Dans l’Ain, on pense aux autres

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A Bellegarde-sur-Valserine (Ain), le P. Roger Hébert prie dans son église avec la famille Mikho pour la sœur du père restée en Irak. © Bruno Amsellem / Divergence
A Bellegarde-sur-Valserine (Ain), le P. Roger Hébert prie dans son église avec la famille Mikho pour la sœur du père restée en Irak.
A Bellegarde-sur-Valserine (Ain), le P. Roger Hébert prie dans son église avec la famille Mikho pour la sœur du père restée en Irak. © Bruno Amsellem / Divergence

À Bellegarde-sur-Valserine (Ain), ils sont une trentaine, catholiques et protestants, à s’être retroussé les manches pour accueillir une famille irakienne.

Migrants : le défi politique, les réponses pratiques

À propos de l'article

  • Créé le 25/09/2015
  • Publié par :Alice Le Dréau
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6930, du 24 septembre 2015

Dans l’appartement de la famille Mikho, à Bellegarde-sur-Valserine (Ain), une bouilloire chantonne sur la cuisinière, tandis que des tasses à thé patientent sur un plateau.

« Bonjour ! Ça va ? » lance dans un français hésitant, mais aussi joyeux que son sourire, Huda, 36 ans. Le salon résonne d’éclats de voix et de rires.

La jeune femme et son mari, Faris, accompagnés de leurs mères respectives, Rosa et Najiba, ainsi que de leurs trois garçons, Fabyan, Marzena et Behnam, ont posé leurs valises, le 5 septembre dernier, en France.

Derrière eux, ils ont laissé Erbil, capitale du Kurdistan irakien où, catholiques syriaques, ils s’étaient réfugiés après l’attaque de la ville de Caracos par l’organisation État islamique, en août 2014.

Les islamistes nous ont posé un ultimatum : soit nous nous convertissions, soit nous devions payer un impôt, soit nous partions. Nous sommes partis 

→ se souvient Faris.

Si les Mikho ont trouvé un point de chute, sur la route de l’exil, c’est grâce à un petit collectif de chrétiens aux allures d’anges gardiens.

Parmi eux, le P. Roger Hébert, curé de la paroisse de Bellegarde depuis trois ans. Pour venir rendre visite à ses protégés, le prêtre n’a qu’une rue à traverser. Et sait que de l’autre côté du trottoir, il est toujours accueilli avec de grandes embrassades.

« Tout a commencé en janvier 2015, lors de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, raconte l’ecclésiastique. Avec les communautés protestantes, mennonites et adventistes, nous avions organisé une quête au profit des minorités d’Orient persécutées. Nous avions prié. Mais cela ne nous semblait pas suffisant, il fallait agir ! »

Une mobilisation générale

Comment faire ? C’est une paroissienne, Marie-Noëlle, qui va lancer la machine. « Je disposais d’un grand appartement vide, mais presque insalubre. Je me suis dit que si nous le rénovions, tous ensemble, nous pourrions sans doute y loger une famille. »

Six mois après, Marie-Noëlle s’étonne encore de la vague de solidarité qu’a suscité le projet. Marianne Goldschmidt, membre de l’Église mennonite, qui, le jour du reportage, a été invitée à déjeuner à la maison paroissiale, confirme : « Toutes les bonnes volontés se sont mobilisées. »

Orianne, catholique et agent d’escale pour la SNCF, a passé des après-midi à détapisser les murs. Philippe, un entrepreneur protestant, a offert les peintures et les heures de main-d’œuvre.

Veronica, ex-étudiante en arabe, a offert ses services de traductrice, « tout naturellement », un dimanche matin, après avoir entendu le P. Hébert parler des réfugiés, pendant la messe. Au total, ils sont une petite trentaine à veiller sur la famille Mikho.

« Chacun trouve un rôle à jouer », se réjouit Marie-Noëlle. Elle-même se charge plus spécifiquement des démarches administratives. Prochaines étapes : déposer une demande d’asile auprès de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides).

Et, vite, mettre en place des cours de français. « Vous verrez, le cœur humain est bien plus grand qu’on ne l’imagine », assure le P. Hébert, comme un élément de réponse à ceux qui hésitent à agir ou émettent des réserves face à l’afflux de migrants.

« J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli », nous dit la Bible. « Faris et Huda ont préféré risquer leur vie plutôt que renier leur foi, ajoutent, songeuses, Orianne, Marie-Noëlle et Marianne. En serions-nous capables ? Les accueillir nous a fait grandir dans notre propre foi. »

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Paru le 18 janvier 2018

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