Père Bruno-Marie Duffé, théologien et philosophe: « La pensée sociale chrétienne peut nous aider à traverser la crise »

agrandir Père Bruno-Marie Duffé, théologien et philosophe.
Père Bruno-Marie Duffé, théologien et philosophe. © Diocèse de Lyon
Père Bruno-Marie Duffé, théologien et philosophe.
Père Bruno-Marie Duffé, théologien et philosophe. © Diocèse de Lyon

Le monde du travail, mais aussi la valeur travail, subissent de nombreuses mutations. Lesquelles vous paraissent les plus saillantes ?
Pour simplifier, en moins d’un siècle nous sommes passés d’un monde agraire à un monde dans lequel le travail de l’argent a pris le pas sur tout le reste. La révolution industrielle avait déjà provoqué une redistribution importante des activités de production, mais jusqu’aux années 1980, fin des « Trente glorieuses », l’activité humaine restait prépondérante. Tout le monde avait un travail et chacun pouvait ainsi exprimer ses capacités et participer à la construction d’un monde commun. Désormais, la financiarisation de l’économie impose le primat du capital. Cette évolution a des conséquences dramatiques sur la condition des travailleurs et sur l’ensemble de notre société.

En quoi notre monde est-il menacé ?
Longtemps, le lieu de travail a été un lieu de production et de socialisation. On y fabriquait des objets et du lien social. C’est au travail, lieu de rencontres et de complémentarité des rôles, que se construisait la communauté humaine. On travaillait avec et pour. Aujourd’hui, l’activité essentielle consiste à faire fructifier des bénéfices. Il s’ensuit une mutation très rapide des entreprises et une dévalorisation du travail qui met en cause notre manière de vivre ensemble.


Pour la pensée sociale chrétienne, le travail est une dimension essentielle de l’humanité

Face à ce bouleversement, la pensée sociale chrétienne est-elle encore adaptée ?
La pensée sociale chrétienne s’est d’abord déployée, au XIXe siècle, comme une demande de droits – contrat négocié, salaire décent, temps de repos obligatoire – garantissant le respect du travailleur en tant que personne. à partir des années 1960 et du concile Vatican II, l’église va insister sur la dimension de socialisation du travail. Pour elle, le travail est une dimension essentielle de l’humanité. C’est par lui que se déploient les charismes de l’homme et que s’accomplit sa contribution à la communauté. Aujourd’hui, l’accent est mis sur la dimension mondiale de la question sociale et la nécessité de protéger l’environnement. La pensée sociale chrétienne n’est pas un texte fini. Elle se renouvelle en permanence, en lien avec les acteurs économiques. Elle peut être une chance pour traverser la grave crise que nous affrontons.

Les chrétiens sont-ils assez sensibles à ces questions ?
Pour nos communautés chrétiennes, la question sociale est souvent considérée comme secondaire. Or, elle n’est pas un plus par rapport à l’acte de foi, mais déterminante dans la foi car elle pose la question du frère et du lien, de la solidarité entre nous. On a développé en France un catholicisme très familial et trop individuel, au détriment d’un catholicisme communautaire et citoyen qui participe de manière déterminée à la conception de nouveaux modes de travail et de vie commune.

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 18 janvier 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières