Soeur Lieve, religieuse en HLM

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Soeur Lieve (debout), petite soeur de Nazareth, en charge de l'accueil des migrants à l'église Saint-Bernard de la Chapelle, à Paris © Simon Lambert/Haytham Pictures
Soeur Lieve, religieuse en HLM
Soeur Lieve (debout), petite soeur de Nazareth, en charge de l'accueil des migrants à l'église Saint-Bernard de la Chapelle, à Paris © Simon Lambert/Haytham Pictures

À l’heure où la question sociale s’invite dans les débats de la campagne présidentielle, zoom sur ces chrétiens engagés dans des mouvements qui agissent auprès des plus fragiles. Parmi ces derniers, Pèlerin a rencontré soeur Lieve, religieuse de terrain à Paris, auprès des personnes précaires du quartier de la Goutte-d'Or.

À propos de l'article

  • Publié par :Texte : Alice Le Dréau. Photos : Simon Lambert/ Haytham Pictures
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    7009 du jeudi 30 mars 2017

Couper le pain. Surveiller la cuisson de la ratatouille et du riz. Dans la cuisine de la salle paroissiale de l’église Saint-Bernard de la Chapelle, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, sœur Lieve s’active derrière les fourneaux. Depuis novembre, tous les mardis soir, ses convives s’appellent Moussa, Teddy, Ahmed, Adboulaye, Silla… Ils viennent du Soudan du Sud, du Congo, d’Afghanistan, du Sénégal ou d’Érythrée. Sans papiers et sans abri, ils sont hébergés à la paroisse chaque nuit.

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À l'accueil des migrants de l'église Saint-Bernard de la Chapelle, à Paris, sœur Lieve donne des rasoirs à un réfugié hébergé dans la paroisse. © Simon Lambert/ Haytham Pictures

Ce jour-là, Teddy ne va pas bien. Et Lieve le sent. Elle lui pose la main sur l’épaule, lui ressert une part de riz. « Voudras-tu du dessert ? » demande-t-elle, malicieuse, en lui ouvrant une boîte de chocolats. « Tu me gâtes, répond ­Teddy, le sourire triste. Pardon, si je ne suis pas très bavard. » Dans quelques jours, le Congolais sera à la rue, pour cause de fin de la trêve hivernale. « Que vais-je devenir ? Cette question me hante l’esprit. »
Accueillir. Consoler. Belle et rude mission que porte Lieve. Voilà plus de quinze ans que la petite sœur de Nazareth a quitté la Belgique pour la rue de la Charbonnière, à la Goutte-d’Or, l’un des quartiers les plus cosmopolites de Paris. Ici, 35 % de la population est d’origine étrangère. Et la précarité très élevée.

Pour aller plus loin avec RCF

Depuis le 27 mars, les émissions de RCF se font l’écho de l’action des chrétiens en périphéries. Jeudi 30 mars, à 12h30, Les bonnes ondes en famille consacre un reportage au réseau jésuite Welcome, à Chambéry (Savoie), qui accueille des migrants ; le 1er avril, à 19 heures, la station rediffuse la rencontre entre Mgr Delannoy, évêque de Saint-Denis, et des fidèles engagés auprès des plus fragiles, et le 2 avril, à 7 heures, L’Évangile au bas des tours emmène l’auditeur à Rennes, où les habitants d’un quartier sensible se réunissent pour lire la Bible.

Fréquences, programmation complète et replay : www.rcf.fr


Dans l’immeuble, tout le monde connaît la religieuse. « Même les dealers portent nos sacs de courses, lorsque nous sommes chargées », s’amuse Lieve. Le petit appartement accueille aussi une autre religieuse, Lucresse. Ancienne ouvrière d’usine, Flamande elle aussi, elle est arrivée il y a trois mois, après trente ans passés au Venezuela.

"Les cœurs sont grands"

Entre ces murs, les cœurs sont grands et la porte toujours ouverte. Le matin, Émilien, un Camerounais de 24 ans, SDF, est venu récupérer son courrier et prendre une douche avant un entretien d’embauche. « On peut frapper chez elles n’importe quand et tout leur demander, précise Thérèse Tchoufoui, qui vit au quatrième étage.


 Notre spiritualité est celle de Charles de Foucauld. Nous sommes des contemplatives ancrées dans la cité

Œuf, farine, trombone. Elles ont même appris à tricoter à ma fille. » Le lundi, les sœurs organisent une soirée de partage et de prière accessible à tous. Le samedi et le dimanche, « elles servent des petits déjeuners », raconte Karim, un ancien sans-papiers devenu bénévole pour la paroisse, qui a rencontré sœur Lieve quand elle servait des repas sous le métro aérien, porte de la Chapelle. Leur présence est précieuse, mais discrète. Certains, dans le quartier, ignorent même que Lieve et Lucresse sont religieuses, en dépit de la croix qu’elles portent. « Notre spiritualité est celle de Charles de Foucauld, explique Lucresse. Nous sommes des contemplatives ancrées dans la cité. » La Goutte-d’Or est une tour de Babel.

À la messe, les paroissiens viennent du Vietnam, du Congo, du Sri Lanka, de Chine,du Pérou. Une mosquée a ouvert fin 2013, alors que jusqu’ici, les fidèles musulmans devaient prier dans la rue. Tout se passe bien. « En juillet 2016, après l’assassinat du P. Hamel par des djihadistes, à Saint-Étienne-du-Rouvray, nous avons craint des tensions, se rappelle le P. William Ngwalo, l’un des curés de Saint-Bernard. À tort. Les imams se sont joints à nous, pour une messe. Les gens, ici, par leur proximité, ne peuvent que coexister en paix. »

Dans la salle paroissiale, les couverts ont été débarrassés et les lits de camp dépliés. « L’être humain est multiple, comme les rues de la Goutte-d’Or, souligne Lieve, un gros sac de linge à la main. Jésus n’a-t-il pas dit : ce que vous ferez aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous le ferez ? » Les petites sœurs ne cherchent pas pour autant à convertir. « Mais si, à travers notre action, les valeurs de l’Évangile touchent ceux que nous rencontrons, nous sommes heureuses. » « Chez les sœurs, l’amour prime sur tout, quelles que soient votre origine ou votre confession », remarque Teddy, le Congolais, qui est également pentecôtiste. « Quand elles vous parlent, on sent que quelque chose de grand les pousse », ajoute Karim. Comme une foi en la fraternité.

Renseignements : Petites Sœurs de Nazareth, 35 rue de la Charbonnière, Paris XVIIIe.

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Retrouvez notre dossier complet : "L'Église investie aux périphéries" dans le numéro 7009 de Pèlerin du jeudi 30 mars.

Ce dossier présente une série de reportages et de rencontres avec des chrétiens engagés dans des mouvements qui agissent auprès des plus fragiles.


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Paru le 20 avril 2017

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