Famille : le bonheur sur grand écran

agrandir Famille : le bonheur sur grand écran
© Amélie Falière
Famille : le bonheur sur grand écran
© Amélie Falière

La fréquentation des salles obscures en famille permet de partager des émotions, de nourrir le dialogue et d’ouvrir les horizons. Un plaisir à s’offrir à l’heure où toute la France se met au diapason de la fête du Cinéma !

« Lors des séances de cinéma avec tous mes enfants et parfois leur père, j’aimais cette communion, les discussions passionnées autour du film et d’interprétations différentes, se souvient Colette, 76 ans, mère de cinq enfants et grand-mère de onze petits-enfants. Le chaudron familial ! Aujourd’hui, j’aime aller au cinéma avec l’un ou l’autre de mes petits-enfants. Récemment, j’ai vu La famille Bélier avec ma Loulia, 8 ans. Serrée contre moi dans une salle mal chauffée, je la sentais vibrer. À un moment, inquiète que la famille tourne mal, elle m’a chuchoté : “Est-ce que ça finit bien ?” J’ai pu la rassurer et elle a continué à regarder en paix. »

 Pour Virginie, 48 ans, mère de quatre enfants âgés de 12 à 22 ans, les salles obscures ont forgé une culture commune : « Elles ont créé entre nous un vrai langage familial fait de dialogues cultes de nos “chefs-d’œuvre” (pêle-mêle : Forrest Gump, Les Tuche, les films de Tim Burton, etc.). Les répliques fusent quand nous nous retrouvons. Maintenant que nos aînés sont partis, nos SMS et nos messages reprennent souvent cette langue codée ! »

« Eprouver ensemble, ce qui construit la famille »

Dans la panoplie des sorties en famille, essentielles pour se retrouver, les séances de cinéma ont indéniablement une place à part. « La famille a deux axes : l’axe vertical de la transmission d’une génération à l’autre et l’axe horizontal du partage d’émotions, explique Serge Hefez, psychiatre et psychothérapeute, auteur de Quand la famille s’emmêle (Éd. Fayard, Coll. « Pluriel », 320 p. ; 9,20 €). Au cinéma, il ne s’agit pas seulement d’être les uns à côté des autres, mais d’éprouver ensemble, ce qui construit la famille. »

Pour mettre toutes les chances de leur côté, les parents choisissent généralement des œuvres spécifiquement dédiées aux plus jeunes avant de les ouvrir à d’autres horizons.

« Avec ma fille petite, nous regardions les dessins animés de Miyazaki, Disney et autres, témoigne Valérie, 53 ans, mère de Milena, 14 ans. Aujourd’hui qu’elle étudie l’allemand et la Seconde Guerre mondiale en histoire, nous aimerions voir ensemble Le labyrinthe du silence sur le procès d’Auschwitz. »

Habituée enfant à aller souvent au cinéma avec ses parents, France, 52 ans, a tenu à reproduire avec sa fille, aujourd’hui âgée de 23 ans, et son fils de 12 ans ce qu’elle considère comme « une chance et une richesse ».

« C’est toujours une fête, un moment un peu exceptionnel. Le cinéma, c’est la vie. Je propose aux enfants des films qui, a priori, ne leur sont pas destinés mais que j’ai vus avant ou sur lesquels je me suis renseignée pour savoir s’il y a des scènes violentes ou qui pourraient les mettre mal à l’aise. J’explique à mon fils le contexte des films, par exemple celui de Wajda dont la réalisatrice saoudienne avait dû se cacher dans un camion pour tourner l’histoire d’une fillette qui veut un vélo. »

Trouver le bon moment pour regarder un film en fonction de l’âge de son enfant est tout un art, si l’on en croit Serge Hefez : « Élever (au sens de hisser vers le haut) son enfant, c’est le précéder très légèrement, anticiper qu’il peut s’intéresser à un film en lien avec l’histoire ou une culture différente. »

Valérie et France voient arriver avec une légère appréhension l’adolescence et le moment où les enfants ne partageront plus leurs goûts. Tara, 15 ans, est passée par cette phase : « Depuis un an, je n’allais au cinéma qu’avec mes amis. Je pensais que mes parents ne regardaient que des films coréens autour de l’abandon, la guerre, la mort… Un samedi soir où je n’avais rien à faire, ils m’ont obligée à les accompagner pour voir Dear White People, un film sur le racisme dans les campus américains. C’était super et on en a beaucoup parlé. Du coup, cela m’a remise d’aplomb pour aller au cinéma avec eux ! »

Face à un adolescent dans l’opposition, Serge Hefez conseille de continuer à proposer de sortir en famille :

Dix fois, il dira non, et peut-être oui à la onzième. Il va trouver là un autre plaisir de partager. 

Cinéphile depuis l’enfance, Gaël, 44 ans, a transmis sa passion pour les films classiques à son fils aîné, 15 ans, qui continue de trouver son bonheur dans le sillon paternel.

« Forger son identité à partir de ce qu’on a éprouvé »

« Nous allons ensemble à la Cinémathèque et au Forum des images à Paris. Nous sommes très complices, désormais moins dans la transmission et plus dans l’échange à égalité parce qu’il a des avis intéressants sur les films, le montage, le cadrage, les dialogues, l’épaisseur des personnages… »

Les échanges en famille au sortir de salle initient les plus jeunes au débat et à l’expression de ce qu’ils ont ressenti, confirme Serge Hefez : « C’est une façon de forger son identité à partir de ce qu’on a éprouvé et qui n’appartient qu’à soi. »

 


Une fête à ne pas manquer

affiche fête du cinéma

Du dimanche 28 juin au mercredi 1er juillet 2015, les cinémas proposent un tarif unique de 4 euros dans toute la France, pour tous les films, à toutes les séances. C’est le moment idéal pour voir en famille les œuvres présentées à Cannes (La loi du marché, Trois souvenirs de ma jeunesse, La tête haute, etc.), les jolies sorties du moment (L’échappée belle, Comme un avion), ou les reprises de nos grands ­classiques (Cinéma Paradiso, La dame de Shanghai, Ascenseur pour l’échafaud).

 Vidéo. La fête du Cinéma 2015

 


Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 18 janvier 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières