Les paroisses se mobilisent pour l’accueil des réfugiés

agrandir Fabyan Mikho (au centre), 9 ans réfugié irakien, a fait sa rentrée en classe de CE2 à Bellegarde-sur-Valserine (Ain).
Fabyan Mikho (au centre), 9 ans réfugié irakien, a fait sa rentrée en classe de CE2 à Bellegarde-sur-Valserine (Ain). © Bruno Amsellem / Divergence
Fabyan Mikho (au centre), 9 ans réfugié irakien, a fait sa rentrée en classe de CE2 à Bellegarde-sur-Valserine (Ain).
Fabyan Mikho (au centre), 9 ans réfugié irakien, a fait sa rentrée en classe de CE2 à Bellegarde-sur-Valserine (Ain). © Bruno Amsellem / Divergence

Le 6 septembre 2015, le pape François a appelé toutes les communautés catholiques d’Europe à accueillir des réfugiés. Une déclaration qui a interpellé de nombreuses paroisses en France. État des lieux et reportage.

Migrants : le défi politique, les réponses pratiques

À propos de l'article

  • Créé le 25/09/2015
  • Publié par :Sabine Harreau avec Alice Le Dréau
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6930, du 24 septembre 2015

« A la suite de l’appel du pape, la moitié des 93 diocèses de métropole est en train de mettre en place une cellule de coordination de l’accueil et de l’accompagnement », se réjouit le P. Lorenzo Prencipe, directeur du Service national de la pastorale des migrants et des personnes itinérantes (SNPMPI).

Toutefois, « il ne s’agit pas pour l’Église de créer un accueil parallèle au dispositif officiel, reprend-il. C’est aux responsables politiques de donner les consignes. Mais pour l’instant, les réfugiés, on les attend ! » Cette attente n’empêche pas les paroisses de s’organiser. Ainsi, l’Œuvre d’Orient a reçu, ces derniers jours, une trentaine d’appels de toute la France, demandant comment accueillir les familles de réfugiés. L’association s’apprête à diffuser un cahier des charges avec des conseils pratiques.

Certaines paroisses ont précédé cet élan de solidarité. L’année dernière, Olivier et Catherine Delanghe ont reçu pendant six mois, dans leur maison d’Erquinghem-le-Sec (Nord) un couple de chrétiens irakiens et leur petit garçon. Leur élan a sensibilisé les paroissiens.

Avec certains, ils ont fondé l’association Agir, en lien avec les Dominicains de la ville irakienne d’Erbil. Agir est prêt à accueillir aussi bien des réfugiés musulmans que chrétiens, dès lors qu’ils ont obtenu un visa.

Nous recevons des appels de curés, de paroissiens, d’évêques même. En moyenne, c’est une centaine de coups de fils en plus par semaine 

→  note pour sa part Paul de Montgolfier, directeur du Service jésuite des réfugiés (JRS). Dès 2014, JRS avait lancé Welcome, son propre programme d’accueil. « Certains demandent à n’héberger que des réfugiés chrétiens. Nous leur expliquons avec politesse, mais fermeté, que nous ne “trions” pas les gens », reprend Paul de Montgolfier.

Ce n’est pas le cas de l’association Accueil des réfugiés du Proche-Orient (Arpo), fondée au printemps 2015 par des paroissiens de Compiègne (Oise), qui accueille uniquement des familles chrétiennes en possession d’un visa.

« Nous avons deux familles irakiennes et une syrienne, et nous mettons tout en œuvre pour réussir leur intégration », explique Bernard Bataille, membre de l’association.

Il justifie ainsi son choix d’un accueil sélectif : « Je sais que cela est discutable, mais ces personnes sont tout particulièrement nos frères et sœurs, elles ont vécu des événements dramatiques au nom de leur foi. Même si j’admire ce que fait le Secours catholique, qui accueille à une autre échelle et avec d’autres moyens, des réfugiés chrétiens et musulmans. »

Sans discrimination

Pas de discrimination pour la soixantaine d’Irakiens et de Syriens accueillie à la demande de l’association Habitat et Humanisme, par les Orantes de l’Assomption, dans leur propriété de Bonnelles (Yvelines).

Vidéo. Yvelines: la solidarité des habitants de Bonnelles pour aider les réfugiés. Source : BFM TV.

 

Dans la maison qui recevait autrefois des retraitants, les cinq religieuses, âgées de 56 à 88 ans, se sont repliées dans une aile, pour laisser la grande cuisine et les salles du rez-de-chaussée aux arrivants.

Le groupe, – composé d’hommes jeunes, ainsi que d’un couple avec enfant et d’une maman avec deux filles – de nationalités syrienne et irakienne, est arrivé d’Allemagne en car, le 9 septembre, après un périple épuisant.

« Il y a eu un incroyable élan de solidarité du village (1 931 habitants), raconte sœur Monique. Nous avons reçu des quantités de vêtements et de chaussures. »

Le préfet et le maire sont mobilisés et une équipe de la Croix-Rouge s’occupe de tous les repas. La religieuse est sereine devant cette nouvelle responsabilité : « Je la vis dans la prière silencieuse, plus que dans la parole. Ces événements nous dépassent, il faut ouvrir notre cœur… concrètement ! »

À Lens (Pas-de-Calais), 35 000 habitants et sept clochers, le P. Xavier Lemblé a annoncé lors d’une homélie son intention d’accueillir une famille, dans une maison dont la paroisse dispose au sein d’un quartier défavorisé.

Mais les critiques des habitants ont fusé :

Nous sommes au chômage, nous avons du mal à joindre les deux bouts et vous vous occupez des étrangers avant nous ! 

Ces réflexions ont permis au curé de reconsidérer l’aide aux démunis. Finalement, une autre maison va être retapée pour recevoir la famille de réfugiés. Quant à la première maison, elle sera consacrée à l’hébergement d’étudiants en difficulté, ou aménagée pour permettre aux SDF d’y prendre des douches.

« Dans ce quartier difficile, les gens ont le sentiment d’être abandonnés. Il faut que cette maison soit un signe de miséricorde, un signe fort de la présence de l’Église », reprend le P. Lemblé. Il reconnaît que l’accueil de réfugiés redonne du souffle à l’aide de proximité.

Une terre d’immigration

Dans certaines régions, l’accueil de l’autre est une évidence. « Nous sommes, historiquement, une terre d’immigration, souligne Michel Ghirardi, membre de l’équipe paroissiale de Saint-Bertrand à l’Isle-Jourdain (Gers).

Nous avons reçu des républicains espagnols, des Italiens, des Algériens. » Même son de cloche en Ille-et-Vilaine, avec Monique Gonnet, paroissienne à Vitré :

Depuis longtemps, nous accueillons des migrants économiques : Vietnamiens, Sénégalais, Ivoiriens, Djiboutiens, notamment parce que la grosse entreprise du coin, la SVA Jean Rozé, a toujours besoin de main-d’œuvre. 

À l’initiative de la paroisse, l’association Apui a été fondée en juin. Et si certains habitants sont réticents à l’accueil des réfugiés, c’est, selon Monique Gonnet, « parce qu’ils connaissent peu de musulmans ».

Dans un village du Var, le curé, le P. Philippe-Marie a ouvert grand son presbytère : « En 2013, le pape a dit : ”Les couvents vides ne sont pas à nous, ils sont pour la chair du Christ : les réfugiés.” »

Le prêtre vit cet accueil dans la confiance : « Je fais l’expérience de la providence : je n’ai lancé aucun appel aux dons, mais l’argent a surgi de partout ! » En lien avec l’Aemo (l’Association d’entraide aux minorités d’Orient), la paroisse héberge huit familles de chrétiens irakiens.

« L’Église de France a le devoir de rappeler que nous faisons partie de l’Union européenne et d’une humanité plus large, souligne le P. Prencipe, de la Pastorale des migrants. L’élan de générosité est bénéfique, il faut qu’il dure. »

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Paru le 19 avril 2018

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