Nathalie Renard, psychologue : "Le lien affectif est inévitable entre un handicapé et son auxiliaire de vie"

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Intouchables, une belle amitié entre un tétraplégique et son aide à domicile © Prod. Thierry Valletoux
Intouchables, une belle amitié entre un tétraplégique et son aide à domicile
Intouchables, une belle amitié entre un tétraplégique et son aide à domicile © Prod. Thierry Valletoux

Le film Intouchables raconte une belle amitié entre un tétraplégique et son aide à domicile. Nathalie Renard, psychologue et directrice d'un service d'auxiliaires de vie à Nice, nous explique la relation particulière entre une personne handicapée et son auxiliaire de vie.

À propos de l'article

  • Créé le 14/12/2011
  • Modifié le 26/02/2014 à 12:00
  • Publié par :Laurence Valentini
  • Édité par :Marine Bisch
  • Publié dans Pèlerin
    6727, du jeudi 03 novembre 2011

Pèlerin. Quelle est la particularité des relations entre l’auxiliaire de vie et la personne dont elle s’occupe ? 
Nathalie Renard. La personne dépendante - que l’on appelle dans notre métier « l’usager » - est dans l’incapacité d’effectuer les gestes essentiels et les plus intimes de la vie : manger, se laver… Elle se trouve donc soumise à celui ou celle qui se charge de l’aider. Normalement, l’affectif a peu de place dans une relation professionnelle. Mais dans ce cas, la nature même des actes de l’auxiliaire de vie bouleverse les codes habituels. Le lien affectif devient inévitable. D’une part, parce qu’il y a une effraction dans l’intimité de l’usager, dans son lieu de vie, dans son rapport au corps. Ensuite, parce que le moteur de l’auxiliaire de vie est l’empathie qu’elle va éprouver.

Y a-t-il des écueils à éviter ? 
Le risque principal est l’infantilisation de la personne dépendante. Le soignant se sent responsable de l’autre au point de procéder avec elle comme avec un enfant. Il faut donc apprendre à établir des frontières. À faire les choses à la place de l’autre sans lui imposer sa propre manière. C’est tout l’objet de la formation et de l’accompagnement de ces intervenants. Les professionnels qui les encadrent supervisent leur travail. Des psychologues s’assurent que la bonne distance est toujours maintenue. Le but est d’éviter l’envahissement affectif même si, bien sûr, l’attachement, l’estime, le respect doivent nécessairement s’installer entre les individus.

Quel est le profil d’un ou d’une « bonne » auxiliaire de vie ? 
Une personne bien dans sa peau et qui ne fait pas ce métier pour donner un sens à son existence. L’auxiliaire de vie ne doit jamais perdre de vue qu’il agit dans le cadre d’une pratique professionnelle. Elle ne peut rien attendre en retour. Sur ce point, le film s’éloigne de la réalité. Il porte forcément un regard de cinéma sur le handicap. Qu’importe. Faire d’un handicapé un héros, de même que celui qui l’aide au quotidien, cela fait avancer les choses. Ce métier pâtit encore aujourd’hui - et malgré la nécessité de développer le maintien à domicile - d’une image négative et d’un manque de reconnaissance inacceptable.

Dossier. Le handicap au cinéma

film Intouchables

Retrouvez dans Pèlerin n°6727 du jeudi 3 novembre 2011, une analyse de quatre pages sur le film Intouchables "Touchants Intouchables" avec une interview de Mireille Dumas et de Nathalie Renard, psychologue et directrice d'un service d'auxiliaires de vie à Nice qui nous raconte la relation entre les auxiliaires de vie et les personnes handicapées.

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Paru le 4 janvier 2018

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