Handicap mental : la Belgique pour seul horizon ?

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Plus de 6 500 Français souffrant d’un handicap mental vivraient dans des centres d’accueil en Belgique. © Eric Le Brun / Light Motiv
Plus de 6 500 Français souffrant d’un handicap mental vivraient dans des centres d’accueil en Belgique.
Plus de 6 500 Français souffrant d’un handicap mental vivraient dans des centres d’accueil en Belgique. © Eric Le Brun / Light Motiv

Faute de solution adaptée, plusieurs milliers de Français souffrant d’un handicap mental sont placés en Belgique. Jeanne Auber, maman d’une jeune polyhandicapée, dénonce ces expatriations forcées dans un livre : Les exilés mentaux.

À propos de l'article

  • Créé le 08/10/2014
  • Publié par :Marie-VAlentine Chaudon
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6880, du 9 octobre 2014

Philippe (les prénoms ont été changés, NDLR), 22 ans, souffre du syndrome de l’X-fragile, responsable d’une déficience mentale. Depuis 2012, il vit en Belgique, à trois kilomètres de la frontière française et à plusieurs centaines de kilomètres de ses proches. Lorsqu’il était adolescent, Philippe était accueilli dans un institut médico-éducatif en région parisienne à proximité de sa famille.


Lorsqu’il a eu 20 ans, il a fallu trouver une autre solution

→ explique sa mère, Marie. Philippe s’exprime bien, il est sociable et relativement autonome.

La priorité pour ses parents : trouver un lieu qui lui permette de progresser encore et de bâtir un « projet de vie ».

Vidéo. La Belgique, terre d'asile des handicapés français. Source : TF1.

 

En France, aucune piste proposée ne répondait aux besoins de Philippe. La famille s’est alors tournée vers la Belgique. Un « arrachement », reconnaît Marie, mais un « choix nécessaire » qu’elle et son mari Jean ne regrettent pas.

« La qualité d’accueil est excellente, assure Jean. C’est l’endroit qui lui convient. » Marie et Jean se rendent sur place deux fois par an.

Le restant de l’année, Philippe passe auprès d’eux un week-end par mois. Sa prise en charge en Belgique est financée par le conseil général de leur département et l’allocation adulte handicapé.

Une situation satisfaisante pour Philippe et sa famille, même si Marie le confie :

On aimerait pouvoir bénéficier d’une opportunité semblable plus près de chez nous.

Comme Philippe, plus de 6 500 Français, dont 1 500 enfants, souffrant d’un handicap mental, vivraient aujourd’hui en Belgique faute d’accueil adapté dans l’Hexagone.


Un livre pour dénoncer la situation en France

Un phénomène que dénonce Jeanne Auber dans Les exilés mentaux. Elle y raconte son combat pour offrir à sa fille Julie, 22 ans, un avenir en France.

Polyhandicapée, la jeune femme a besoin d’une prise en charge pédagogique et médicale. De dossier en refus, d’espoir en déception, son livre est le récit d’une pénible errance.

Cas « sévère », Julie rejoint la cohorte des « sans solution adaptée » dont le nombre, selon les estimations données par Jeanne Auber, s’élèverait à 50 000 en France.

Le seul horizon qu’on lui propose : la Belgique (Julie, dont les parents ont refusé les places proposées en Belgique, vit dans sa famille, en attente d’une solution pérenne).

Vidéo. Jeanne Auber dénonce la situation des handicapés français en Belgique. Source : Arte.

 

Un scandale pour Jeanne Auber :


Avec cet exil forcé, on impose à des personnes très vulnérables des conditions qu’un individu sans handicap ne pourrait pas supporter. La France méprise nos enfants : il faut leur redonner une vraie citoyenneté, leur permettre de vivre dans leur pays.

En 2013, la condamnation de l’État par la justice française à trouver d’urgence une structure pour une jeune femme lourdement handicapée, avait créé un peu d’espoir chez les familles.

La secrétaire d’État aux personnes handicapées, Ségolène Neuville, affirme que 4 000 places sont créées chaque année.

« Malheureusement, ces places, on ne les voit pas. Il n’existe pas de chiffres officiels sur la prise en charge des personnes souffrant de handicap mental, déplore Christel Prado, présidente de l’Unapei (Union nationale d’associations de parents et amis de personnes handicapées mentales).

Dans la réalité, les cas les plus lourds ne trouvent pas de structure et les proches sont seuls face à des situations extrêmement difficiles à gérer. »

Peu de réglementations dans les centres d’accueil

Depuis une dizaine d’années, « la Belgique sert de variable d’ajustement, poursuit Christel Prado. Cet exil est financé par l’argent public français… Cet argent ne devrait-il pas plutôt servir à financer l’ouverture de places sur le territoire ? Ce qui créerait des emplois ! »

Les conditions d’accueil des personnes handicapées mentales en Belgique suscitent aussi de nombreuses interrogations. Il existe deux types d’établissements : les structures subventionnées, comme celle de Philippe, et les structures privées, à but lucratif, qui ont fleuri en Wallonie, région frontalière de la France.

Ces centres ne sont soumis qu’à très peu de réglementations. « On y trouve le meilleur comme le pire », résume François Richir, directeur général de l’association française Atinord, qui accompagne des Français handicapés placés en Belgique.

Au printemps 2014, la Belgique et la France ont adopté une convention sur l’accueil des personnes handicapées. Elle prévoit des inspections françaises dans les établissements wallons recevant des Français.

« C’est une bonne chose, souligne François Richir. Ces contrôles devraient améliorer l’accueil. » Une avancée réelle. Suffira-t-elle à apaiser la douleur des familles, fatiguées de se sentir abandonnées par la société ?



Le livre

Livre Les exilés mentaux

Les exilés mentaux. Un scandale français, de Jeanne Auber, Bayard éditions, 250 p. ; 14,90 €.

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Paru le 19 avril 2018

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