La maladie du chômage

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Anne Ponce © William Beaucardet
Anne Ponce
Anne Ponce © William Beaucardet

Il y a quelques jours, un homme de 42 ans s’est immolé devant une agence de Pôle emploi à Nantes. Cet acte a provoqué un électrochoc au sein de la société française. Aujourd’hui, des demandeurs d’emploi se retrouvent souvent isolés et démunis.

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Les éditos d'Anne Ponce

À propos de l'article

  • Créé le 20/02/2013
  • Modifié le 02/01/2014 à 12:00
  • Publié par :Anne Ponce
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6795, 21 février 2013

Pendant la guerre au Mali. Pendant les débats sur le mariage homosexuel. Pendant le scandale des plats cuisinés à la viande de cheval. En France, le chômage continue.

Il y a quelques jours, l'immolation par le feu d'un homme de 42 ans devant une agence de Pôle emploi de Nantes est venue nous le rappeler. Il faut bien sûr évoquer avec prudence un geste aussi tragique : un suicide relève toujours du mystère de l'individu.

Mais le choix de l'immolation par le feu donne, on le sait, au drame personnel une portée symbolique plus large. En 2011, c'est le suicide d'un jeune vendeur ambulant qui a sonné le point de départ de la révolution tunisienne. En Chine, des Tibétains expriment de cette façon leur protestation face à l'oppression venue de Pékin.

Le drame du chômage, c'est qu'il est massif et silencieux à la fois. Les difficultés des grandes entreprises attirent les déclarations politiques fanfaronnes, les plans sociaux mobilisent les syndicats, les fermetures de sites ameutent les caméras. Mais une fois les grilles des usines fermées et les banderoles rangées, les chômeurs se découvrent souvent isolés et démunis.

Les formulaires par Internet, les démarches par répondeur téléphonique interposé, la faible disponibilité des fonctionnaires de Pôle emploi laissent beaucoup de demandeurs d'emploi amers et rendent les plus fragiles désespérés.

On sait évidemment combien le travail est essentiel : il assure à chacun la sécurité matérielle et celle de sa famille, mais il contribue aussi au développement de soi et à l'insertion sociale. Depuis quarante ans, notre pays semble pourtant hésiter à faire de la lutte contre le chômage une réelle priorité. Impuissance de l'État ? Esprit d'entreprise bridé ? Dialogue social indigent ?

Toujours est-il que l'habitude ou la résignation paraissent l'emporter. Alors, lorsqu'un chômeur s'immole par le feu, c'est l'électrochoc : la réalité humaine rattrape les analyses macroéconomiques et les discours généraux sur la crise. En réalité, faire réellement de l'emploi une priorité exigerait du président de la République plus de courage que la guerre au Mali, et du gouvernement plus d'audace que pour n'importe quelle réforme de société. Au boulot !

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Paru le 14 juin 2018

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