Le devoir d’asile, jusqu’où ?

agrandir "Les demandeurs d’asile sont généralement issus de milieux évolués (capables de payer plusieurs milliers d’euros pour fuir)", Michel Godet.
"Les demandeurs d’asile sont généralement issus de milieux évolués (capables de payer plusieurs milliers d’euros pour fuir)", Michel Godet. © Jonathan Stutz / Fotolia.com
"Les demandeurs d’asile sont généralement issus de milieux évolués (capables de payer plusieurs milliers d’euros pour fuir)", Michel Godet.
"Les demandeurs d’asile sont généralement issus de milieux évolués (capables de payer plusieurs milliers d’euros pour fuir)", Michel Godet. © Jonathan Stutz / Fotolia.com

Michel Godet, membre de l’Académie des technologies, s’interroge sur la capacité de l’Europe à accueillir les réfugiés.

Migrants : le défi politique, les réponses pratiques

À propos de l'article

  • Créé le 30/09/2015
  • Publié par :Michel Godet
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6931, du 1er octobre 2015

MICHEL GODETtour eiffelThierry Boulley

Michel Godet

"Il a suffi d’une image, celle d’Aylan, un enfant syrien de 3 ans mort sur la plage, pour réveiller nos consciences endormies, malgré les 31 000 morts qui, depuis quinze ans, ont vu l’Europe se transformer, d’eldorado en enfer.

Non, l’Europe ne pouvait plus continuer à fermer ses frontières aux dizaines de milliers de réfugiés qui fuient l’horreur et la guerre. Depuis début septembre, l’Allemagne d’Angela Merkel a été la première à changer de posture en accueillant bientôt des centaines de milliers de réfugiés fuyant la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan et l’Érythrée.

La France s’est rangée derrière l’Allemagne et va accepter 24 000 demandeurs d’asile supplémentaires par an (en 2014, il y avait 63 000 demandeurs d’asile, mais seuls 16 000 l’ont obtenu). Ce qui est bien peu par rapport aux 200 000 annoncés par l’Allemagne. Sans oublier que ces chiffres sont à multiplier au moins par deux si l’on intègre le regroupement familial qui suivra.

Les demandeurs d’asile sont généralement issus de milieux évolués (capables de payer plusieurs milliers d’euros pour fuir), souvent instruits et peu susceptibles de rejoindre le fanatisme religieux de l’État islamique que, précisément, ils fuient. Cette aubaine pour l’Allemagne, en souffrance démographique, a cependant ses limites : l’appel d’air doit être régulé et l’effort réparti. L’Allemagne seule ne peut accueillir tous les réfugiés, elle ferme d’ailleurs ses frontières.

Il y a désormais plus de migrants (1,2 million en 2014) vers l’Europe que vers les États-Unis. Quand on parle de migrations, il ne faut pas confondre celles qui résultent de la libre circulation des hommes entre les pays européens, des motivations économiques (meilleures conditions de vie) et des motivations politiques (fuir la guerre ou les persécutions) des demandeurs d’asile.

Ces derniers sont trois fois plus nombreux en Europe depuis 2010. En 2014, ils étaient 600 000, dont 200 000 pour l’Allemagne, 81 000 pour la Suède, 65 000 pour l’Italie, 63 000 pour la France, 43 000 pour la Hongrie (d’où peut-être le projet de rideau de fer), 32 000 pour le Royaume-Uni et seulement 9 000 pour la Grèce et 6 000 pour l’Espagne.

L’ouverture a cependant une limite : notre capacité d’absorption. L’Afrique dans son ensemble devrait augmenter de 1,3 milliard d’habitants d’ici à 2050. Il suffirait que 5 % de ce surcroît se dirige vers la France, ce qui n’est pas invraisemblable, pour que la population de l’Hexagone double d’ici à trente-cinq ans !"

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Paru le 19 avril 2018

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