"De rouille et d'os" cherche un équilibre entre corps et esprit

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Le metteur en scène Jacques Audiard (gauche), l'actrice Marion Cotillard et l'acteur belge Matthias Schoenaerts. © Alberto Pizzoli / AFP
Le metteur en scène Jacques Audiard (gauche), l'actrice Marion Cotillard et l'acteur belge Matthias Schoenaerts.
Le metteur en scène Jacques Audiard (gauche), l'actrice Marion Cotillard et l'acteur belge Matthias Schoenaerts. © Alberto Pizzoli / AFP

Dans De rouille et d'os, Jacques Audiard confirme son formidable talent de directeur d'acteurs. Et sa stature de "patron" du cinéma français. 

À propos de l'article

  • Créé le 17/05/2012
  • Modifié le 28/02/2014 à 12:00
  • Publié par :Joséphine Lebard
  • Édité par :Gilles Donada

Jacques Audiard aime les éclopés. Ceux qui sont nés avec une cuillère en plastique dans la bouche ou que la vie s’est personnellement chargée d’amocher, au propre comme au figuré.

Amochés, Ali (Mathias Schoenaerts) et Stéphanie (Marion Cotillard) le sont, chacun à leur façon. Suite à un accident au parc aquatique Marineland (Antibes, Alpes-Maritimes) dans lequel elle travaille, cette dresseuse d’orque se voit amputée des deux jambes. Lui a quitté sa Belgique natale, son fils sous le bras, pour s’installer dans le sud de la France chez sa sœur. Après tout, comme le chantait Aznavour, "il semble que la misère serait moins pénible au soleil". Mais est-ce si sûr ?

Déjà dans un de ses précédents films, Sur mes lèvres, Jacques Audiard confrontaient deux "handicapés de la vie" : une jeune femme sourde (Emmanuelle Devos) et un homme border-line (Vincent Cassel).

Adapté de la nouvelle de Craig Davidson, De rouille et d’os croise les destinées d’une femme blessée dans son corps quand l’homme l’est dans son cœur. Incapable d’exprimer son amour à son fils ou à une femme, Ali décharge ce trop-plein dans des combats clandestins ou dans des aventures d’un soir où la brutalité l’emporte sur la tendresse.

Obéissant à la loi mathématique selon laquelle moins par moins égale plus, ces deux-là vont faire route commune et se réparer l’un l’autre.

A voir De rouille et d’os, on se rend compte à quel point Jacques Audiard est un formidable directeur d’acteurs. Avouons-le sans ambages, Marion Cotillard n’est pas vraiment mon actrice préférée. Mais ici, son jeu atteint une justesse et une sobriété qu’elle avait rarement eues.

A ses côtés, le belge Mathias Schoenaerts crève l’écran, tout en muscles sortis et émotions rentrées. La façon dont Audiard filme les corps est plus que bluffante. C’est d’ailleurs la force de son cinéma : montrer combien, pour chacun d’entre nous, l’équilibre entre le corps et l’esprit est difficile à trouver et constitue, en somme, la quête de toute une vie…

Et puis il y a ce Sud de la France, filmé dans tous ses paradoxes, comme un écho à l’ambivalence de ses personnages. Certes, le soleil y brille. Mais il joue aussi un rôle de projecteur non seulement sur la misère sociale mais égalemement affective de ceux qui y habitent.

Voilà. On pourrait dire que Jacques Audiard est un cinéaste de l’entre-deux, qui filme ce qui se niche perpétuellement entre l’ombre et la lumière, chez ses personnages comme dans les paysages dans lesquels ils évoluent.

►Vidéo. La bande-annonce de De rouille et d'os.

 


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Paru le 19 juillet 2018

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