Religions : aux origines des interdits alimentaires

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Religions : aux origines des interdits alimentaires
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Si les interdits alimentaires sont nombreux dans les religions monothéistes, ils ne résument pourtant pas la place centrale de l’alimentation, et ses nombreuses symboliques, dans le judaïsme, l’islam et le christianisme.

Carême : 40 jours, pour un pèlerinage intérieur

À propos de l'article

  • Publié par :Mikaël Corre
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    7004 du Jeudi 23 février 2017

Quel est le point commun entre une crevette, un bulot, un cochon et un lièvre ? Vous ne les verrez jamais sur la table de juifs orthodoxes, ceux qui suivent à la lettre la cacherout, c’est-à-dire les règles alimentaires issues de la Torah, la bible hébraïque, complétées par les avis rabbiniques retranscrits dans le Talmud. La loi juive (halakha) interdit en effet de consommer du porc (parce qu’il a le sabot fendu sans être un ruminant) mais aussi les insectes et toute une liste de volailles (autruche, mouette, cigogne…) ainsi que l’ensemble des coquillages et crustacés (parce qu’ils n’ont pas d’écailles ou de nageoires).


La nourriture a alors une dimension mystique : nous croyons que nous sommes, en quelque sorte, ce que nous mangeons

Pour les viandes qu’il est possible de consommer, elle impose également un abattage rituel. « Le sens profond de ces règles alimentaires est difficile à déterminer, convient Bruno Fiszon, grand rabbin de Metz et de la Moselle. Lorsque nous mangeons un aliment selon les règles de la cacherout, nous consommons un commandement divin. La nourriture a alors une dimension mystique : nous croyons que nous sommes, en quelque sorte, ce que nous mangeons. » C’est pourquoi la consommation de sang, du nerf sciatique, de certaines graisses ou plus simplement d’animaux jugés impurs est si grave au regard de la Loi juive. Cependant, le rapport du judaïsme à l’alimentation ne se résume pas à une liste d’interdits. « La plupart des fêtes juives se célèbrent autour de la table », remarque Bruno Fiszon.

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Du jeûne au banquet

Dans les Évangiles, Jésus s’oppose de manière très directe à ces règles alimentaires : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur (…). Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses. » (Mc 7, 15-21.) Et l’Évangile de Marc enfonce le clou : « C’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments. » Il n’est plus question, dans le christianisme, d’appliquer à la lettre les interdits du livre du Lévitique. « Les règles alimentaires juives ont certes été relativisées, convient le P. Luc Forestier, théologien à l’Institut catholique de Paris. Mais on retrouve dans le christianisme une insistance sur le repas qui nous vient du judaïsme. » Noces de Cana, repas chez le collecteur d’impôts, multiplication des pains, repas final avec les disciples… Jésus, selon les Évangiles, passe un temps fou à table !


Dans les Évangiles, Jésus s’oppose de manière très directe à ces règles alimentaires

L’Évangile de Matthieu (Mt 4, 1-11) relate cependant une tout autre expérience, celle du jeûne du Christ dans le désert « durant quarante jours et quarante nuits ». On retrouve ce temps de privation de nourriture dans les trois traditions religieuses. « Le jeûne est avant tout une adoration, on ne le fait pas pour maigrir, mais pour Dieu », précise Abdelmalik
Sinet, président de l’association des Nouveaux musulmans de Paris. Sa conception du jeûne, que les musulmans vivent de manière intense lors du mois de Ramadan, rejoint celle du P. Luc Forestier au sujet du Carême : « Se priver de nourriture n’est pas une performance, insiste le théologien catholique. Le Carême n’a aucun sens s’il ne mène pas aux fêtes de Pâques et de la Pentecôte. Le jeûne n’a qu’un objectif : nous faire goûter davantage au banquet. »

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De la communion au paradis

Dans le christianisme, la tradition du jeûne eucharistique, en vigueur jusqu’au concile Vatican II (s’abstenir de consommer des aliments solides et des boissons alcoolisées trois heures avant la messe), est désormais proposée de manière allégée (une heure au lieu de trois) et non plus imposée. Elle garde pourtant un sens, estime le P. Luc Forestier. « La communion se vit avec le corps, rappelle-t-il en souriant. Si vous en avez l’occasion, essayez donc de partir à la messe lorsque le petit déjeuner est loin. Votre expérience de la communion sera différente. »

Dans le christianisme, la tradition du jeûne eucharistique, en vigueur jusqu’au concile Vatican II, est désormais proposée de manière allégée

Une manière de mieux en comprendre le sens spirituel : « Lors de la messe, nous ne faisons pas uniquement mémoire du dernier repas du Christ avec ses disciples, précise le P. Luc Forestier. Nous vivons aussi en avance, de manière partielle et fragmentaire, la communion universelle qui nous attend à la fin des temps, lorsqu’il y aura à manger pour tout le monde. »

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Retrouvez notre décryptage complet dans le numéro 7004 du Jeudi 23 février 2017 de Pèlerin

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

Jeune carême

penelope 22/02/2017 à 20:33

Jeûner pour faire un petit sacrifice en offrande à Jésus, rappelant son séjour au désert, soit, mais il ne faut pas oublier que tout homme qu'il était, il était aussi Dieu. Le ramadan pour les musulmans, très dur pour celui qui travaille, n'est pas ... lire la suite

Paru le 20 juillet 2017

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