Où va la Catalogne ?

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© Crédit Gonzalo Arroyo Moreno / ANADOLU AGENCY / AFP
Où va la Catalogne ?
© Crédit Gonzalo Arroyo Moreno / ANADOLU AGENCY / AFP

L'Espagne traverse l'une de ses plus graves crises politiques. Si la séparation entre la Catalogne et l'Espagne était prononcée, que deviendrait cette région ? Retour sur une semaine compliquée et les conséquences que pourrait avoir le divorce.

À propos de l'article

  • Créé le 11/10/2017
  • Publié par :Alice Le Dreau
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    11 octobre 2017

1 - La Catalogne est-elle devenue indépendante ?

Oui et non. Selon les résultats officiels du référendum d’auto détermination du 1er octobre, 90% des électeurs se sont déclarés favorables à la création d’une république indépendante de Catalogne. Le 10 octobre, Carles Puigdemont, le chef des files des séparatistes, a donc proclamé (unilatéralement) l'indépendance de la région…. Mais il en a suspendu les effets, le temps de dialoguer avec Madrid, pour apaiser la crise opposant Barcelone à l’Etat central. « Nous ne sommes pas des putchistes », a-t-il déclaré.

Ce n’est donc pas l’indépendance qui est en suspens, mais les conditions dans lesquelles celle-ci se réalisera. Cet entre-deux décoit les séparatistes purs et dur, et inquiète les citoyens opposés à l’indépendance. D’autant que mercredi 11, Mariano Rajoy apportait une fin de non-recevoir : « Il n’y a pas de médiation possible entre la loi démocratique et l’illégalité » a rétorqué le chef du gouvernement conservateur espagnol, rappelant que le référendum est considéré comme illégal par les autorités.

Il semble difficile, pour le moment, de savoir comment sortir de l’impasse. Seule tentative d’apaisement visible  : le chef du Parti socialiste espagnol a annoncé qu'un accord avait été trouvé avec Mariano Rajoy pour étudier une réforme de la Constitution et réfléchir à la manière d’ élargir l’autonomie et les compétences de Catalogne, qui déplore, par exemple, de ne pouvoir lever elle-même l’intégralité de ses impôts, à l’inverse du Pays basque. Mais il s’agirait alors d’éviter que la Catalogne quitte l’Espagne. Les séparatistes s’en contenteront-ils ?  

2 - Que peut faire l’Espagne ?

Le gouvernement peut déclencher l’article 155 de la constitution. Il stipule que si une communauté autonome porte atteinte à l’intérêt général de l’Espagne, le gouvernement peut prendre les mesures nécessaires pour la contraindre à respecter ses obligations. À savoir, suspendre son autonomie et reprendre en main l’administration, les finances de la Catalogne.

Autre possibilité : le gouvernement peut demander l’arrestation des responsables politiques et leur mise en examen pour « sédition ». Pour l’instant, l’article 155, qui n’a jamais été utilisé jusqu’ici, n’est brandi que comme une menace par l’Etat central. Avant d'avoir recours à cette arme législative lourde, Mariano Rajoy a posé l'ultimatum à Carles Puigdemont : les indépendantistes ont jusqu'au 16 octobre pour confirmer si oui, ou non, ils ont déclaré l'indépendance. Le compte à rebours est lancé.

Jusqu’où le bras de fer pourrait-il aller ? C’est la question qui agite l’Espagne.

3 - Quel avenir au sein de l'Union européenne ?

La future république de Catalogne espère rester dans l'Union européenne. Mais, pour l'UE, un État né d'une sécession au sein d'un État membre, considéré comme un pays tiers, ne saurait compter sur son maintien automatique. Libre à la Catalogne de faire ensuite acte de candidature pour réintégrer les vingt-huit. Seulement, « cette adhésion est soumise au vote à l'unanimité de tous les États membres, donc… de l'Espagne », précise Luis Lema, auteur de Espagne, la passion de l'identité*. Par ailleurs, une déclaration unilatérale d'indépendance n'ayant aucun caractère légal, il est difficile d'imaginer que la communauté internationale, craignant de plus un phénomène de contagion, puisse reconnaître la légitimité d'un État de Catalogne.

4 - La Catalogne est-elle viable économiquement ?

Un État catalan aurait de sérieux atouts (voir infographie, ci-contre), mais une faiblesse, sa dette publique, actuellement à 35,4 % de son PIB. Or, en cas de sécession, l'Espagne exigera sans doute que la Catalogne reprenne sa quote-part de l'endettement national, lui-même très élevé, 99 %, portant la dette catalane à plus de 100 % du PIB. D'autant que la Catalogne devra se doter de nouvelles structures (notamment d'ambassades à l'étranger). De quoi plomber son budget.

« Non », martèlent les indépendantistes, qui aiment rappeler que l'État espagnol « vole » chaque année 10 milliards d'euros aux contribuables catalans, qui reçoivent moins d'argent de l'État central espagnol qu'ils n'en donnent, via l'impôt. Une fable, pour les opposants à l'indépendance, et une théorie qui ne convainc pas le monde des affaires. « L'UE représente 65 % du commerce extérieur de la Catalogne, précise une étude de l'économiste Geoffrey Minne.

L'an dernier, la Catalogne a plus exporté vers le Portugal que vers les États-Unis, le Japon et la Chine réunis. » Sabadell, la deuxième banque de Catalogne, ou le groupe gazier Gas Natural, notamment, ont d'ores et déjà délocalisé leurs sièges hors de la région. En septembre dernier, le ministre espagnol de l'Économie tablait sur une chute de 30 à 35 % du PIB catalan en cas de séparation. Moins alarmiste, d'autres experts prévoient à l'inverse une stabilité du PIB à court terme et même une hausse de 7 % à long terme. Une seule certitude : la Catalogne se prépare à un grand saut dans l'inconnu. Alice Le Dréau

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* Éditions Nevicata, 96 p. ; 9 €.

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Paru le 19 octobre 2017

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