"Politique et société", le nouveau livre du pape François

« Politique et société »* : sous un titre très général, se trouve un formidable coup éditorial et un entretien peu banal : c’est à un chercheur français que le pape François a accordé de longues heures d’échanges. Sur un ton à la fois précis, direct et enjoué, Dominique Wolton et le pape argentin reviennent sur les enjeux du monde d’aujourd’hui.

À propos de l'article

  • Créé le 06/09/2017
  • Publié par :Christophe Henning
  • Édité par :Sabine harreau
  • Publié dans Pèlerin
    6 septembre 2017

Pas de révélations tonitruantes ou de déclarations capitales dans les propos du pape, mais la confirmation des lignes de force de son pontificat : mettre les périphéries au centre, briser les frontières, réformer la Curie, inviter au dialogue et prêcher la miséricorde. Interlocuteur du cardinal Jean-Marie Lustiger (ce qui a donné Le choix de Dieu, un livre d’entretiens paru en 1987), le sociologue Dominique Wolton n’est pas à proprement parler un vaticaniste et ne prétend pas l’être.

En revanche, ce spécialiste des questions de communication, ne pouvait que s’interroger devant le phénomène que constitue la popularité planétaire d’un pape venu de loin… A l’issue d’une douzaine de rencontres à la maison Sainte-Marthe, au Vatican, l’essayiste restitue avec fraîcheur et transparence des discussions dont le contenu peut sembler inégal, mais qui révèle en profondeur la personnalité d’un pape rusé.

Ainsi, François répond-il parfois de manière succincte, reconnaît ses limites ou renvoie à ses interventions publiques. D’ailleurs, seize grands textes du pape François ponctuent les huit chapitres de cet épais volume de quatre cents pages.

La place de l’Europe

La mondialisation, l’accueil des réfugiés, la place de l’histoire, le rôle de l’Europe, la paix… Ces sujets reviennent plusieurs fois dans des échanges à bâtons rompus qui se sont déroulés sur deux années.

Nous sommes tous des migrants, et nous sommes tous des réfugiés

« Nous sommes tous des migrants, et nous sommes tous des réfugiés », confie le pape au début de l’ouvrage, pour insister encore : « l’immigration est un phénomène naturel de l’histoire (…) Le problème actuel c’est qu’elle fait peur. »

Comment résoudre les guerres et les conflits ? « La seule chose juste, c’est la paix », assène le pape dans une de ces formules dont il a le secret et qui ponctuent le dialogue. Renvoyant l’Occident à ses responsabilités, le pape en profite pour exprimer son attachement et aussi sa réelle connaissance de la France, - citant volontiers Péguy, le cardinal de Lubac ou Charles de Foucauld -, et son souci de l’Europe : « L’Europe, c’est du bon vin, mais il se peut que cela lui enlève un peu de spontanéité et de fraîcheur. »

Un pape résolu

Sans doute un pape sud-américain est-il plus direct, mais c’est bien le jésuite Bergoglio qui revient sur la place du peuple dans sa pastorale et n’hésite pas, une fois encore, à dénoncer le cléricalisme, les mondanités ou les prêtres rigides « qui ont peur de l’Évangile et préfèrent le droit canonique ».

L’occasion aussi pour François de rappeler que la miséricorde est première face à la norme, à une morale fermée, exprimée en termes du permis et du défendu. Une parole si forte que Dominique Wolton ne cesse de demander au pape de nouvelles encycliques sur la diversité culturelle, la joie, la communication… François laisse dire, sachant qu’il a été parfois trop bavard et que son temps lui est compté.

Ses silences subtilement présents dans l’échange en disent long, aussi, sur un pape résolu, qui confie avoir eu recours à une courte psychanalyse à l’âge de 42 et qui affirme aujourd’hui « n’avoir peur de rien », vivant sa mission paisiblement, depuis l’instant même de son élection : « J’ai ressenti alors une grande paix. Et cette paix ne m’a pas quitté jusqu’à aujourd’hui. »

* Politique et société, du pape François, entretiens avec Dominique Wolton, Ed de l’Observatoire, 432 p., 21 €.

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Paru le 21 septembre 2017

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