Père Pedro : "Créons des oasis d’espérance"

agrandir Inspiré par l’action de saint Vincent de Paul, le Père Pedro ne cesse de s’investir auprès des plus pauvres à Madagascar : familles vivant dans la ruea, sur les décharges de la capitale... Il travaille, depuis 1989, selon un triple objectif : un toit, un travail, une éducation.
Inspiré par l’action de saint Vincent de Paul, le Père Pedro ne cesse de s’investir auprès des plus pauvres à Madagascar : familles vivant dans la ruea, sur les décharges de la capitale... © Rijasolo
Inspiré par l’action de saint Vincent de Paul, le Père Pedro ne cesse de s’investir auprès des plus pauvres à Madagascar : familles vivant dans la ruea, sur les décharges de la capitale... Il travaille, depuis 1989, selon un triple objectif : un toit, un travail, une éducation.
Inspiré par l’action de saint Vincent de Paul, le Père Pedro ne cesse de s’investir auprès des plus pauvres à Madagascar : familles vivant dans la ruea, sur les décharges de la capitale... © Rijasolo

Depuis un demi-siècle, ce disciple de saint Vincent de Paul travaille avec les pauvres de Madagascar. De passage en France, le religieux argentin veut réveiller les cœurs et les consciences.

À propos de l'article

  • Créé le 12/07/2017
  • Publié par :Christophe Henning
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    7024 du 13 juillet 2017

Dans votre dernier livre, vous nous invitez à l’insurrection… Pas moins ?

Exactement ! Je suis en colère parce qu’il y a urgence. Pour les politiciens, la lutte contre la pauvreté devient marginale. Ceux qui dirigent le pays à Madagascar, mais aussi ailleurs en Afrique, au Venezuela, en Colombie, en Argentine, doivent travailler pour le développement, pour la justice sociale. Je ne comprends pas comment un politicien peut mentir à ses propres enfants, à son propre peuple.

N’est-ce pas l’Évangile qui est un appel à l’insurrection ?

Bien sûr ! Nous nous sommes un peu ankylosés : il faut se désencombrer. Que le pape François revienne vers l’authenticité de l’Évangile, c’est très important. Il ne s’agit pas de garder les traditions : l’amour, la vérité, ce n’est pas la tradition. L’amour, c’est l’énergie qui me fait bouger. L’Évangile vous remet debout : réveillez-vous ! Debout !

Il faudrait davantage de « Père Pedro » ?

Non, je ne peux pas dire ça. Mais peut-être n’y a-t-il pas assez de gens qui croient à l’Évangile. L’homme Jésus a donné sa vie pour ses frères : tout commence par là.

Quand avez-vous entendu cet appel ?

Ma mère était attentive aux pauvres : elle s’occupait avec amour de ses huit enfants et nous a appris à partager ce qu’on avait. Quand j’ai commencé à lire l’Évangile à 15 ans et que j’ai découvert Jésus, l’ami des pauvres, j’ai dit : « Cet homme-là, je veux le suivre. » C’est lui qui m’a conduit au milieu des pauvres.

Vos racines sont importantes…

À Buenos Aires, il y a des gens de tous les pays du monde. J’ai vécu dans deux civilisations : né en Argentine, je suis slovène par mon père et ma mère. Dans la famille, c’est le travail qui prime. Mais quand je sors, c’est la fête ! Si je n’avais gardé que le travail, le sérieux,  je serais un homme triste. Si je n’étais qu’argentin, ce serait la fête mais sans le travail : j’ai pris le meilleur de chaque civilisation. À Madagascar, c’est le travail et la fête.

Vous avez rencontré le pape François, votre compatriote, juste après son élection ?

J’étais par hasard à Rome pendant le conclave. Et voilà qu’un pape argentin est élu ! Dans les jardins du Vatican, j’ai croisé le cardinal Claudio Hummes qui avait visité mon association, Akamasoa, cinq ans avant. Il m’a amené au pape. Je l’ai trouvé pâle : il commençait à réaliser ce qui lui arrivait. Ensuite j’ai demandé sa bénédiction pour le peuple de Madagascar. Nous étions ensemble au Collegio Massimo en 1967-1968. J’étais un petit étudiant et lui, il finissait ses études. Son nom, Bergoglio, résonnait déjà dans les couloirs.

Vous êtes attaché à la figure de saint Vincent de Paul.

En effet, je suis prêtre lazariste. Saint Vincent de Paul a créé notre congrégation pour s’occuper des pauvres. Il voyait en chacun d’eux l’image du Christ : c’est fort. Je ne fais rien d’extraordinaire, je n’accomplis que mon devoir en tant que baptisé, prêtre et lazariste. Cette année, nous fêtons les 400 ans de l’engagement de saint Vincent de Paul. Malheureusement, on l’a un peu oublié en France.

Au lendemain de votre ordination à Buenos Aires, vous vous dites : je suis donné à ce peuple-là. Finalement, vous avez été envoyé à Madagascar il y a maintenant quarante-sept ans !

