Martine et Claude unis pour sauver le petit commerce

agrandir En retraite, le couple lutte toujours contre les pratiques abusives des grandes surfaces.
En retraite, le couple lutte toujours contre les pratiques abusives des grandes surfaces. © Dr.
En retraite, le couple lutte toujours contre les pratiques abusives des grandes surfaces.
En retraite, le couple lutte toujours contre les pratiques abusives des grandes surfaces. © Dr.

Ruinés par la grande distribution, ils ont créé l’association En toute ­franchise, qui vient en aide aux commerçants indépendants en difficulté. Dans un livre, ils racontent l’histoire et le sens de leur combat. Portrait.

Les cheveux courts, blancs, le regard franc, Martine fait face à ses dossiers. La barbe en bataille, Claude bougonne en feuilletant la che­mise dans laquelle sont rangées les nombreuses lettres d’alerte qu’ils ont envoyées à Eva Joly, Dominique de Villepin, François Hollande…


« Regardez en 2005, le ministre du Commerce reconnaissait que 9 % des superficies des grandes surfaces étaient illicites ! »

Martine l’interrompt : « Ne parle pas tout de suite de ça, tu embrouilles tout ! » C’est que cette sexagénaire de caractère connaît son affaire de A à Z : les mensonges sur les surfaces de vente et, surtout, les méthodes de la grande distribution pour faire céder les petits commerçants. Tous les deux en ont fait les frais dans les années 1990.

Née en 1948 dans une famille catholique, Martine est issue d’un milieu modeste. Elle a six frères et sœurs et vit à Puteaux (92). À huit dans un ­deux-pièces, difficile de faire ses devoirs, d’envisager des études.

 

Cela ne m’a pas empêchée d’avoir de l’ambition

→ confie-t-elle.

« J’ai toujours voulu ma propre entreprise. Grâce à des crédits, j’ai ouvert une cordonnerie avec mon premier mari. Puis, à la suite d’un accident, il a perdu l’usage d’un bras et ce fut la fin de l’aventure.  »

Mais pas la fin des rêves de Martine. Elle en avait un : ouvrir un commerce de laine. En 1985, elle se lance dans la franchise avec la marque Phildar, dans un centre commercial. Une nouvelle vie commence, à Vitrolles (13), où elle s’installe avec son époux et sa fille. 

Laine et chocolat

En 1989, Phildar subit la crise. Retards de livraison, baisse de la qualité du fil… Les clientes de Martine vont voir ailleurs.

« Pour sauver mon commerce, poursuit-elle, j’ai eu l’idée de séparer mon magasin en deux parties, l’une consacrée à la laine, et l’autre à une chocolaterie, créée avec une amie. »

Mais cette option ne convient pas du tout au lainier. Martine est sommée de retirer la marque, de liquider son stock, de rembourser tout ce qu’elle doit. Les procédures s’enclenchent, les frais d’avocats explosent et les juges du tribunal de commerce donnent raison à Phildar sans même entendre Martine.

Cerise sur le gâteau : lorsqu’elle demande au propriétaire du centre commercial de recréer une activité pour qu’elle s’en sorte, il refuse. C’est la faillite, puis l’expulsion.

« Si vous saviez comme j’ai pleuré, dit-elle encore émue,  le jour où les déménageurs ont embarqué les meubles de ma boutique ! Le bailleur avait même envoyé des policiers parce qu’il avait peur que je me rebelle. »

Claude, lui, tient une boutique de puériculture voisine de celle de Martine et connaît à peu près les mêmes déboires. Alors qu’il veut vendre son fonds de commerce dont le chiffre d’affaires se dégrade, le propriétaire du centre commercial réclame 30 % de la vente et double le loyer du futur acheteur afin de rendre le fonds invendable… et de le récupérer à moindre coût.

C’est la ruine pour lui aussi. Leurs deux couples respectifs ne résistent pas à ces tempêtes. Divorcée, sa maison vendue, ses dettes à peine remboursées, Martine se retrouve à la rue.

Les années de galère l’ont rapprochée de Claude. Elle le rejoint dans la caravane qu’il habite, depuis la séparation d’avec sa femme. « C’était le 1er janvier 1992, il faisait un froid de canard, se souvient-elle. Nous avons vécu dans le camping municipal jusqu’en 2006. En été, les vacanciers affluaient ; en hiver, on se retrouvait entre chômeurs et victimes de la crise. »

Une volonté : sauver la vie des quartiers

C’est là, en 1993, qu’ils décident de créer l’association En toute franchise*. Leur but : fédérer les petits commerçants en difficulté et lutter contre le monopole de la grande distribution. 

Aujourd’hui à la retraite, le couple, qui s’est marié en 2012, poursuit son combat et parcourt l’Hexagone.

Dans les Landes, ils sont au côté de ­Jean-Noël qui ferme sa supérette après des années de résistance face à un Intermarché. En Haute-Garonne, ils s’opposent au projet d’un centre commercial de 10 000 m2 qui menace l’environnement. Près d’Orléans, un autre doit être construit en zone inondable… Là encore, ils montent au front.

« Les élus voient toujours d’un bon œil l’ouverture des grandes surfaces parce qu’il y a des emplois à la clé. Mais personne ne s’occupe des effets collatéraux, regrette Claude. Des centaines d’emplois sont détruits dans les magasins alentour, et ne parlons pas des dégâts sur l’environnement. »

Afin de sauver le commerce de proximité – 

parce qu’il est l’assurance de la vie des quartiers, de la mixité sociale et générationnelle 

→ souligne Martine, 

l’association a lancé une pétition et espère obtenir l’ouverture d’une enquête parlementaire sur les abus du grand commerce. Face aux géants, ces deux-là n’ont pas dit leur dernier mot.



* En toute franchise,
1, rue François-Boucher, 13700 Marignane.
Tél. : 06 09 78 09 53. http://www.en-toutefranchise.com/

                          

     

Seule face aux géants couv livre Actu 1

Seule face aux géants de Martine Donnette avec Colette Auger.
Éditions Max Milo, 2015, 288 p.18,90€

          

 

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Paru le 18 janvier 2018

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