Peut-on prier pour demander la pluie ?

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Peut-on demander à Dieu la pluie et le beau temps ? © CC0 Public Domain
Peut-on demander à Dieu la pluie et le beau temps ?
Peut-on demander à Dieu la pluie et le beau temps ? © CC0 Public Domain

Le 4 décembre, Mgr Xavier Malle, évêque de Gap (Hautes-Alpes), a invité ses diocésains à prier pour que la pluie tombe enfin sur les terres desséchées.

À propos de l'article

  • Créé le 20/12/2017
  • Publié par :Christophe Chaland / Agnès Chareton
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7048 du 28 décembre 2017

LES FAITS


Le contexte :

L’automne très sec a renforcé la sécheresse sur les régions situées au sud de la Loire. Mgr Xavier Malle a invité les chrétiens des Hautes-Alpes à trois jours de prière pour la pluie. De fait, il a plû à verse… comme annoncé par la météo. Cette initiative est inhabituelle en France. Après-guerre, une théologie du retrait de Dieu, du silence de Dieu, a en effet marqué les esprits. Serait-elle en perte de vitesse ? Le monde rural, lui, garde le souvenir des Rogations, ces trois jours avant l’Ascension où l’on allait en procession dans les campagnes, priant pour que récoltes et semailles se passent bien ; de telles prières ont été faites en 2011 dans les diocèses de Laval et de Beauvais. Ailleurs aussi : en Espagne, l’évêque du diocèse de Sigüenza-Guadalajara a publié le 14 novembre une lettre pastorale dans ce sens, comme l’avaient fait, en 2014, les évêques de la conférence épiscopale de Californie (États-Unis). Au Maroc et en Tunisie, des prières à cette intention ont été ordonnées en novembre par les autorités islamiques.

Les chiffres :

75 %
Au 1er décembre, le déficit de pluviométrie atteignait le plus souvent 75 % en Région Sud
(ex-PACA), dans le Gard et sur le littoral de l’Hérault (source : Météo France).

470
Selon la tradition, date de l’institution des Rogations par saint Mamert, évêque de Vienne-
en-Dauphiné. Elles sont incluses au IXe siècle dans la liturgie romaine.





Laissons à Dieu le secret de la réponse

P. Pierre Gauthier, prêtre du diocèse de Rodez, professeur émérite à la faculté de théologie catholique de Strasbourg.


Pierre Gauthier 1-001 recadré

La prière de demande fait partie de la foi des chrétiens et elle peut porter sur des biens matériels comme sur des biens spirituels. Dans le Notre Père, la prière que Jésus nous a enseignée, ne faisons-nous pas cette demande de première nécessité : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour » ?

Alors pourquoi ne pas demander la pluie quand celle-ci vient à manquer dangereusement ? Cela suppose que l’on professe le premier article du Credo : « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre. » C’est dire que Dieu est à l’origine de toutes choses et qu’il prend soin de ce qu’il a fait, autrement dit qu’il est Créateur et Providence !

Cette foi est commune aux trois religions monothéistes, juive, chrétienne et musulmane. La Bible dit encore que Dieu prend soin de chacun de nous : c’est ce qui est appelé la providence personnelle ou particulière, en plus de la providence générale.

La prière est possible et porte ses fruits. Pour autant, Dieu respecte les lois qu’il a lui-même données à sa création, ainsi que la liberté de l’homme. La difficulté de beaucoup de nos contemporains de prier ou simplement de reconnaître une valeur
à la prière me semble provenir de l’affaiblissement de l’ouverture à la transcendance, fondement de toute attitude religieuse.

Qu’en est-il du résultat que nous attendons de la prière, comment savoir que nous sommes exaucés ? Peut-être faut-il laisser à Dieu le secret de sa réponse ou l’accueillir dans le secret ? John Henry Newman, un Anglais du XIXe siècle, béatifié par le pape Benoît XVI, a prêché un sermon intitulé « Le Christ manifesté dans le souvenir » où il explique que l’action de la Providence divine est reconnue par nous, non pas au moment où elle s’exerce mais plus tard. Quelques fois bien plus tard.



Si Dieu est Dieu, on peut tout lui demander

Mgr Xavier Malle, êvêque de Gap et d’Embrun (Hautes-Alpes).

© Claude Truong-Ngoc

Recadré Xavier_Malle_par_Claude_Truong-Ngoc__2017

J’ai proposé aux prêtres et aux fidèles de mon diocèse de prier pour demander la pluie pendant trois jours, à partir du 8 décembre (fête de l’Immaculée Conception NDLR) afin de confier cette intention à Marie. C’est une paroissienne du Lautaret qui a demandé de prier à cette intention.

J’ai moi-même été interpellé par l’ampleur de la sécheresse qui touche la région de Gap. J’ai demandé de prier trois jours en référence aux Rogations, une vieille tradition dans l’Église. Prier pour qu’il pleuve, c’est une prière de demande, confiante. Après tout, le Notre Père est une prière de demande, que Jésus lui-même nous a enseignée.

Il est vrai que ce genre de prière a été dévalorisé. Cela peut susciter deux types de critiques. D’abord, de la part de chrétiens intellectuels rationalistes. Je leur réponds que c’est un manque de foi. Car si Dieu est Dieu, s’il est un Père, on peut tout lui demander. D’autre part, cela peut susciter de l’incompréhension de la part des non-chrétiens, et là, c’est paradoxal : des gens qui sont eux-mêmes païens me reprochent des pratiques païennes !

Il ne s’agit pas de prendre Dieu pour un juke-box : je fais une prière, et j’obtiens la pluie. Cette prière doit être l’occasion d’une prise de conscience écologique des chrétiens : il est urgent de revoir nos modes de vie. L’initiative a été accueillie de manière très positive dans le diocèse.

Pour ma part, j’ai réalisé que l’eau est une ressource précieuse et rare lors d’un pèlerinage en Terre sainte.J’ai nommé un délégué diocésain à l’écologie dans mon diocèse pour s’emparer de ces questions. Nous devons prendre au sérieux l’appel lancé par le pape François dans son encyclique Laudato si’.



Je ne crois pas en un Dieu magicien

Michel Doiezie, producteur de lait, Beaupréau-en-Mauges (Maine-et-Loire)


Michel Doiezie recadré

Je suis paysan depuis bientôt trente ans, associé avec mon frère René. Notre production de lait aura l’agrément « bio » dans quelques mois. Je suis membre du mouvement CMR (Chrétiens dans le monde rural), dont j’ai été administrateur.

J’ai vécu quelques sécheresses marquantes, et j’ai connu l’angoisse, quand la trésorerie est mise à mal pour acheter les fourrages et céréales nécessaires. Dans ces moments, est-ce que j’ai pensé prier ou organiser des moments de prière avec d’autres agriculteurs et amis de ma région ? Eh bien non !

Pourquoi ? Je ne crois pas dans un Dieu magicien ni dans un Dieu distributeur de bien et de mal, et puis, les histoires de miracles spectaculaires dans l’Évangile m’ont souvent dérangé – j’ai sans doute mal compris. Moi, je crois dans un Dieu présent en chaque personne. On le trouve du côté de la bienveillance, de la clarté, de la vérité, de l’humilité, de la liberté, de la solidarité, du besoin des autres, de la beauté, de la tendresse, de la douceur, de la justesse d’attitude…

Dieu est amour, il n’est qu’amour. Les signes et les miracles, je les vois dans les relations entre humains quand le respect et l’estime sont là. Je les vois quand le courage politique a le souci de protéger les minorités, quand les lois font avancer l’égalité entre les citoyens, quand on accueille l’étranger comme son frère.

Alors prier pour que la pluie tombe ? Peut-être que mon voisin va prier en même temps pour que le soleil reste, afin que la piscine de son camping attire le plus de gens possible. Dieu peut toucher le cœur ou l’âme des humains, mais je ne crois pas qu’il guide les trajectoires des nuages. Alors oui, je peux prier pour garder l’espérance de jours meilleurs, pour ouvrir la parole et la solidarité, pour demander à Dieu d’être plus sensible aux autres, de chercher des solutions avec d’autres.

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

Prières

penelope 27/12/2017 à 17:55

Cela c’est toujours fait. En 1978, il y avait une grande sécheresse dans le Sud Ouest. Dans ma paroisse, après accord avec la préfecture, nous avions fait aussi une procession demandant à Saint Medard patron de l’église; Nous disons bien "s’il ... lire la suite

Paru le 18 janvier 2018

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