Primaire de la droite : les catholiques ont-ils fait l’élection ?

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© Thomas Padilla / Thomas Padilla/MAXPPP
Primaire de la droite : les catholiques ont-ils fait l’élection ?
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Parfois malgré eux, les catholiques se sont retrouvés au centre du jeu politique dans la dernière ligne droite de la primaire.

1 - Quel a été le poids du vote catholique dans la primaire ?

Les pratiquants représenteraient 15 % des électeurs de la primaire, selon Jérôme Fourquet, directeur du département Opinions et stratégies d’entreprise à l’Ifop. Le vote catholique semble avoir contribué à l’ascension fulgurante de François Fillon. D’après un sondage OpinionWay réalisé au lendemain du premier tour, le député de Paris y aurait recueilli les voix de 55,4 % des catholiques pratiquants réguliers, contre 23,8 % pour Alain Juppé et 13,1 % pour Nicolas Sarkozy. Toutefois, « il n’y a pas un électorat catholique type », nuance le sociologue Yann Raizon du Cleuziou, auteur de Qui sont les cathos aujourd’hui ? (Éd. Desclée de Brouwer, 332 p. ; 18,90 €).

2 - François Fillon a-t-il été porté à la victoire par les catholiques ?

Pour Yann Raizon du Cleuziou, l’ancien Premier ministre a bénéficié d’un fort vote d’adhésion d’une partie des catholiques, qu’il nomme les « observants ». « Ce catholicisme est celui d’une certaine bourgeoisie classique, attachée à deux orthodoxies : la défense des positions morales de l’Église et le libéralisme économique », analyse-t-il. Deux « orthodoxies » incarnées par François Fillon, qui promet de supprimer 500 000 postes de fonctionnaires et s’est engagé à réécrire la loi Taubira, en supprimant l’adoption plénière pour les couples homosexuels.

Pour autant, ces électeurs ne sont pas des « ultralibéraux » ni des catholiques « ultras. » « Il s’agit de l’électorat traditionnel des Républicains, affirme le sociologue. Depuis les années 1970, ces électeurs ont toujours voté pour la droite de gouvernement. » Lassés par les excès d’un Nicolas Sarkozy, pour qui ils avaient voté en 2007, ils ont, selon lui, trouvé en François Fillon une identification. Pour le blogueur Erwann Le Morhedec, connu sous le pseudonyme de Koz, « ces catholiques ont été sensibles au fait que François Fillon soit un ancien séguiniste, avec un héritage du gaullisme social, même s’il a évolué vers plus de libéralisme ».

Tous les catholiques n’ont cependant pas plébiscité François Fillon. « Jean-Frédéric Poisson, (le candidat du Parti chrétien-démocrate, NDLR) qui a recueilli 1,5 % des voix) était le favori d’une partie des militants de la Manif pour tous, remarque Yann Raizon du Cleuziou. Cette nébuleuse, proche du Printemps Français, a tiré à boulets rouges aussi bien sur François Fillon, jugeant ses positions sur la famille opportunistes, que sur Alain Juppé, dont la ligne multiculturaliste serait l’incarnation d’une droite dominée par les valeurs de la gauche. » Longtemps favori des sondages, ce dernier a, pour le sociologue, mobilisé une partie de l’électorat catholique de centre droit. La conception de « l’identité heureuse » du maire de Bordeaux converge en effet, selon lui, avec la vision de la société promue par les évêques dans leur lettre sur le politique (lire Pèlerin n° 6985).

3 - Faut-il voir dans le succès de François Fillon un effet Manif pour tous » ?

Dès le mois d’août, le mouvement Sens commun, une émanation de la Manif pour tous au sein des Républicains, a adoubé le Sarthois. « C’est avec son programme que nous avions le plus de convergences, explique Laurence Trochu, membre de Sens commun et porte-parole de François Fillon. Son projet est enraciné autour de valeurs. C’est une colonne vertébrale à partir de laquelle il décline ses propositions. »

 

Tractage, communication, meetings : Sens commun a mis son réseau de 9 000 adhérents, dont la moyenne d’âge avoisine les 35 ans, au service de la campagne de François Fillon. En cas de victoire de ce dernier en 2017, quel bénéfice politique pourrait en tirer Sens commun ? « Nous n’avons marchandé aucune place », coupe court Laurence Trochu. La victoire de François Fillon à la primaire aura propulsé sur le devant de la scène le jeune mouvement.

4 - Pourquoi les catholiques se sont-ils retrouvés au centre du jeu ?

Bien malgré eux, les catholiques se sont retrouvés sous les feux des projecteurs lors du duel qui a opposé François Fillon à Alain Juppé. « Je me sens plus proche du pape François que de Sens commun et de la Manif pour tous » a affirmé ce dernier sur France 2. « Je ne suis pas sûr qu’il ait totalement écouté et lu le pape François », lui a rétorqué François Fillon sur TF1, par journal télévisé interposé. « J’ai été surpris que, dans une période où tout le monde fait assaut de laïcité pure et dure, on vienne chercher le renfort du pape », a ironisé Mgr André Vingt-Trois, l’archevêque de Paris.

Gagner la faveur des électeurs catholiques est apparu stratégique dans une primaire de la droite et du centre faisant appel à 4 millions d’électeurs. Mais, maintenant que tous les regards se tournent vers la présidentielle, le débat sur poids - réel ou supposé - de leur vote devrait s’estomper.

► A lire aussi sur ce sujet : Quel catholique François Fillon est-il ?

Vos commentaires

2 Commentaires Réagir

Comment peut-on être catholique et...

DE VAUDICOURT 01/12/2016 à 11:05

adherer au "FILLIONISME" ! ? il ne faut pas oublier le fondement même de l'ENSEIGNEMENT DE JESUS, qui est l'accueil , de l'aide aux plus faibles , du respect des autres approches que la sienne propre, l'EVANGILE en la matière est ... lire la suite

Je suis catholique

Christian 29/11/2016 à 10:32

Heureusement tous les Catholiques n'ont pas le profil religieux de M.FILLON. Je suis catholique et j'essaie d'être un chrétien dans la vie de tous les jours. Je suis très déçu de l'attitude de ce Monsieur au regard des évangiles, je crois qu'il n'a ... lire la suite

Paru le 7 décembre 2017

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