7 conseils pour accueillir une famille étrangère en paroisse

agrandir Le P. Michel Clincke fait signer aux parents Lingurar le dossier d'inscription à l'école maternelle de leur fils.
Le P. Michel Clincke fait signer aux parents Lingurar le dossier d'inscription à l'école maternelle de leur fils. © Olivier Touron / Divergence
Le P. Michel Clincke fait signer aux parents Lingurar le dossier d'inscription à l'école maternelle de leur fils.
Le P. Michel Clincke fait signer aux parents Lingurar le dossier d'inscription à l'école maternelle de leur fils. © Olivier Touron / Divergence

Depuis octobre 2013, la paroisse de la Trinité, à Hem (Nord)  s’est mobilisée pour accompagner l’insertion durable d’une famille rom, les Lingurar. Cette dernière sera rejointe, le 4 octobre 2015, par une famille irakienne au sein d’un « béguinage de la fraternité », installé dans l’ancien presbytère. Retour, en 7 conseils, sur une expérience qui a profondément renouvelé la vie de la paroisse.

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À propos de l'article

  • Créé le 23/09/2015
  • Publié par :Marie-Yvonne Buss en collaboration avec la rédaction de "Panorama"
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    23 septembre 2015

1. Définir le projet et contacter les associations

Avant d'envisager l'accompagnement vers l'insertion d'une famille étrangère, il est important de prendre contact avec la mairie et les associations locales concernées (Secours catholique, Restos du cœur, etc.), qui serviront de relais pour les besoins courants de la famille (vêtement, santé, etc). Il faut par ailleurs  bien définir le projet : ponctuel, durable ? 

2. Trouver un logement

Pour accueillir une famille, il  faut d'abord disposer d'un terrain ou d'un logement avec la possibilité d'installer l'eau, l'électricité et l'accès aux toilettes. Une salle paroissiale peut faire office de premier lieu d'accueil en cas d'extrême urgence. La paroisse de la Trinité, située en pleine agglomération, dispose d'un grand jardin attenant à l'église Saint-Paul. Un mobil-home y a été installé pour loger dans un premier temps la famille Lingurar, sur un terrain clos, protégé des regards par une barrière. Quelques paroissiens se sont remonté les manches pour réaliser les raccordements à l'eau, l'électricité et à l'égout.

3. Réunir une équipe et définir les "postes" de services

D'après l'expérience de la paroisse de la Trinité (4 boulevard du Cateau, 59100 Roubaix 03 20 75 77 69), il faut une trentaine de bénévoles pour venir en aide à une famille de six personnes ! Le projet d'insertion s'inscrit en effet dans la durée. Première étape : sensibiliser les troupes. Le Père Michel Clincke (michel.clincke@wanadoo.fr) a commencé par présenter la famille Lingurar un dimanche pendant la messe à ses paroissiens, en expliquant précisément quels étaient les besoins. Des bénévoles ont spontanément proposé leurs services. Ensemble, ils ont défini et attribué les principaux  "postes" de services :

 soutien scolaire des enfants : 4 personnes. "Ne pas faire trop scolaire mais aussi ludique et adapté et tenir compte de la fatigue des enfants."                       

lien avec les écoles et trajet : 6 personnes, un ou deux trajets par semaine et par personne ; 

alphabétisation des parents (2 heures par jour) : 6 personnes ;

démarches administratives et juridiques (CAF, CMU) : une personne ;

→ relations avec le quartier et les pouvoirs publics : une personne ;

relations avec les associations spécialisées :  deux personnes ;

travaux d'installation (mobil home) ou de rénovation d’un logement  : 3 personnes ;

→  suivi médical : 3 personnes ;

→  suivi psychologique et soutien affectif  : une personne ;

finances et budget : 3 personnes.

Des médecins de la paroisse font bénévolement les consultations médicales. Certains bénévoles donnent une ou deux heures de leur temps par semaine, sur des créneaux bien définis, d'autres s'investissent ponctuellement sur des missions (bricolage, démarches administratives).

4. Bâtir un budget

La paroisse de la Trinité a créé une association, Agir qui gère notamment les dons de particuliers et de paroissiens. D'octobre 2013 à septembre 2015, son budget a été d'environ 9 000 euros par an pour subvenir aux besoins de la famille Lingurar (qui est depuis peu autonome financièrement). Elle n’a reçu aucune aide des collectivités territoriales. Le budget mensuel de 730 euros se répartissait de la manière suivante :

→ nourriture : 500 euros ;

→ électricité/eau : 130 euros ;

→ cantine, scolarité : 100 euros.

Un compte en banque a été spécialement ouvert pour recevoir les dons.

5. Poser un cadre

La famille Lingurar a signé un contrat moral avec la paroisse. Propreté des lieux, tri sélectif, pas de mendicité, scolarisation obligatoire des enfants, apprentissage maîtrisé du français par les parents... Elle s'est également engagée à ne pas faire venir d'autres membres de sa communauté sur le terrain paroissial.

6. Prévenir les tensions

La présence de Roms ou de réfugiés peut susciter l'inquiétude ou la méfiance des riverains. Pour rassurer le voisinage, des rencontres peuvent être organisées, à l'occasion d'une fête ou d'un événement local par exemple. A Hem, la famille Lingurar a très vite été apprivoisée par les commerçants et par l'école publique.

Cela étant, l’accueil d’une famille étrangère suscite clivages et tensions, y compris au sein de l’Église. Régulièrement, le Père Michel Clincke désamorce les polémiques auprès de chrétiens qui ne comprennent pas que l'on déploie autant d'énergie pour l'intégration de ces personnes.

"L'éternelle rengaine, c'est qu'il y a déjà assez de familles à aider. Je réponds que seize mille familles touchent le RSA à Roubaix. A côté, ce ne sont que des miettes qui sont données aux autres." La paroisse a même mis par écrit un argumentaire. Ces quelques lignes invoquent la "solidarité nationale", mais aussi l’Évangile. "J'avais faim et tu m'as donné à manger, j'étais un étranger et tu m'as accueilli [...] Tout ce que vous avez fait à l'un de ces petits, dit Jésus, c'est à moi que vous l'avez fait" (Mat 25, 31-46).


7. Relire le travail accompli

Tous les mois, l'équipe se réunit pour faire le point, partager les progrès ou repérer les dysfonctionnements. Un mail mensuel, intitulé « Relecture de l’accompagnement », donne à toutes les personnes intéressées des nouvelles précises du travail en cours (scolarisation des enfants, insertion professionnelle des parents,  états des démarches administratives...)


► A lire aussi le reportage d’Agnès Chareton : « Une famille rom, une paroisse, l’audace de la fraternité », mensuel Panorama, mars-avril 2014. 

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Paru le 12 juillet 2018

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