Internet : les nouvelles connexions familiales

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© Mathilde Aubier
Internet : les nouvelles connexions familiales
© Mathilde Aubier

Télévision, ordinateur, téléphone mobile, tablette... Aujourd’hui, chaque écran dispose de son propre accès à Internet. Comment préserver les relations familiales face à cette hyperconnectivité ?

Planifier ses prochaines vacances, chercher une recette de cuisine, regarder son émission préférée en différé... Une infinité de possibilités est désormais à portée de clics. En vingt ans, les familles connectées à Internet sont passées de 0,4 % à 82,6 % (Étude Médiamétrie, février 2015).


Chaque foyer compte en moyenne plus de six appareils numériques. Une tendance que n’infléchiront pas les jeunes générations, utilisatrices aguerries de ces nouvelles technologies qui les ont vues grandir.

« Internet a étendu le champ d’action de mes quatre enfants et développé leur autonomie, souligne Laurence Fayand, 47 ans, une mère de famille admirative des capacités de sa progéniture, âgée de 10 à 23 ans. Lorsque nos deux aînés ont préparé leur projet de compagnons (branche aînée des Scouts et Guides de France, NDLR), ils ont trouvé sur le Net tous les contacts et les partenaires nécessaires à l’organisation de leur camp. »

Cette facilité d’accès aux informations comporte toutefois des risques.

Beaucoup de choses pourraient nous échapper, reconnaît-elle. Si notre fille n’était pas rapidement venue nous informer du harcèlement qu’elle subissait sur Facebook, les choses auraient pu s’envenimer irrémédiablement. Un coup de fil et quelques explications ont stoppé instantanément la machine. 

À l’abri derrière leur écran, certains adolescents ou adultes se sentent invincibles. Internet, perçu comme une zone d’impunité, n’échappe pas à de sombres histoires d’escroqueries, de mauvaises rencontres et d’arnaques.

Enfants « experts » et parents vigilants

« Le monde numérique n’est jamais qu’une extension du monde réel », tempère Laurence Bee, journaliste et auteure du blog www.parents3point0.com qui questionne l’éducation et la vie de famille à l’heure du numérique.

« Sans nier les dangers, il faut éviter de diaboliser le Web, qui reste un formidable outil. La donne est bouleversée aujourd’hui car, pour la première fois, les parents n’ont pas de recul ni de point de comparaison. Ils ne peuvent pas demander conseil aux anciennes générations. En quelque sorte, ils sont des pionniers », confie-t-elle dans un sourire.

Son bon conseil ? Mettre en garde son enfant, tout en instaurant une relation de confiance et de dialogue, et ce dès le plus jeune âge. Car avant même de savoir lire, les petits sont capables de reconnaître et d’interpréter les pictogrammes. En témoigne Mathilde qui, à l’âge de 3 ans, a imprimé toute seule ses coloriages de Hugo l’escargot.

De telles anecdotes sur sa benjamine, Laurence Fayand pourrait en citer plusieurs. Aujourd’hui, la jeune Mathilde a même fait découvrir à sa mère de nouvelles fonctions sur sa télévision et l’utilisation de sa Box.

En grandissant, ceux qui sont nés avec les nouvelles technologies gardent avec elles un rapport instinctif et se sentent souvent valorisés lorsqu’on leur demande un conseil.

Mais Laurence Fayand ne relâche pas son attention pour autant et veille toujours à ce que sa fille ne tombe pas involontairement sur des contenus choquants. Bien que cette mère de famille ne maîtrise pas les outils numériques avec autant d’aisance que ses enfants, elle tient notamment à les mettre régulièrement en garde sur les risques qu’ils encourent lorsqu’ils divulguent des informations privées sur le Web.

Depuis 2004, les réseaux sociaux bouleversent notre manière de communiquer. Avec Facebook, prendre des nouvelles d’un proche, partager des photos ou des vidéos, avec une ou plusieurs personnes, n’a jamais été aussi simple. LinkedIn, destiné aux professionnels, Twitter, où les messages sont limités à 140 caractères, ou encore Instagram, exclusivement consacré au partage de photos, sont aussi accessibles sur les téléphones ou les tablettes.

Renforcer les liens malgré les distances

À n’importe quel moment de la journée, l’utilisateur peut donc échanger sous diverses formes. Une révolution qui simplifie considérablement la vie de Melvin, 25 ans. Chaque semaine, il discute de vive voix ou par écran interposé avec sa famille à l’île Maurice, ses cousins en Angleterre, sans oublier ses oncles et tantes en Nouvelle-Zélande.

« Ma sœur et moi avons aussi établi un contact plus ouvert avec nos parents, en les initiant à des applications très simples de discussion instantanée, comme Viber ou WhatsApp. Ils communiquent avec nous de manière plus créative. En vacances, dès que mon père tombe sur un plat atypique ou une situation rigolote, il les prend en photo et nous les envoie avec un petit mot. C’est comme s’il n’était jamais loin. » 

Avoir le sentiment que les kilomètres s’effacent est l’une des attentes les plus importantes des seniors, qui représentent un tiers des internautes. Chez Constantin et Évelyne Vrousos, des retraités installés près de Grenoble, l’ordinateur rythme les temps forts de la semaine.

Chaque week-end, ils ont rendez-vous avec leur fille Emmanuelle, qui vit à Tahiti. Grâce au logiciel Skype, à leur connexion Internet et à une caméra intégrée à leur écran, ils peuvent communiquer par vidéo.


Comme nous avons à la fois l’image et le son, nous participons à son quotidien. C’est très sympathique, cette façon de parler de tout et de rien. Parce qu’évidemment, plus on est loin, plus on a envie de communiquer 


→ s’amuse Constantin Vrousos.

En grand-père féru de technologies, il s’est adapté aux préférences numériques de chacun de ses quatre enfants et onze petits-enfants : de Facetime (un dérivé de Skype, utilisable uniquement par les détenteurs d’ordinateurs Apple) à Facebook, où il suit les publications photographiques de Harris, son petit-fils trentenaire installé au Japon.

Mais celui qui a la primauté en ce moment, c’est le petit dernier, Adrien, 3 ans. Plusieurs rendez-vous hebdomadaires d’une dizaine de minutes sont instaurés, souvent à l’heure du repas, pour faire un rapide coucou au bout de chou... et à ses parents !

Quoique équipé d’un ordinateur, d’un smartphone et d’une tablette, Constantin Vrousos se réjouit davantage de « cette habitude très saine qu’a gardée Évelyne d’envoyer des cartes postales à chaque anniversaire ou voyage. Elles sont très appréciées dans la famille car c’est un peu exotique de recevoir des lettres », ­ajoute-t-il, malicieux.

Car Internet nous ferait presque oublier que d’autres occupations peuvent remplir notre quotidien : lecture, jeux, travaux manuels... À tout âge, il est essentiel de savoir prendre du recul par rapport au virtuel et de ne pas avoir systématiquement recours au numérique pour tuer l’ennui. Ne serait-ce qu’en éteignant de temps à autre son smartphone, pour montrer l’exemple aux plus jeunes.

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Paru le 5 avril 2018

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