Cousinades : la famille à la fête

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Les cousins Arnold durant la cousinade 2008. © Giusseppe Porzani / Fotolia
Les cousins Arnold durant la cousinade 2008.
Les cousins Arnold durant la cousinade 2008. © Giusseppe Porzani / Fotolia

Au printemps, des Français de plus en plus nombreux courent les routes à la recherche de leurs lointains cousins. Que cache cette vogue des rassemblements familiaux élargis ?

« Qui n’a pas rêvé un jour de voir se rencontrer son oncle d’Amérique et son petit-cousin de Marseille ? » lance, amusée, Madeleine Arnold Têtard, 74 ans.

Cette retraitée pleine d’entrain, l’une des pionnières des cousinades, l’a fait. En 1983, cette férue de généalogie décide, après « avoir fait revivre ses aïeux », de « faire connaissance avec les vivants ».

Cette année-là, en août, 350 cousins Arnold se retrouvent dans leur village d’origine, en Alsace. Depuis, Madeleine a réuni deux demi-frères qui ignoraient leurs liens de parenté, rassemblé des familles séparées par la Seconde Guerre mondiale et sorti de l’anonymat quelque 5 000 descendants Arnold vivant aux quatre coins du globe.

Inventé dans les années 1990, le mot « cousinade » figure désormais dans les dictionnaires. On a même vu, en 2012, 4 750 cousins vendéens entrer dans le Livre des records en formant la plus grande cousinade jamais rassemblée en France !

Qu’est-ce qui incite tant de familles à se donner rendez-vous, une fois tous les trois ou quatre ans, pour partager quelques heures ensemble ?

76 % des Français répondent souhaiter retrouver un membre éloigné de leur parentèle, et un Français sur deux a déjà fait des recherches sur sa famille (étude de mars 2015, auprès de 1 019 personnes âgées de 18 ans et plus, par Opinionway pour www.genealogie.com).

Ces rassemblements familiaux apportent le sentiment rassurant d’appartenir à une lignée commune, une tribu familière.


C’est comme une communion au sein d’une famille qui compense l’éclatement qui règne dans la société actuelle. Nous avons besoin de liens intimes dans un monde où les relations se distendent

→ souligne Lisbeth von Benedek, docteur en psychologie et psychanalyste (auteure de Frères et sœurs pour la vie, Éd. Eyrolles, 2013, 194 p. ; 18 €).

Et comme la famille elle-même se décompose et se recompose, il est encore plus rassurant de se sentir solidement implanté dans une lignée, une histoire familiale.

Construire une identité

Dans une société qui impose à chacun de discerner ses valeurs et son chemin, les cousinades aident à construire une identité. On y occupe une place à sa mesure, alors que le monde nous fait parfois douter d’en trouver une.

Quelques années après la mort de son père, Catherine, 55 ans, enseignante en région parisienne, s’est mise à fréquenter les cousinades de sa famille.

Au début, c’était une façon d’entretenir la mémoire de mon père. Puis, j’ai compris que j’étais héritière de cette famille et que j’y avais ma place.

D’autant qu’opère une sorte de familiarité magique. Des cousins qui ne se sont pas vus depuis quarante ans tombent dans les bras l’un de l’autre, un petit-neveu aborde sa vieille tante sans chichis, des cousines éloignées se racontent leurs vies alors qu’elles ne se connaissaient pas hier.

À la différence des réunions amicales, on trouve dans les cousinades des témoins de nos premiers pas, ceux qui peuvent vous assurer que petite, oui, vous aimiez déjà le chocolat et combien votre grand-mère vous adorait. Une sorte de résistance à l’anonymat croissant des modes de vie urbains.

Les cousinades célèbrent aussi un certain esprit de famille. Elles lui apportent un nouveau sens, car on y évoque des souve­nirs heureux, pas des vieilles rancœurs.

« L’emploi du temps est organisé, on parle de ce qui rassemble, rarement de ce qui fâche », remarque Éric Trappeniers, psychologue et formateur en psychothérapie familiale (auteur de Se libérer des souffrances familiales, Éd. Dunod, 2014, 448 p. ; 24 €.)

Ces retrouvailles sont aussi un bon moyen de transmettre cet esprit aux plus jeunes.

Il est touchant de voir les plus âgés découvrir des traits familiaux chez les plus petits 

→ témoigne Claire, auteure de livres pour la jeunesse, qui s’apprête à passer la Pentecôte avec cinquante cousins de son mari.

Les plus âgés font passer le message que la famille ne se résume pas à la cellule père-mère-deux enfants, mais à une lignée plus large. Et fournissent aux adolescents quelques leçons de vie : que la vieillesse n’entame pas la joie de vivre, que tel cousin confronté à des épreuves brave la tempête…

De nouveaux réseaux s’y tissent. Après avoir partagé un après-midi, on hésite moins à appeler une cousine pour trouver un stage à un enfant ou à solliciter le conseil d’un oncle dans la même branche professionnelle.

Et pourtant, il en faut de l’énergie pour rassembler des centaines de personnes, veiller à tous les détails de l’organisation, pointer des arbres généalogiques de 15 mètres de long et parcourir parfois des milliers de kilomètres pour se mêler durant une journée à de parfaits inconnus.

Mais on en repart heureux, plus conscient de ses origines, sûr d’avoir une place… Bref, on expérimente le prix et la chaleur des liens familiaux, ou tout simplement humains.



Des pistes pour vous lancer

 www.reuniondefamille.net : un site spécial cousinades.

www.guide-genealogie.com : aide aux recherches généalogiques.

→  www.beaucarnot-genealogie.com : le site du généalogiste Jean-Louis Beaucarnot.

→  www.geneafrance.org : onglet « organiser une cousinade ».

www.geneanet.org : partage d’arbres généalogiques.

→  Pour rechercher vos ancêtres ou préparer les documents nécessaires le jour de la cousinade (impression d’arbres généalogiques, de badges, de formulaires…), vous pouvez utiliser le logiciel Généatique (payant) à télécharger sur www.geneatique.com Offre spéciale réservée aux lecteurs
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► A lire dans Pèlerin, n° 6907, du 16 avril 2015, les témoignages de Ilona et de Laurence.

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Paru le 14 juin 2018

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