Je suis né en Argentine de parents qui venaient d’ailleurs. Je ne suis pas attaché à un peuple en particulier, mais à une mission qui est amour, service, fraternité. Le peuple est partout : l’Évangile m’a ouvert à l’universel.  Si aujourd’hui on me demandait d’aller dans un pays plus pauvre que Madagascar, j’irais. Les pauvres devraient avoir la priorité. C’est vrai, j’aime le peuple malgache. Mais le peuple de Dieu, ce sont toutes les nations de la Terre.


La force de l’Église, c’est l’universalité de Jésus et de son Évangile.

Avec une grande équipe maintenant, vous accueillez de nombreuses familles, vous créez des écoles, des dispensaires, des villages, vous visitez les pauvres : qu’est-ce qui vous fait tenir ?

C’est l’énergie qui me vient de Dieu. La prière, ce n’est pas rabâcher des paroles stéréotypées. Ma vie est une prière ! Quand je marche dans la rue, quand je regarde les gens, quand j’essaie de faire un geste vis-à-vis d’ un vieillard, c’est ma prière ! Combien de fois voyez-vous Jésus s’absenter pour prier ? Pas plus de deux ou trois fois. La prière de Jésus, c’est être de tout son esprit au service de la mission.
Croire en Jésus ne nous sépare pas du monde…

Jésus de Nazareth est ressuscité, mais il est où ? Dans le ciel ? Le ciel est d’abord dans notre cœur ! Jésus, qu’on ne voit plus jusqu’à ce qu’il revienne, est dans notre amour fraternel, dans nos églises où il y a beaucoup de fraternité, beaucoup d’entraide, de solidarité, de communion. C’est là que Jésus est vivant.

Vous avez un conseil pour la prière ?

La prière ce n’est pas un lieu, un moment, un récit, ce n’est pas faire parler les lèvres. C’est un état d’esprit et on peut être dans cet état d’esprit toute la journée. Les gens disent : « Dans la prière je ne sens pas grand-chose.  » Mais quand je travaille pour les plus pauvres, quand je vais vers les personnes âgées, les paumés, les drogués, les alcooliques, je sens la joie ! La même joie qui éclate chaque dimanche, lors de la messe d’Akamasoa, qui rassemble jusqu’à 10 000 personnes !
Le peuple de Dieu se rassemble pour le fêter : cette prière, c’est l’Eucharistie comme action de grâces et non pas la messe comme sacrifice. On chante, on se donne la force. Je crie de joie pendant la messe : ce peuple que j’ai vu dans la rue, sur une décharge, je le vois là, chanter Dieu !

En Europe, les églises sont plutôt vides…

Chez vous, il n’y a aucun enfant et aucun jeune. Notre Église doit changer. Le prêtre est sacré, et les fidèles sont le pauvre peuple de pécheurs, nous sommes censés être calmes, dignes… pétrifiés ! Non. Enlevez les camisoles s’il vous plaît ! Entrez dans la maison de Dieu avec beaucoup de joie et de spontanéité. Plus nos liturgies seront une action de grâces, plus la joie reviendra. Et les gens reviendront, parce que nous avons besoin de joie.

Vous avez fait des études en France et vous revenez chercher de l’aide pour Madagascar. Qu’attendez-vous de nous ?

Je ne viens pas chercher du personnel : à Madagascar, nous avons beaucoup de jeunes qui ont fait des études, qui sont motivés.

En première ligne dans ce combat contre la pauvreté, il y a des jeunes Malgaches, et pas des jeunes d’Europe, d’Amérique, d’Australie. Mais nous devons les épauler, nous devons leur donner les moyens pour agir. Vous avez un pouvoir d’achat qui est 60 fois supérieur au nôtre. 60 fois ! Prenons une image : vous avez 60 couvertures dans l’armoire. En hiver, vous allez avoir besoin de trois ou quatre… Sur les 56 qui restent, je vous en demande seulement deux : « Aimer, c’est partager », disait l’Abbé Pierre. Nous devons le faire sans attendre de remerciements, de reconnaissance.

Akamasoa, cela veut dire « les amis fiables et sincères » : agir ensemble, c’est votre espérance ?

Rien n’est perdu parce qu’il y a des oasis. Nous pouvons devenir lumière pour les autres. Quand nous serons beaucoup de lumières, il y aura beaucoup d’oasis qui se toucheront les unes les autres, et ce sera une seule terre. Mais il y a urgence : nous devons créer ces oasis d’espérance.

Vos commentaires

2 Commentaires Réagir

Père Pedro

claudine 21/07/2017 à 17:40

En Europe, les églises sont plutôt vides… Chez vous, il n’y a aucun enfant et aucun jeune. Notre Église doit changer. Le prêtre est sacré, et les fidèles sont le pauvre peuple de pécheurs, nous sommes censés être calmes, dignes… pétrifiés ! Non. ... lire la suite

Père Pédro

ajl1509 15/07/2017 à 20:13

Nous connaissons l'oeuvre du P. Pédro à Madagascar par un couple d'amis qui sont en quelque sorte les correspondants de ce Saint Vincent de Paul en Alsace. La foi déplace les montagnes ... Prenant en charge une population miséreuse qui triait les ... lire la suite

Paru le 21 septembre 2017

Notre Librairie

Voyages et croisières