Ukraine : L'hiver de la guerre

Au cœur des mines du Donbass, la ville d’Avdiivka, dans la banlieue de Donetsk, est l’épicentre de combats violents qui opposent l’armée ukrainienne aux séparatistes prorusses. Derrière les tranchées et à la merci des bombardements, les civils tentent de survivre.

À propos de l'article

  • Publié par :Stéphane Siohan (Textes) et Rafael Yaghobzadeh (photos), envoyés spéciaux
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    7002 du Jeudi 9 février 2017

Avdiivka et ses habitants

En 2014 et 2015, au plus fort de la guerre, les milices prorusses soutenues par le Kremlin ont tenté de s’emparer d’Avdïvka dont la population, de 35.000 habitants avant-guerre, est tombée à 8.000. Malgré les dégâts provoqués par les tanks et les canons, les habitants sont progressivement revenus après cette offensive : ils étaient 22.000 en décembre 2016, mais les 29 et 30 janvier dernier, les obus d’artillerie ont recommencé à pleuvoir sur la ville.

La plus grande usine de coke

Au cœur de la plus vaste constellation de mines et de terrils d’Europe, Avdïvka abrite la plus grande usine de coke (dérivé du charbon) du continent. Tous les jours, celle-ci dévore 5.500 tonnes de charbon afin de transformer l’or noir en combustible pour l’industrie sidérurgique. Malgré la crise des industries lourdes, le monstre d’Avdïvka est un joyau économique convoité par les deux camps. L’usine appartient à Rinat Akhmetov, oligarque de Donetsk, l’homme d’affaires le plus riche du pays, qui a passé des accords avec le gouvernement comme avec les séparatistes, pour que son empire économique puisse perdurer malgré la guerre.

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Marché du jour à 7h30

Dans le quartier central appelé « Chimique », à l’architecture typiquement soviétique, le marché ouvre tous les jours à 7h30. L’approvisionnement est correct mais, depuis l’été dernier, le coût de la vie flambe en raison de l’instabilité de la monnaie ukrainienne et des pressions du Fonds monétaire international (FMI) pour assainir le budget du pays. Résultat à Avdïvka, peuplée de 9.000 retraités : nombre de ceux-ci dépendent de l’aide humanitaire, distribuée notamment par le fonds du milliardaire de Donetsk, Rinat Akhmetov.


Le prêtre orthodoxe rompt la glace d’une ancienne carrière de sable

Épiphanie dans la glace

Le 19 janvier, la célébration de l’Épiphanie constitue un moment de répit. Le prêtre de l’église Sainte Marie-Madeleine, rattachée au Patriarcat orthodoxe de Moscou, rompt la glace d’une ancienne carrière de sable, devenue lac artificiel. Les croyants, habitants ou militaires, se signent et s’immergent trois fois dans l’eau gelée, de manière rituelle, pour célébrer le baptême du Christ dans le Jourdain. Un instant de paix pour le corps et l’esprit, alors que la guerre n’est jamais très loin…


L’armée a changé son comportement, elle s’est professionnalisée et les gens n’en ont plus peur comme avant

Relations froides avec les soldats

Entre les habitants d’Avdïvka et les soldats de l’armée nationale ukrainienne, les relations sont froides. Une partie de la population cultive des sympathies pro-russes, d'autres considèrent la simple présence des militaires comme un aimant à bombardements. Les soldats, eux, sont à cran après trois hivers de guerre. Néanmoins, « l’armée a changé son comportement, elle s’est professionnalisée et les gens n’en ont plus peur comme avant », estime Mikhaïl, un habitant, pour qui « la moitié des habitants penche vers la Russie, l’autre moitié pour une Ukraine unie. »

L'école n°7

L’école n° 7 continue à fonctionner, regroupant sous son toit les élèves de différents établissements. A côté des consignes de sécurité en cas de bombardement, les dessins s’affichent dans les couloirs et les classes, demandant « la paix en Ukraine et dans le monde ». Une idée au coeur de la pédagogie des enseignants, alors que les enfants souffrent de traumatismes psychologiques et se sont habitués au bruit crépusculaire des canons.

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Les dessins s’affichent dans les couloirs et les classes, demandant « la paix en Ukraine et dans le monde »


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Retrouvez l'intégralité de notre reportage photo dans le numéro 7002 du Jeudi 9 février 2017

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Paru le 23 mars 2017

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