Handicap : vive nos différences !

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Handicap : vive nos différences ! © F. Grimaud/Fedephoto
Handicap : vive nos différences !
Handicap : vive nos différences ! © F. Grimaud/Fedephoto

Comment vivre au quotidien entre personnes valides et handicapées ? Pour Philippe de Lachapelle, président de l’Office chrétien des personnes handicapées : « Faisons de la fragilité le lieu de la rencontre. » Interview.

À propos de l'article

  • Créé le 13/07/2010
  • Modifié le 28/02/2014 à 12:00
  • Publié par :Isabelle Vial et Flore Thomasset
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6658, du 8 juillet 2010

Pèlerin. Y a-t-il un point commun entre les différentes formes de handicap ?
Philippe de Lachapelle. Chaque situation a sa particularité, chaque histoire est singulière. Mais derrière le handicap, il y a une personne unique. Le point commun, c’est la fragilité de la personne humaine. Dans notre société de la performance, nous, valides, pouvons enfouir notre fragilité et l’oublier. Mais on naît et on meurt fragile. Les accidents, le chômage ou la vieillesse viennent nous le rappeler.

De quoi souffrent le plus les personnes handicapées et leurs familles ?
Le handicap, c'’est une surabondance de souffrances. Mais, comme Mère Teresa le disait, la pire des souffrances, c’est le rejet. La fragilité est le lieu de l’'exclusion. Les faibles, les fous, les différents sont mis de côté. Ces personnes nous appellent à faire de leur fragilité le lieu de la rencontre. Elles ont un besoin de communion et de fraternité. Alors bien sûr, cela fait peur, on ne sait pas quoi dire ou faire. Mais mieux vaut prendre le risque de la maladresse que celui de l'’indifférence.

La foi aide-t-elle à accepter le handicap ?
La foi n’'atténue pas la souffrance. Mais au fond, ces personnes ont besoin, comme tout le monde, de savoir qu'’elles sont aimées de façon inconditionnelle. S'’il y a une expérience qui permet d’'éprouver cela, c’est bien celle de la foi. Et dans l’'épreuve, nous sommes peut-être plus en capacité d’'entendre ce message d’'amour. Notre Dieu est un Dieu fragile, nourrisson dans l’'étable, nu sur la Croix.… Il faut être fragile pour comprendre que Dieu est là.

OCH : 90 avenue de Suffren, 75015 Paris. Tél. : 01 53 69 44 30.

Témoignage

Ce n'est pas si facile de se lier avec une personne dite « différente ». Séverine, responsable communication de l'Office chrétien des personnes handicapées, pointe les difficultés de la démarche.

« À 18 ans, tout est dans le paraître. Il faut l'aval du groupe. On vit dans une sorte de tyrannie de la normalité. Celui qui est rond ou a un visage bizarre, on n'en veut pas. À cet âge, il faut de la maturité pour oser la rencontre avec la différence. Mais ce qui est fort, justement pour des jeunes, c'est que les personnes invalides, elles, ne se regardent pas. »

La différence, c'est aussi l'inconnu qui réveille nos peurs. Mais face au handicap, le blocage va puiser ses racines encore plus loin, comme l'explique Maurice Ringler, psychologue. « La différence des personnes handicapées est une différence particulière car elle touche à la personne intime. Chacun d'entre nous est composé de représentations de ce qu'il est. On se construit sur ces images. Accepter le handicap, c'est détruire ces représentations, se rendre fragile, accepter de se laisser toucher. »

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Paru le 19 avril 2018

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