Pierre Bonte : son hommage aux maires ruraux

agrandir Juliénas, un village au cœur du Beaujolais.
Juliénas, un village au cœur du Beaujolais. © Fabien/Adobe Stock
Juliénas, un village au cœur du Beaujolais.
Juliénas, un village au cœur du Beaujolais. © Fabien/Adobe Stock

À l'occasion du 100e congrès des maires de France, qui se déroule à Paris, du 21 au 23 novembre 2017, le journaliste Pierre Bonte, créateur de l’émission culte Bonjour Monsieur le Maire, partage aux lecteurs de Pèlerin son admiration sans borne pour les élus des petites communes.

À propos de l'article

  • Créé le 22/11/2017
  • Publié par :Estelle Couvercelle
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    23 novembre 2017

Erio Tac PIERRE_BONTE

Pèlerin. Vous ne cessez de sillonner le pays depuis près de cinquante ans. Dans votre dernier livre La Belle France, itinéraire d’un rural-trotteur, vous abordez notamment la question du rôle des maires de villages. Qu’avez-vous observé ?
Pierre Bonte. Aujourd’hui, les petits maires, comme on les appelle, sont découragés et même résignés. Ils se sentent dépouillés de l’essentiel de leurs prérogatives et de leurs compétences au profit des intercommunalités. Bref, ils ont © Erio Tac                             l’impression d’être dépossédés de l’essence même de leur mandat. Certains, que j’ai rencontrés au fil de mes périples, m’ont même lancé : « On va devenir des garde-champêtres, c’est tout ! Il ne nous restera qu’à entendre les querelles de voisinage, sans avoir de pouvoir pour répondre aux problèmes concrets de nos concitoyens. » Du coup, les maires ruraux ne savent plus trop où ils en sont. Selon moi, c’est l’une des conséquences de la nouvelle organisation territoriale de la République : la loi NOTRE de 2015. Elle a poussé les communes à se regrouper en intercommunalités toujours plus vastes.

Selon vous, quelles en sont les conséquences ?
Les présidents d’intercommunalité apparaissent de plus en plus éloignés des réalités du terrain. Et en fin de journée, ces derniers ouvrent leurs parapheurs et signent des documents actant des décisions prises par des fonctionnaires territoriaux. Comment est-il alors possible que ces élus aient un œil sur tout ce qui se passe sur leur territoire composé de plusieurs dizaines de communes ? A l’heure actuelle, être moderne, c’est, paraît-il, se regrouper et s’agrandir pour réaliser des économies d’échelle. Selon moi, c’est une erreur. Car on occulte ainsi toutes les bonnes volontés qui se dépensent au niveau local. Il va sans dire qu’elles sont impossibles à mesurer. Mais elles existent !

Comment se traduisent-elles concrètement ?
Souvent, ils font appel au bon vieux système D en s’investissant personnellement. D’abord, ils consacrent énormément de leur temps personnel à leur mandat. Ensuite, ils sont capables d’agir eux-mêmes. Par exemple, j’ai rencontré un maire d’une commune de 500 habitants dans l’Eure qui est doué pour le bricolage. Il restaure lui-même un bâtiment. Son objectif est d’y rouvrir le bar-épicerie, qui a fermé il y a quatre ans. Auparavant, il a racheté la Licence IV et s’est mis à la recherche d’un couple pour s’occuper de ce futur commerce. Il y a tellement de maires comme lui prêts à tout pour le bien commun de leur village ! Ils ne peuvent y parvenir qu’en comptant sur les liens qu’ils ont noués au quotidien avec les habitants.

Ces maires qui font bouger leur commune peuvent-ils inspirer des politiques innovantes sur le plan national ?
Malheureusement, je crois que ceux qui nous gouvernent n’ont pas l’air de prendre conscience du travail des maires ruraux. Ces derniers sont perçus comme des élus qui défendent leur pré-carré. On leur prête même un chauvinisme contraire à l’intérêt général ! C’est, malheureusement, une vue assez caricaturale du village. Or, il n’y a pas de miracle : cette France rurale, si elle reste encore bien entretenue, si son patrimoine est maintenu en bon état, si elle accueille des entreprises, c’est surtout grâce aux maires. Du moins, c’est le constat que j’ai pu réaliser en cinquante ans de reportages et de contacts fréquents avec les élus et avec des villageois.

En conclusion, quels sont les enjeux des maires ruraux aujourd’hui ?
Face à la mondialisation, ces maires sont à même de défendre un art de vivre unique. Notre pays est, en effet, le seul en Europe à avoir cette multiplicité de communes dotées chacune d’une identité et d’une histoire uniques. Ce n’est pas un handicap, mais une richesse ! Ce maillage extraordinaire est la raison pour laquelle les citadins sont si nombreux à venir s’y réfugier le week-end et en vacances pour retrouver une certaine sérénité. Finalement, j’ai envie de dire aux maires ruraux : battez-vous ! Effectivement, ils forment un contrepoids indispensable à une centralisation excessive de notre pays. Ils représentent un échelon de proximité à maintenir à tout prix pour l’équilibre de notre société.


Pour aller plus loin


► A lire : le dossier de quatre pages dans Pèlerin n° 7042, du 16 novembre 2017 : Ces maires qui ont la pêche.

► Vidéo : Les débuts de l’émission Bonjour Monsieur le Maire : cliquez ici 

Le programme du 100e congrès des maires de France 

► Un ouvrage :

LA BELLE FRANCE

La Belle France. Itinéraire d’un rural-trotter

Tout au long de sa carrière de journaliste, Pierre Bonte donne inlassablement de la voix à la France des villages, et ce sans jamais se lasser. Pour preuve avec cet ouvrage La Belle France. Itinéraire d’un rural-trotter. À travers de courts chapitres, il nous fait partager, avec cet enthousiasme inimitable et sincère, les richesses de ces rencontres avec cette catégorie de Français qui a rarement accès aux médias : les ruraux. C’est aussi l’occasion de critiquer au passage les nouvelles organisations territoriales, en l’occurrence les politiques des intercommunalités et les créations de communes nouvelles.


Ed. Le passeur, mars 2017, 240 pages, 18,50 €.

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Paru le 7 décembre 2017

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