Français : qui sommes-nous ?

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A la préfecture, une famille vient d’obtenir la nationalité française. © ID Productions
A la préfecture, une famille vient d’obtenir la nationalité française.
A la préfecture, une famille vient d’obtenir la nationalité française. © ID Productions

Avec ce premier volet, France 3 lance la collection « France, terre d’accueil » dans le cadre des Docs interdits. Une série de documentaires qui aborde la question de l’identité nationale, de l’immigration, de l’intégration, alors même que s’organise l’accueil de milliers de réfugiés.

Migrants : le défi politique, les réponses pratiques

À propos de l'article

  • Créé le 30/09/2015
  • Publié par :Laurence Velantini
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6931, du 1er octobre 2015

« On est chez nous ! On est chez nous ! » scandent dans leurs meetings les membres du Front national. Mais nous, c’est qui exactement ? À cette question complexe, Mathieu Schwartz, auteur et réalisateur de Français : qui sommes-nous ? – le premier épisode de la série documentaire « France, terre d’accueil » –, tente de répondre.

Et justement la réponse est loin d’être simple. « J’ai voulu analyser et comprendre, à travers le prisme historique, si l’attitude actuelle des Français vis-à-vis de l’immigration était inédite, spécifique à notre époque ou le fait d’un éternel recommencement », explique le documentariste. À partir d’images d’archives, de témoignages, d’interviews de spécialistes et d’hommes politiques, il s’est intéressé à la façon dont les immigrés ont été et sont accueillis dans l’Hexagone mais aussi à la manière dont ils se perçoivent.

Se considèrent-ils français, algérien ou portugais ? Comment les jeunes de la deuxième génération vivent-ils leur nationalité française ? Comment se déroulent les « examens » de passage avant une naturalisation ?

En France, l’immigration en tant que telle existe depuis le milieu du XIXe siècle. Les hommes commencent alors à aller travailler au-delà de leurs frontières. Dans les pays en plein essor, l’apport de main-d’œuvre, après les pertes humaines des guerres mondiales, était crucial. Italiens, Belges, Polonais, Espagnols, Algériens… sont venus, par vagues successives, s’installer sur notre territoire. Ainsi pendant deux cents ans, la France a été un pays de grande mixité.

« On estime qu’en remontant sur trois générations, un Français sur quatre a des origines étrangères, pointe Mathieu Schwartz. Alors que la France a été le premier pays d’immigration au monde, elle est désormais, avec 200 000 arrivants par an – soit 0,3 % de la population – derrière ses voisins européens. »

Variable d’ajustement

Aurions-nous donc peur aujourd’hui des immigrés ? Valéry Gaillard, auteur du quatrième volet de la série « La France et ses immigrés », raconte comment le pays a élaboré sa politique de l’immigration de 1974 à 1984 et à quelles contradictions il fut confronté.

« La soumission du “politique” à “l’économique” a fait son œuvre, constate-t-il. Qu’un gouvernement soit de droite ou de gauche, il accueille l’étranger quand il a besoin d’ouvriers mais le chasse quand le travail manque. »

Variable d’ajustement aux contraintes économiques, les immigrés sont taxés de voler des emplois aux Français dès que pointe une crise. Les discours d’extrême droite font même naître, dans les années 1980, le principe d’une « immigration zéro ».

Cette instrumentalisation de la question par le Front national infuse alors tous les partis politiques. Et depuis, l’immigration s’est fortement ralentie. La France n’a jamais connu une phase aussi longue sans réel apport migratoire.

« Quand on visionne les archives, poursuit Valéry Gaillard, on s’aperçoit pourtant que les Français aujourd’hui sont moins racistes qu’autrefois. Le pays est simplement plus peureux. Alors que nous avons su accueillir des centaines de milliers d’individus au cours de notre histoire, on s’inquiète des 24 000 réfugiés qui vont arriver chez nous. Certes, le problème de l’intégration s’est posé car elle a pu être chaotique, lente, mais de nombreuses personnes venues de l’immigration sont aujourd’hui très bien intégrées. »

Gérard Noiriel (auteur de Qu’est-ce qu’une nation ?,Éd. Bayard, 2015, 104 p. ; 14 €), historien et directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, remarque : « Jusqu’en 1992, le droit distinguait les Français et les étrangers. Puis on a introduit la notion “d’immigrés”. Cette distinction a montré du doigt toute une population qui était française mais pas née en France. Même la seconde génération en a fait les frais. L’État, qui ne jurait que par les valeurs républicaines, aurait dû empêcher cette stigmatisation. » Stigmatisation qui a nourri les difficultés d’intégration.

Et cure de jouvence

Pourtant, l’immigration est une nécessité pour un pays comme le nôtre. « Elle est un facteur de rajeunissement, assure Gérard Noiriel, un enrichissement dans le domaine de la musique, des arts. Un pays qui se referme s’appauvrit. »

De fait, la France compte parmi ses immigrés nombre de personnalités – Émile Zola, Eugène Ionesco,Le Corbusier, Igor Stravinsky, Joséphine Baker, Marie Curie… – qui ont contribué à son rayonnement.

Alors que le processus de mondialisation est en marche, que l’on n’a jamais eu autant de facilités à se déplacer, on n’a jamais vu autant de murs s’ériger.

Dans un monde de plus en plus ouvert, l’espace politique reste refermé sur un espace national parce que les élus dépendent des électeurs nationaux 

→ commente l’historien.

La France aurait-elle oublié qu’elle a été un pays d’immigration ? Une chose est sûre : elle peine à faire entrer ses immigrés dans son roman national. Le travail des réalisateurs de cette remarquable série en témoigne. Un bémol toutefois : l’heure tardive de diffusion. Heureusement, il existe le « replay » pour ceux qui ne sont pas insomniaques. 

 


Bon à savoir

Quatre documentaires de la collection « France, terre d’accueil » sont diffusés au mois d’octobre 2015 sur France 3 :

→ jeudi 8 octobre : Français : qui sommes-nous ?

→  jeudi 15 octobre : Enfin Français ! raconte le parcours vers la naturalisation de dix Français venus d’ailleurs.

→ jeudi 22 octobre : Profs en territoire perdus de la République ? part à la rencontre de professeurs de lettres et d’histoire-géographie qui sont confrontés à la difficulté d’enseigner, en région parisienne, à des jeunes issus de l’immigration.

→  jeudi 29 octobre : La France et ses immigrés traite de l’histoire des politiques d’immigration en France.

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Paru le 18 janvier 2018

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