A table citoyens ! L’entreprise qui restaure les hommes

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Sur les 15 employés d'A table citoyens !, 9 sont en contrat d'insertion. Ici, Abdel, le chef cuisinier. © Louis Allavoine / Babel
Sur les 15 employés d'A table citoyens !, 9  sont en contrat d'insertion. Ici, Abdel, le chef cuisinier.
Sur les 15 employés d'A table citoyens !, 9 sont en contrat d'insertion. Ici, Abdel, le chef cuisinier. © Louis Allavoine / Babel

Pèlerin s’est invité dans les cuisines d’À table citoyens ! Cette entreprise d’insertion, primée cette année au concours Talents des Cités, fait reculer la crise en Seine-Saint-Denis.

Romainville, proche banlieue à l’est de Paris. Les grues qui tournoient dans le ciel et la peinture fraîche sur les bâtiments montrent un quartier en pleine réhabilitation.

Au cœur de la cité Marcel-Cachin, zone d’habitation située entre l’école primaire et l’école maternelle, un ballet des fourgonnettes laisse deviner une intense activité devant une bâtisse sans enseigne.

À l’étage, Abdel, 46 ans, le chef de cuisine, reconnaissable à sa toque, mène à la baguette une demi-douzaine de commis. Ensemble, depuis neuf mois, ils élaborent les plats de la marque « Baluchon, mon dîner maison ».

Au rez-de-chaussée réservé à l’administration, François Dechy, 35 ans, initiateur du projet, explique : « Nous avons choisi le mot baluchon pour notre produit phare, parce qu’il est synonyme de mobilité et de convivialité. Nos clients se font livrer leurs dîners sur leur lieu de travail. Dans une vingtaine de sociétés d’Ile-de-France, nous avons installé des frigos avec code d’accès. Le salarié qui le souhaite peut ainsi commander un repas sur notre site Web. Il récupère sa commande dans le frigo, le soir en sortant du travail. Arrivé chez lui, il n’a plus qu’à réchauffer et à déguster. »


Vidéo. Présentation d’A table citoyens !

 

Cibles d’À table citoyens : les cadres absorbés par de longues journées de travail qui n’ont pas le temps de faire des courses et de cuisiner. Si nombre d’entre eux, souvent employés dans des grandes entreprises, ont souscrit à cette offre, c’est d’abord en raison de la qualité du service proposé.

Nos recettes sont inventives et nos repas sont préparés exclusivement à partir de produits frais et de saison, issus de l’agriculture biologique ou portant le label commerce équitable en Ile-de-France 

→ précise François Dechy.

Des savoir-faire et un savoir être

L’idée de créer À table citoyens ! lui est venue de sa propre expérience. Diplômé d’un Institut de sciences politiques et titulaire d’un master en finance, il a travaillé durant huit ans à France Avenir, plate-forme qui aide les personnes en difficulté à créer leur entreprise individuelle.

Puis en 2012, fort de l’appui de son ancien employeur et de son carnet d’adresses bien garni, il a lancé sa propre entreprise d’insertion. « J’ai une passion pour la gastronomie, dit-il, et je voulais créer dans ce secteur une entreprise à la fois sociale et performante économiquement. »

Pourquoi en Seine-Saint-Denis ? « Je vis dans ce département trop souvent stigmatisé pour son taux de chômage parmi les plus élevés en France, répond François Dechy. Paradoxalement, les offres d’emplois en insertion y sont plus faibles qu’ailleurs. »

Sur sa route, François Dechy croise les autorités municipales de Romainville, et notamment Bruno Lotti, maire adjoint en charge de l’économie solidaire.

« Nous avons, dit-il, soutenu ce projet dans le cadre de notre politique de rénovation urbaine. De plus, François Dechy s’est engagé à embaucher des chômeurs de Romainville et à participer à la vie du quartier. »

Ainsi, la mairie a accepté de lui louer les anciennes cuisines municipales (près de 600 m2), à l’abandon depuis 2003, en contrepartie d’un loyer indexé sur son chiffre d’affaires.

Le local trouvé, François Dechy s’est démené pour rassembler les 300 000 € nécessaires à l’aménagement des lieux et au démarrage des activités. Des prêts de fondations et de banques, ainsi que des fonds publics et européens, lui ont permis de réunir cette somme.

Concilier performance économique et solidarité

En plus des « baluchons », l’association fournit également des plateaux-repas pour des réunions d’entreprises. Elle a aussi ouvert une demi-douzaine de points de vente de repas dans des zones industrielles où l’offre de restauration est faible.

« Après plus de neuf mois d’activité, nous avons atteint l’équilibre financier, sans renier notre éthique, notamment en terme d’approvisionnement en produits locaux bio ou équitables, se réjouit François Dechy. En outre, neuf de nos quinze salariés sont en contrat d’insertion. Ils retrouvent une dignité et acquièrent des savoir-faire et un savoir être. »

Selon lui, il est possible de concilier performance économique et solidarité. Le jury de Talent des Cités ne s’y est pas trompé, qui a distingué à table citoyens ! : « Cela m’a donné un coup de pouce en terme de notoriété et une nouvelle chance de développement », réagit l’heureux lauréat.

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Paru le 18 janvier 2018

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