Jean-Christophe Rufin, écrivain : "Voir l’ami en l’ennemi"

agrandir Jean-Christophe Rufin est écrivain, il signe « Le collier rouge », un roman sur la Grande Guerre.
Jean-Christophe Rufin est écrivain, il signe « Le collier rouge », un roman sur la Grande Guerre. © Catherine Hellie gallimard
Jean-Christophe Rufin est écrivain, il signe « Le collier rouge », un roman sur la Grande Guerre.
Jean-Christophe Rufin est écrivain, il signe « Le collier rouge », un roman sur la Grande Guerre. © Catherine Hellie gallimard

Dans son roman Le collier rouge, l’académicien Jean-Christophe Rufin interroge l’héroïsme pendant la guerre de 1914. Entretien.

À propos de l'article

  • Créé le 21/04/2014
  • Publié par :Muriel Fauriat
  • Édité par :François Boulard
  • Publié dans Pèlerin
    6856, du 24 avril 2014.

Pèlerin. La Légion d’honneur attachée au cou d’un chien. N’est-ce pas un peu humiliant pour les hommes ?
Jean-Christophe Rufin. La photo de mon livre représente un chien qui a réellement été décoré de la Croix de guerre, le 19 août 1918, au camp de Bois-L’Evêque : il s’agit de Jacquot, du Régiment d’infanterie coloniale du Maroc. Cette image n’humilie ni les hommes, ni la Légion, ni les chiens. Beaucoup d’entre eux ont accompagné les poilus pendant la guerre de 1914. Ils chassaient les rats, donnaient l’alerte et certains ont été récompensés pour des actes de bravoure. Utiliser un chien comme un personnage à part entière permet d’éclairer autrement la guerre. Mon roman interroge l’héroïsme : est-ce une vertu humaine ou la part animale en chacun de nous ? C’est merveilleux, l’héroïsme. Mais c’est aussi une impasse. Pendant les trois guerres avec l’Allemagne, nous nous sommes battus comme des bêtes. Et nous sommes redevenus humains lorsque nous avons fait la paix et construit l’Europe. Ce qui différencie l’homme de l’animal, c’est sa capacité de voir l’ami en l’ennemi.

►Son. Jean-Christophe Rufin interviewé pour parler de son livre, "Le collier rouge". Source : Europe 1.


Comment avez-vous eu l’idée de ce roman ?
J.-C. R. Un ami photographe très cher, Benoît Gysembegh, m’a confié cette anecdote lors d’un reportage en Jordanie en 2011 : de retour de la guerre de 1914, son grand-père avait décoré son chien de sa Légion d’honneur et l’avait promené dans son village. Interpellé par un gendarme, il a dû être relâché juste après. Tout de suite j’ai eu l’idée d’un roman. Hélas, mon ami, malade, est mort avant de savoir que je le lui dédiais.

►Twitter. L’analyse du livre de Jean Christophe Rufin, Le collier rouge par une lectrice.

 

L’un des deux protagonistes de votre livre est un héros de guerre, qui a combattu sur le front d’Orient. En France, on connaît peu cette guerre-là.
J.-C. R. Le front d’Orient a été ouvert très tôt. Les alliés voulaient couper les ennemis – l’Allemagne et la Turquie – en deux, en occupant les Dardanelles, au fond de la mer Noire. Ayant subi une lourde défaite, les bataillons français, anglais, italiens, russes… se sont repliés à Salonique, pour défendre les Serbes et attaquer la Bulgarie. Ils ont été parqués pendant des mois, sans grande activité, jusqu’au succès de 1918, lorsqu’ils ont enfoncé les lignes allemandes. Mon arrière-grand-oncle était combattant dans les Dardanelles et il avait rapporté un bout de Zeppelin, ces ballons dirigeables que les Allemands utilisaient pour lâcher des bombes ou tirer. Petit, j’ai toujours vu ce bout de charpente en aluminium tordu…

 ► Vidéo. Jean Christophe Rufin : "Les gens aiment qu'on leur raconte des histoires." Source: RTL.

 
Jean Christophe Rufin : "Les gens aiment qu'on... par rtl-fr

Ce récit pose la question du patriotisme et de la loyauté. Que pensez-vous du patriotisme ?
J.-C. R. Il existe un patriotisme bienveillant, positif : celui qui nous fait acheter français ou aimer la culture de notre pays. Mais quand le patriotisme tourne au nationalisme ou à l’impérialisme, il devient bien sombre. Tout est question de proportion. Dans toutes les guerres, des gens ont dû choisir entre loyauté et humanité. À un certain degré de fidélité, on peut perdre son humanité.

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Paru le 18 janvier 2018

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