Les cieux sont-ils dans le ciel ?

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© Fidber / Flickr
Les cieux sont-ils dans le ciel ?
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Pour monter au ciel, mieux vaut s’armer de patience. Celle qu’impose l’attente pour grimper dans le ballon gonflable posé dans le parc André-Citroën, à Paris. D’abord, il a fallu se greffer à la file, devant le guichet vendant les billets. Puis, au bout de 45 minutes, récupérer le précieux sésame et accéder à la nacelle. Là, s’élever dans l’azur. À 150 mètres du sol, entre ciel et terre, la journaliste scrute les nuées. Nul Dieu à l’horizon

Pourtant, ne prie-t-on pas, « Notre Père, qui es aux cieux » ? Où Le trouver alors ? Un détour par la coupole de l’Observatoire de Paris m’en dira-t-il plus ? Mais j’ai beau coller mon œil à la lentille de la lunette astronomique, construite en 1849, rien !

Le ciel, les cieux. Les deux termes ne renvoient pas forcément à la même chose. « Le ciel peut être entendu de deux façons, note le P. François Euvé, théologien et physicien de formation. Il y a le ciel comme lieu physique, visible par l’œil humain, siège des phénomènes météorologiques et astronomiques où se promènent les avions ou les cosmonautes. Et puis il y a le ciel comme concept théologique, lieu de transcendance où vivent Dieu, les anges et les élus à la vie éternelle.

Selon la Bible, ce ciel divin est organisé comme un royaume avec son armée, ses généraux, ses magistrats. Au sommet, Dieu est assis, sur son trône. « Le pluriel, cieux, a toute une histoire dans l’Antiquité, précise François Boespflug, historien de l’art chrétien*. À l’époque, il était fréquent, chez les Grecs et les Juifs héllénisés, de distinguer sept cieux concentriques enveloppant la terre, autrement dit un ciel fait de sept étages. » Certains Pères de l’Église, comme Irénée de Lyon, ont repris l’expression.

Voilà pour les textes. De là à faire du ciel le lieu « physique » des cieux…. « Depuis la Renaissance et, a fortiori, depuis le siècle des Lumières et la crise moderniste (époque, au début du XXe siècle, à partir de laquelle des exégètes cessent de lire les Écritures au pied de la lettre, NDLR), plus personne n’imagine que cela aurait encore du sens de chercher à situer le ciel dans l’espace des étoiles et des galaxies », nuance François Boespflug.

« Cette cosmologie n’est plus la nôtre, complète François Euvé. Regarder vers le haut, pour y chercher Dieu, a surtout valeur de symbole. Celui de la verticalité comme appel à une autre existence possible. » D’ailleurs, dans la tradition chrétienne « les cieux, le ciel et le paradis ont connu diverses localisations », reprend François Boespflug. Vers l’Orient, à l’à-pic de certains sanctuaires, en haut de montagnes, près de l’équateur…

Mais s’il n’était pas besoin, au final, de monter au ciel pour goûter aux cieux ? Et si le royaume de Dieu pouvait se vivre ici-bas, dans le cœur humain ? « Je serais porté à répondre sans hésiter par l’affirmative, se réjouit François Boespflug. Il n’est pas exagéré, selon moi, d’interpréter certains moments de partage, d’intimité, de joie, comme ceux que peuvent offrir tour à tour l’entraide, le service et l’écoute du prochain, l’amour amoureux, la pratique des arts, comme des anticipations de la jouissance profonde qui sera ressentie par les bienheureux se rassasiant de la vision de Dieu. »

La carmélite Sainte Elisabeth de la Trinité l’écrivait : « Il semble que j’ai trouvé mon ciel sur la terre, puisque le ciel c’est Dieu et Dieu, c’est mon âme ».

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*Auteur de Dieu entre Orient et Occident, 2017, Éd. Bayard, 188 p. ; 21,90 €.

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

Les cieux

Toto le hirsute 26/07/2017 à 15:54

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Paru le 7 décembre 2017

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