Sortir son village de l’anonymat : le pari réussi de la commune de Vasles, dans les Deux-Sèvres

agrandir Petits et grands profitent des animations proposées par Mouton village, à vasles (deux-sèvres).
Petits et grands profitent des animations proposées par Mouton village, à vasles (deux-sèvres). © Florent Pommier
Petits et grands profitent des animations proposées par Mouton village, à vasles (deux-sèvres).
Petits et grands profitent des animations proposées par Mouton village, à vasles (deux-sèvres). © Florent Pommier

Pour redynamiser la commune de Vasles, dans les Deux-Sèvres, des villageois ont crée un parc touristique dédié au mouton. Le résultat est un succès et une fierté pour les habitants.

À propos de l'article

  • Créé le 11/06/2018
  • Publié par : Marie-Valentine CHAUDON
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    7070 du 31 mai 2018

Un drôle de concert polyphonique cueille le visiteur à l'entrée du parc. des bêlements en cascade, dans une gamme infinie de cadences et de tessitures. Il est midi, les agneaux attendent leur déjeuner. Quelques bambins s'approchent, large sourire aux lèvres, pour leur donner le biberon. Depuis vingt-cinq ans, la tétée des agneaux, deux fois par jour, constitue l'un des rendez-vous phares du parc touristique Mouton Village de Vasles, dans les deux-Sèvres.

Si les agneaux font chavirer le cœur des petits et des grands, ils sont loin d'être les seules stars du lieu qui compte vingt-trois races de moutons du monde entier. Du soay écossais aux moutons du cameroun, en passant par les karakuls d'Asie ou encore les border leicester australiens, c'est un véritable musée à ciel ouvert. Sept hectares dédiés au mouton, cette idée pour le moins originale est née dans la tête de Gilles Parnaudeau, agriculteur, maire de la commune entre 1989 et 2004.

 

En 1989, Vasles ressemble à ce qu'il demeure aujourd'hui : une charmante bourgade dissimulée dans la Gâtine verdoyante, à une trentaine de kilomètres de Poitiers. la population vieillit : au début des années 1990, Vasle compte 1 500 habitants, contre 2 400 dans les années 1960.

Nous avons décidé de jouer la carte de la notoriété en nous appuyant sur le mouton, au cœur de notre identité.

« Nous voulions redynamiser la commune, résume Gilles Parnaudeau. or, nous n'avions pas de levier économique, à part une entreprise de transport et des éleveurs ovins qui, à l'époque, commençaient à souffrir de la concurrence internationale, néo-zélandaise particulièrement. Nous avons alors décidé de jouer la carte de la notoriété en nous appuyant sur le mouton, au cœur de notre identité. »

Le projet est ambitieux : une école de la laine, une ferme ovine pour la formation des éleveurs, la création d'un label pour la viande, et surtout un parc touristique. « Au départ, tous les habitants n'étaient pas convaincus, reconnaît Gilles Parnaudeau. Pendant un an, nous avons donc installé dans le bourg un parc à petite échelle, en préfiguration du projet définitif. et il y a eu du monde ! Quand ils ont vu des cars venir de toute la région jusqu'ici, les Vasléens ont retrouvé de la fierté et de l'enthousiasme. »

Portée par la mairie, l'association Mouton Village frappe à toutes les portes – Union européenne, État, région, département – pour financer en 1993 l'implantation définitive du parc. Les bénévoles se mobilisent et Dominique Mouclier est embauchée comme bergère, bientôt rejointe par sept autres salariés.

Contagion positive

Le parc est un succès. Jusqu'en 2008, il reçoit 30 000 visiteurs par an, dont beaucoup font étape dans le bourg, le temps d'un café ou d'un déjeuner. « Il y a eu une contagion positive sur tout le village, assure Gilles Parnaudeau. C'est difficile à mesurer financièrement mais le discours et l'attitude vis-à-vis de la désertification rurale a évolué. Les commerçants qui étaient fatalistes se sont remis à faire des projets et des investissements, accompagnés par la commune. » Aujourd'hui, le bourg de Vasles a fière allure avec ses boutiques refaites à neuf, son restaurant et son marché, chaque mardi matin.

La commune compte désormais 1 700 habitants du côté de Mouton Village, le bilan est plus mitigé. L'école de la laine attire toujours pour des stages de filage et de tissage. En revanche la ferme de formation a périclité. Le parc, lui, connaît quelques remous.

Après l'arrivée d'une nouvelle équipe municipale en 2008 et un changement de statut, le nombre d'entrées a chuté de 30 000 à 10 000. En cause : moins de bénévoles, moins de communication, plus de contraintes financières, etc. « C'est passager », veut croire Dominique Mouclier. Mouton Village a un vrai potentiel et les étincelles du renouveau sont déjà là. »

Depuis 2013, en septembre, des jeunes de Vasles organisent un festival de musique, le ouaille note, qui attire un public nombreux. Dans le patois de la Gâtine les « ouailles » sont des moutons. Une dynamique en héritage.

L'enjeu

Pour les villages difficilement accessibles, sans industrie et avec une filière agricole en difficulté, il est compliqué de trouver de nouveaux leviers de développement. L'enjeu est d'enrayer la perte d'activité économique et le vieillissement de la population qui va avec.

Ce manque de vitalité joue sur la dynamique générale du village, l'image que les ruraux ont d'eux-mêmes et l'envie de monter des projets.

L'absence d'animation et de visibilité empêche d'attirer des visiteurs extérieurs, et encore moins d'éventuels nouveaux habitants, ce qui met en péril les commerces de proximité et les services.

Les territoires ruraux regorgent de ressources naturelles et culturelles qui ne demandent qu'à être valorisées.

Les chiffres

1 000 villages environ ont disparu entre 1971 et 2015 en France (chiffre Insee).

46 % des français des zones rurales se sentent « loin de tout » (Ipsos et Boston Consulting Group, 2017).

À vous de jouer !

1/ Je rassemble un groupe d'habitants motivés pour faire bouger la commune.

2/ Je mène quelques recherches, dans les archives ou auprès des anciens du village. Je détermine ce qui fait l'identité de mon territoire : une spécialité agricole, une légende, un personnage historique, une tradition folklorique, etc.

3/ Ensemble, nous imaginons les déclinaisons possibles à partir du thème choisi : festival, fête, randonnée thématique, animations autour des vieux métiers, etc.

4/ Je crée une association ou je rejoins une association déjà existante. Je demande l'appui de ma mairie, notamment pour obtenir une subvention. Je peux également lancer une collecte via une plate-forme de financement participatif.

5/ Autre piste : je fédère les habitants autour d'un objectif. Par exemple l'obtention d'un label (Villages fleuris, etc.)

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Paru le 21 juin 2018

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