Voir les "invisibles"

agrandir Dans la France des invisibles, le « petit Blanc » se découvre aussi misérable que les minorités ethniques. 
Dans la France des invisibles, le « petit Blanc » se découvre aussi misérable que les minorités ethniques.  © Francesco ACERBIS / Signatures
Dans la France des invisibles, le « petit Blanc » se découvre aussi misérable que les minorités ethniques. 
Dans la France des invisibles, le « petit Blanc » se découvre aussi misérable que les minorités ethniques.  © Francesco ACERBIS / Signatures

À l'occasion de l'interview de Pierre Rosanvallon, Anne Ponce revient cette semaine sur la France des "oubliés", la France des invisibles.

Dossier

Nos éditos

Les éditos d'Anne Ponce

À propos de l'article

  • Créé le 12/02/2014
  • Modifié le 12/02/2014 à 08:00
  • Publié par :Anne Ponce
  • Édité par :François Boulard
  • Publié dans Pèlerin
    6846, du 13 février 2014

Ils ne se trouveront jamais en couverture de Closer, aux côtés de François Hollande et Julie Gayet, Patrick Bruel ou Céline Dion. « Ils », ce sont les « gens ordinaires », « les gens de peu » comme on disait jadis avec une certaine tendresse ; « la France d’en bas », selon la formule de Jean-Pierre Raffarin ; les « invisibles », comme ont pris l’habitude de les nommer les sociologues.

De toujours, il y a eu des gens qui avaient les honneurs des gazettes et d’autres, non. Et, depuis longtemps, il existe des inégalités sociales, économiques et culturelles. En cela, notre époque ne diffère pas des précédentes.

En revanche, il semblerait que le sentiment d’être ignoré et incompris soit aujourd’hui à un apogée. Les syndicats et les partis politiques traditionnels perdent leur crédibilité car ils ne font plus la preuve qu’ils prennent en charge les préoccupations réelles.

 C’est donc un sentiment d’abandon qui domine chez nombre de Français. Or, si la pauvreté rend la vie difficile, le sentiment de ne compter pour rien est plus pénible encore. Le plus insupportable est de se sentir méprisé.

 

« C’est un tort de penser que le bifteck prime sur la dignité », nous explique l’historien Pierre Rosanvallon. « L’homme ne vit pas seulement de pain », sait-on depuis deux mille ans.

Ne nous étonnons pas, alors, que le ressentiment se retourne contre ceux dont on espère justement écoute et reconnaissance : les politiques, au premier rang, mais aussi les « élites » ou... les journalistes.

 Pour sortir de ce malaise délétère, il est  vraiment urgent de redonner la parole au pays, la fierté aux vies ordinaires et l’espérance à notre démocratie. Les Français « qu’on n’entend pas » ont des choses à dire ; les « gens de peu » ont beaucoup à apprendre à ceux qui se croient « d’importance » ; « la France d’en bas » veut parler haut.

Et, si l’on écoute bien, on entendra alors non seulement des préoccupations et des difficultés bien réelles mais on découvrira aussi des trésors de courage, de créativité et de solidarité : des mots, des visages, des histoires qui ne feront sans doute pas la couverture des magazines people. Mais qui ont leur place, depuis longtemps, dans les pages de Pèlerin.

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 19 juillet 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières