Guide des chemins vers le Mont-Saint-Michel

agrandir Traversée de la baie du Mont-Saint-Michel.
Traversée de la baie du Mont-Saint-Michel. © Yvon Boëlle
Traversée de la baie du Mont-Saint-Michel.
Traversée de la baie du Mont-Saint-Michel. © Yvon Boëlle

Du haut de la flèche qui domine la Merveille, l’Archange assiste depuis quelques années à un spectacle étonnant : les pèlerins ont repris les chemins qui mènent au Mont-Saint-Michel !

Les chemins de Chartres, Tours et Paris vers le Mont-Saint-Michel

À propos de l'article

  • Créé le 03/03/2014
  • Publié par :Gaële de La Brosse, avec l’association Les Chemins de saint Michel
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    Juin 2010

Les pèlerins  viennent de tous les coins de Normandie : de Cherbourg ou de Barfleur (par les « Chemins aux Anglais »), de Caen ou de Rouen (par les « Chemins des ducs de Normandie »)… et, pour certains, de plus loin : de Chartres, de Paris, de Tours, et même de Saint-Jacques-de-Compostelle, par deux nouveaux itinéraires prolongeant la voie jacquaire de Tours à partir de Saint-Jean d’Angély.

Que viennent donc chercher ces pèlerins sur ces sentiers oubliés, qui ont retrouvé leur appellation de « chemins montois » ? Ce qui les séduit tout d’abord, c’est la beauté d’une nature préservée, déclinant une palette de paysages variés : côtes abruptes du sentier du littoral, plaines vallonnées du bocage normand, vastes forêts domaniales. Mais là n’est pas le seul atout de ces chemins, qui permettent aux miquelots (ou pèlerins du Mont-Saint-Michel) de découvrir un patrimoine riche d’histoire.

Et lorsque le pèlerinage touche à sa fin, l’Archange réserve à ses visiteurs une ultime surprise : pour le rejoindre, il faut encore traverser la baie et affronter les sables mouvants. Alors, seulement, le pèlerin, purifié par cette eau baptismale et vainqueur de l’épreuve finale, pourra entamer l’ascension du Mont qui lui offrira, entre ciel, terre et mer, la contemplation d’un horizon ouvert sur l’infini.

Depuis treize siècles, le Mont-Saint-Michel est l’un des plus grands sanctuaires de pèlerinage de la chrétienté. Quelles qu’aient été les circonstances et les aléas de l’histoire, il fut toujours fréquenté par de nombreux pèlerins, de toutes conditions et de tous âges, venant de différents pays européens. Seules leurs motivations pouvaient varier : raisons politiques pour quelques-uns, pénitence pour d’autres, pure dévotion envers l’Archange pour les plus nombreux.

Le premier pèlerin connu fut le moine franc Bernard, qui se rendit au Mont vers 867. A la même époque, un Laonnais fit également cette pérégrination à laquelle il avait été condamné par les tribunaux pour avoir battu à mort sa mère…

Xe siècles : les moines bénédictins s'installent au Mont Saint-Michel

L’installation des moines bénédictins à l’abbaye du Mont, en 965-966, allait favoriser l’organisation du pèlerinage. Des documents anciens révèlent que, dès le Xe siècle, de nombreux pèlerins convergèrent vers le sanctuaire normand, en provenance, par exemple, du Mans, du Berry, d’Alémanie, d’Italie, de Bavière et de Flandre. Des rois vinrent également s’incliner devant l’Archange, parmi lesquels Henri II Plantagenêt, Louis VII le Pieux, Saint Louis, Philippe III le Hardi, Philippe IV le Bel, Charles VI et François Ier.

Au XIVe siècle, l’affluence des miquelots se densifia. Les hôpitaux ou hôtels-Dieu accueillirent des pèlerins de plus en plus nombreux. Un registre mentionne la mort de 13 d’entre eux, qui furent étouffés par la foule se dirigeant vers le sanctuaire. Des chroniques parlent aussi des groupes de jeunes enfants appelés « pastoureaux », venus de différents pays, notamment d’Allemagne.

Après un ralentissement dû à la guerre de Cent Ans, le pèlerinage, encouragé par de nouvelles indulgences, se développa jusqu’à la fin du XVe siècle et au début du XVIe siècle. Mais la Réforme protestante amorça son déclin. Cependant, grâce notamment à l’édition des premiers livrets de pèlerinage et au développement des confréries, le pèlerinage commença à se structurer.

La Révolution, qui supprima les ordres religieux, n’épargna pas le Mont-Saint-Michel. Le pèlerinage s’interrompit alors brutalement, pour reprendre lentement une fois la paix religieuse revenue. L’arrivée des pères de Saint-Edme au Mont, en 1867, le redynamisera.

Puis le millénaire commémorant l’installation des bénédictins au Mont (1965-1966) suscita un regain de l’activité pèlerine. Toutefois, avec le développement des transports, les touristes seront de plus en plus nombreux à visiter l’Archange, et les chemins de pèlerinage seront peu à peu délaissés.

Grâce au travail de l’association Les Chemins de Saint Michel, basée à Vire, les anciennes voies de pèlerinage vers la Merveille sont aujourd’hui réhabilitées et restituées au public. Cette aventure naquit, en 1998, du rêve d’une passionnée : Marie-Paul Labéy imagina alors que les pèlerins pourraient se rendre au Mont autrement qu’en voiture, en retrouvant ces « chemins montais ». Une équipe d’historiens se lança dans la recherche des itinéraires historiques. Puis, avec l’aide des collectivités territoriales, ces voies furent équipées, balisées, et les hébergements furent répertoriés.

Aujourd’hui, l’inventaire des chemins normands est presque achevé. Plus de 2 500 kilomètres ont été balisés et sept itinéraires convergeant vers le Mont-Saint-Michel ont été ouverts au départ de Cherbourg et de Barfleur (par les « Chemins aux Anglais »), de Caen et de Rouen (par les « Chemins des ducs de Normandie »), de Chartres, de Paris et de Tours.

Deux autres, partiellement balisés dans les deux sens, rejoignent à Saint-Jean-d’Angély la voie de Tours empruntée par les jacquets. Ainsi peut-on désormais relier le Mont-Saint-Michel à Saint-Jacques-de-Compostelle, deux hauts lieux qui firent partie, au Moyen Âge, des plus importants sanctuaires de pèlerinage de la chrétienté.

Un rayonnement michaélique européen

Encouragés par cette première liaison transfrontalière, les Chemins de saint Michel regardent à présent vers l’Europe. Une série de rencontres a initié la mise en réseau de plusieurs sites michaéliques : le Mont-Saint-Michel, la chapelle Saint-Michel d’Aiguilhe et Saint-Michel-de-Cuxa en France, le Monte Gargano et la Sacra di San Michele en Italie, St Michael’s Mount en Angleterre, les îles Skellig en Irlande et, en Belgique, la ville de Bruxelles, placée sous le patronage de l’Archange.

Un programme ambitieux qui n’a pas échappé au Conseil de l’Europe, puisque les Chemins de saint Michel ont été déclarés Itinéraire culturel du Conseil de l’Europe en 2007.

Une décennie aura donc suffi à Marie-Paul Labéy et à son équipe, soutenues par les collectivités territoriales, pour ressusciter ces vieux chemins oubliés. Chaque année, de plus en plus de miquelots, en solitaire ou en groupe, découvrent sur ces itinéraires un riche patrimoine naturel et architectural. Une aventure qu’il est conseillé de clore par la traversée de la baie, inoubliable passage rituel de la mort à la vie éternelle.

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Numéro paru le 30 octobre 2014

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