Michel Cymes : “Nous sommes tous un peu des malades imaginaires”

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Michel Cymes : “Nous sommes tous un peu des malades imaginaires”
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Dans son dernier livre*, Michel Cymes le médecin le plus populaire de la télévision explique ce qu'est l'hypocondrie et comment la soigner.

À propos de l'article

  • Publié par :Isabelle Vial
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7071 du 7 juin 2018

L'hypocondrie est-elle une maladie grave ?
La plupart du temps, heureusement, non ! Et on n'en meurt jamais ! J'ai voulu parler de l'hypocondrie « simple », mais très répandue : celle qui conduit, au moindre symptôme inhabituel, à consulter impérativement un médecin pour être rassuré sur son état de santé. On pourrait la définir par la peur excessive d'être atteint d'une maladie grave et potentiellement mortelle. Il existe des degrés différents, qui vont du simple penchant à des formes délirantes ; je les décode facilement.

Quels sont les symptômes ?
En consultation, je repère très vite les hypocondriaques : ils viennent fréquemment, sont stressés, cela fait parfois des semaines qu'ils ne dorment plus, ils ont les mains moites, ils sont très inquiets… Par exemple, il est normal, à la fin de la journée, d'avoir mal à la tête. Si vous le remarquez, si vous devenez inquiet, vous allez sur Internet pour chercher à quoi cela est dû, vous découvrez que cela peut être le signe d'une maladie grave comme une tumeur au cerveau. Vous allez trouver que vous souffrez au moins d'un ou deux autres symptômes, la machine est enclenchée, vous ne pouvez même plus penser que c'est normal. Si vous n'êtes pas inquiet lorsque vous avez mal à la tête, vous n'êtes pas hypocondriaque !

Est-ce une maladie fréquente ?
Nous vivons dans un monde où l'information médicale par la radio, la télévision ou Internet s'est considérablement diffusée. La responsabilité du Web est importante. Les patients viennent désormais consulter en nous faisant part de leur diagnostic, et non plus de leurs symptômes. Les forums d'échanges entre patients, qui s'y racontent des histoires terribles, sont extrêmement anxiogènes. Or je rappelle que ces gens ne sont pas médecins ! Le fait de devoir patienter longtemps par manque de praticiens disponibles joue sans doute aussi un rôle. Cette attente augmente le stress et l'angoisse. D'où l'engorgement des urgences. Mais cette angoisse existentielle existait déjà du temps de l'Antiquité. Hippocrate désignait par le terme d'hypocondrie une douleur située sous le cartilage des côtes, inaccessible au médecin. La douleur ne pouvait donc venir que d'une invention du patient.

Existe-t-il des prédispositions ?
Plus on est anxieux et stressé, plus on a de risques de développer une hypocondrie. Je n'ai pas voulu me lancer dans des explications qui ne relèvent pas de ma spécialité mais je pense qu'elle exprime une angoisse profonde qui s'inscrit dans le corps, ce qui est une façon de la contrôler. Comment aider un hypocondriaque ?

D'abord, en ne riant pas de ses symptômes et en ne se moquant pas de lui. C'est totalement contre-productif. Les hypocondriaques souffrent réellement et sont vraiment inquiets. Ils se sentent incompris et ont tendance à se replier sur eux-mêmes. Il ne faut donc pas accentuer cet isolement. Le plus dif-ficile est de leur faire prendre conscience de leur souffrance. Ce qui est difficile, car sou-vent, l'hypocondriaque vous dit : « Oui, mais cette fois-ci, c'est grave, j'en suis sûr… » C'est au médecin traitant de prendre en charge cette anxiété, soit par une psychothérapie, soit par un traitement médicamenteux.

Quelles sont les maladies au hit-parade des angoisses ?
Les cancers et Alzheimer. Les premiers parce qu'on en parle tout le temps, notamment à travers les campagnes de dépistage, qui sont par ailleurs nécessaires. La maladie d'Alzheimer parce que chacun rencontre un jour des problèmes de mémoire, dans une société où on doit aller vite, retenir un maximum de choses, absorber de nouvelles technologies… Il existe tout de même des cas pour lesquels l'hypocondrie peut-être salvatrice : je préfère qu'un patient ayant une douleur dans la poitrine aille consulter parce qu'il craint un infarctus plutôt que de mourir parce qu'il n'aurait pas osé le faire.


Cher Hypoco

* Chers hypocondriaques… Éd. Stock, 224 p. ; 17,50 €. À la télévision, Michel Cymes présente notamment Le magazine de la santé, Aventures de médecine et Les pouvoirs extraordinaires du corps humain.

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Paru le 19 juillet 2018

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