Dieu pleure-t-il ?

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À propos de l'article

  • Publié par :Isabelle Demangeat
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    7026 du jeudi 3 août 2017

D’abord douce et sucrée, la gorgée de vin devient, sous le palais, légèrement âcre, râpeuse. elle ne pique pas, non, mais laisse en bouche un relent d’amertume. Le vin a été acheté dans un restaurant italien assez quelconque de la banlieue parisienne. Mais à regarder de plus près l’étiquette, son amertume n’étonne qu’à moitié. Le breuvage ici dégusté est un Lacryma christi del Vesuvio (larmes du christ du Vésuve, en italien), 2015. Un cru réputé en Italie et dans le monde entier pour sa qualité, mais aussi pour la légende qui l’accompagne. Ainsi, devant la débauche du peuple napolitain, Dieu aurait reconnu, dans le golfe de Naples, un « lambeau du ciel arraché par Lucifer pendant sa chute vers les enfers ». Et aurait pleuré.

Là où ses larmes tombèrent, sur les pentes du Vésuve, auraient alors surgi les vignes du Lacryma christi. L’histoire reste une légende. Mais elle rappelle, étrangement, les pleurs de Jésus devant les habitants de Jérusalem : « Lorsque Jésus fut près de Jérusalem, voyant la ville, il pleura sur elle, en disant: “ ah ! Si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui donne la paix ! Mais maintenant cela est resté caché à tes yeux.”» (Lc 19, 41-42.)


Face à la dureté de cœur de l’homme, le Christ pleure.

Face au péché, face à la dureté de cœur de l’homme, face à sa propension à se diriger vers sa propre destruction, le Christ pleure. Impuissant, il ne lui reste que ses pleurs pour exprimer son amour et sa miséricorde. Jésus pleure par ailleurs, dans l’Évangile, à deux autres reprises. Au moment de la perte de son ami Lazare (Jn 11, 33-36), et à l’approche de sa propre mort, à Gethsémani, comme l’évoque la lettre aux Hébreux (5, 7) : « Pendant les jours de sa vie dans la chair, il offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. » Vrai homme, le Christ montre ainsi qu’il épouse les conditions de l’homme, ses sentiments, ses expressions humaines. En tant qu’homme, il fait l’expérience des larmes. « Exact ! Mais qu’en est-il de Dieu ? », interroge le philosophe Paul Clavier (1).


Si le Fils pleure, cela veut-il dire pour autant que dieu le Père également ?

Si le Fils pleure, cela veut-il dire pour autant que dieu le Père également ? « Pas sûr ! répond-il. Pour le chrétien, Jésus est vrai homme et vrai Dieu, et c’est cette humanité, entièrement assumée par la nature divine, qui pleure sur les hommes en perdition, qui pleure Lazare mort. Mais si vraiment Dieu est le créateur du ciel et de la Terre, de l’univers visible et invisible, Il est celui qui est, au-delà du temps et des émotions. »

Cet avis, Sœur Anne Lécu, auteure de l’essai Des larmes (2), ne le partage pas. Pour la dominicaine : « Si Jésus est bien le fils de Dieu, c’est Dieu qui pleure et supplie Dieu. Les larmes du Messie sont une manière de remettre en question de façon radicale l’impassibilité de Dieu. » Comme le présentait le pape François, dans sa méditation matinale en la chapelle de la Maison Sainte-Marthe (Vatican), le 4 février 2014 : « Dans ces pleurs (de Jésus, NDLR), il y a la représentation des pleurs du Père, qui nous veut tous avec lui dans les moments difficiles. » Sœur

Anne Lécu va même plus loin dans cette interprétation : « Parce que le Fils de dieu a pleuré des larmes d’angoisse, de désolation et de douleur, chaque homme peut croire que chacune de ses larmes est désormais cueillie comme une perle fine par le Fils de Dieu. Chaque larme d’un fils d’homme est larme du Fils de Dieu. »


(1)  Auteur de L’énigme du mal ou Le tremblement de Jupiter, Éd. DDB, 97 p ; 12,20 €

(2)  Éd. du Cerf, 160 p. ; 12€

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Paru le 7 décembre 2017

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