Mémorial raconte la bataille à hauteur d’homme

Au Centre mondial pour la paix, installé sur la ville haute, dans l’ancien palais épiscopal, une exposition intitulée Que reste-t-il de la Grande Guerre ? est destinée à faire réfléchir le public sur l’impact, toujours actuel, de cet événement centenaire « où toute une génération a été sacrifiée », rappelle Véronique Harel, commissaire de l’exposition.

Celle-ci présente les cadres du conflit et prépare le visiteur à la montée sur le champ de bataille.

Là, il est accueilli dans le Mémorial des anciens combattants de Verdun, qui rouvre ses portes, entièrement rénové, ce même 21 février.

▶ Vidéo. Mémorial de Verdun 1916-2016, bande-annonce pour la réouverture le 21 février 2016.

 

Mémorial de Verdun 1916-2016 (bande-annonce) from Mémorial de Verdun on Vimeo.

Alors qu’il servait de sanctuaire clos pour recueillir les souvenirs des poilus, le Mémorial est désormais « un outil pédagogique qui raconte la bataille à hauteur d’homme, pour tous les publics, quelles que soient leurs nationalités », explique Édith Desrousseaux de Medrano, qui a conçu le parcours.

Symbole de cette volonté de faire comprendre le sacrifice inouï des combattants de 1916, les fenêtres et terrasses du Mémorial sont désormais ouvertes sur la forêt qui recouvre le sol meurtri.

Pas un arpent de terre n’a échappé à la pluie d’acier

Cette immensité boisée, parsemée de pins noirs d’Autriche, d’épicéas et de feuillus, est comme un écrin naturel propice à la mémoire.

Sous ce grand couvert végétal, les vestiges des combats sont restés en l’état : vieux ouvrages fortifiés, abris de cantonnement, postes avancés de l’infanterie.

Seuls 172 hectares du plateau de Douaumont n’ont pas été boisés et il suffit, aujourd’hui encore, de monter sur la carapace du fort pour juger de sa position-clé : sur la rive droite de la Meuse, le plateau de Verdun s’étend sous nos yeux, avec tous ses lieux passionnants à visiter : le fort de Vaux ; l’ouvrage de Froideterre ; les villages détruits de Fleury, Ornes ou Bezonvaux, lieux poignants qui ont gardé un maire et une âme ; le bois des Caures, au nord, où les chasseurs de Driant reçurent le premier choc, le 21 février 1916 ; le fort de Souville, au sud, limite de l’extrême avancée allemande le 12 juillet 1916.

Le tout sur une dizaine de milliers d’hectares. C’est dire l’étroitesse du théâtre d’opérations où s’empoignèrent des centaines de milliers d’hommes.

C’est dire, surtout, l’effet inouï que produisit sur cet espace concis la chute de 10 000 obus par jour ! Pas un arpent de terre n’échappa à la pluie d’acier, à tel point que l’on a compté, en certains endroits, jusqu’à 60 tonnes de ferraille à l’hectare.

Pas étonnant, donc, que le terrain soit toujours bouleversé, semé d’anciens boyaux menant aux premières lignes et de cratères parfois striés de barbelés rouillés. Les forestiers de l’Office national des forêts ont raison de l’affirmer :

À l’heure où les témoins du drame ont disparu, c’est le sol qui parle à Verdun.


Retrouvez notre dossier spécial Verdun dans votre Pèlerin n°6951





Découvrez aussi notre hors-série Verdun, la bataille.

Il y a exactement un siècle, en février 1916, commençait une immense et tragique bataille qui fit rage durant dix mois au-dessus de la ville de Verdun, causant la mort d’environ 300 000 soldats français et allemands.

Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi cette bataille est-elle devenue la plus mythique  dans la mémoire collective nationale ?

Dans ce hors-série exceptionnel, Pèlerin répond à ces questions et replace Verdun dans le contexte géopolitique mondial de la guerre de 1914-1918.

Grâce à des photographies inédites et « vues du ciel » de Stéphane Compoint, les vestiges du plus fameux des champs de bataille sont présentés sous un angle nouveau.

Dans ces pages également, Franck Ferrand, journaliste d’histoire à Europe 1, retrace et analyse les grandes étapes de la bataille.

Au centre du hors-série, un cahier spécial, élaboré en collaboration avec le magazine Okapi, donne les clés aux ados pour comprendre « LA » bataille.
Verdun, la bataille. 88 p. ; 7,90 €, en vente en kiosque, en librairie et sur le site https://librairie-prions.com

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

Verdun

penelope 17/02/2016 à 20:29

Je le savais déjà bien sur. Et j'y pensais souvent, mais en regardant et lisant ces récits je me rappelle combien nous devons à tous ceux qui se sont battus pour notre pays et la liberté d'y vivre tant en 14-18 comme mon père et 39-45 comme mes cinq ... lire la suite

Paru le 21 juin 2018

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