Jacques Gamblin, acteur : "Tout le monde est handicapé de tout le monde"

Dans De toutes nos forces, l’acteur Jacques Gamblin et Fabien Héraud, jeune infirme moteur cérébral de 20 ans, incarnent un père et son fils qui se découvrent grâce au sport. Pèlerin les a rencontrés.

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À propos de l'article

  • Créé le 25/03/2014
  • Publié par :Marie-Christine Vidal et François Descombe
  • Édité par :François Boulard
  • Publié dans Pèlerin
    4852, du 27 mars 2014.

Pèlerin. Fabien, comment avez-vous été contacté pour ce rôle ? Et qu’est-ce qui vous a donné envie de tenter l’aventure ?
Fabien Héraud : C’est Éric, mon kiné, qui m’a incité à répondre au casting. Au début, j’ai fait ça pour rigoler et puis c’est devenu de plus en plus sérieux. Mais je ne me suis jamais pris la tête avec ça. On nous avait demandé de faire une vidéo : des copains m’ont filmé en train de « déconner » avec mon fauteuil, de déraper, d’en tomber ! C’est sans doute ce côté spontané qui a séduit Nils Tavernier (NDLR : le réalisateur).

Avant De toutes nos forces, connaissiez-vous la famille Hoyt, un père américain et son fils infirme moteur cérébral qui ont participé à de nombreux triathlons ensemble ?
F. H. : Non, je n’en avais jamais entendu parler. C’est au moment des essais qu’on m’a conseillé de regarder leurs vidéos. Ça m’a beaucoup touché de savoir que le fils avait insisté pour se lancer là-dedans. Aujourd’hui, son père a plus de 70 ans et il va participer à son dernier triathlon, à Boston.

Vous-même, avez-vous eu l’envie de vous lancer un défi exceptionnel de ce genre ?
F. H. : Pas du tout. Plus jeune, j’ai fait un peu de vélo avec mon père. Mais ce n’est pas allé très loin. Il faut se donner des projets à sa hauteur, qui correspondent à ce qu’on a envie de faire. Moi, par exemple, j’ai voulu passer mon permis de conduire. Au début, personne n’y croyait. Il a fallu convaincre mes parents qui pensaient que je n’y arriverais jamais. Et je l’ai eu. Ce n’est pas l’exploit physique qui compte, c’est la détermination.

Jacques Gamblin, qu’est-ce qui vous a séduit dans ce rôle : la performance physique ou la relation père-fils ?
Jacques Gamblin : J’aimais bien le côté défi, le fait qu’ils se retrouvent physiquement sur une épreuve : pas avec des mots mais avec des corps, de la sueur, des muscles, de l’entraînement… Cette relation en duo, dans le sport, qui fait l’économie de grandes phrases et qui s’établit dans l’action, me touche beaucoup. Tout le monde est handicapé de tout le monde quand une relation ne fonctionne pas. Moi, gamin, le sport m’a beaucoup apporté et même si mon père était là tous les soirs, je pense l’avoir plus rencontré sur les terrains de sport qu’à la maison. C’est là où il était le plus présent pour moi : à m’encourager, dans la boue des chemins creux, lorsque je courais des cross.


►Vidéo. Gamblin / Lamy : "A quoi ça sert d'être en vie si ce n'est pour découvrir qu'on n'a pas de limite ?" Source : Allociné.

 

Jouer cette relation père-fils a nécessité un engagement important, tant au niveau physique qu’au niveau de la confiance lors de certaines scènes à risques. Cela a été difficile ?
J. G. : Le contact physique ne me pose aucun problème. J’ai un rapport physique aux êtres que j’aime. C’est important de se toucher, on ne le fait pas assez dans la vie courante. Pour ce film, c’était indispensable : quand j’habille Fabien ou que je le prends pour le mettre sur le vélo, l’image fait passer toutes les difficultés rencontrées sans recourir aux mots. Pour les scènes à risques, Fabien m’a beaucoup aidé parce qu’il n’est pas peureux, je le sentais en confiance.

F. H. : Oui, enfin, la première fois, sur une route de montagne, à 50 km/h, avec le vent en pleine figure et sur un vélo instable, j’ai eu un peu peur. C’est impressionnant d’être devant. Et si on tombe, je suis le premier !


►Vidéo. Interview de l’équipe du film De toutes nos forces au Festival de Cinéma Européen des Arcs 2013.

 
De toutes nos forces - France (2013) par festivaldesarcs

J.G. : Effectivement, les scènes de montagne comportaient des gros risques. Mais pendant les prises, je n’y pensais pas, j’étais dans l’action. C’est après que je réalisais ce qu’on venait de faire et les dangers que cela avait comporté. Et ça me mettait dans un état émotif très fort.

F. H. : Bien sûr, le tournage s’est adapté à moi et à mon handicap. Mais, le handicap mis à part, tout le monde s’est adapté à tout le monde et j’ai trouvé ça extraordinaire !


► Sortie du film De toutes nos forces de Nils Tavernier le mercredi 26 mars 2014.

► Retrouvez l'intégralité de l'article dans Pèlerin n° 6852 du 27 mars 2014.

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Paru le 19 juillet 2018

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