Mgr Dominique Lebrun : "Il n'y aura plus de paroisses sur tout le territoire"

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© David Morganti/Réa
Mgr Dominique Lebrun : "Il n'y aura plus de paroisses sur tout le territoire"
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Évangélisation, divorcés remariés, place des laïcs, prêtres itinérants… Alors qu'à Lourdes, les évêques de France sont rassemblés à l'occasion de leur Assemblée plénière, Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen depuis 2015, nous parle des nouveaux défis de son diocèse.

À propos de l'article

  • Créé le 06/11/2017
  • Publié par :Agnès Chareton
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    7041 du 9 novembre 2017

Dans une lettre publiée à la ­Toussaint, vous ­exhortez les fidèles de votre diocèse à la ­fraternité et à la mission. Comment faire, alors que les forces vives ­s’amenuisent dans l’Église ?

L’élan missionnaire, ce sont à la fois des bonnes idées et un changement radical de notre cœur, qui doit se convertir à cette bonne nouvelle : vraiment, nous sommes tous frères.

Au 1er novembre, j’ai demandé à tous les baptisés du diocèse de Rouen (Seine-Maritime) de vivre une fraternité de proximité. Je les invite à se retrouver en petites « fraternités », une fois par semaine, pendant une demi-heure, pour échanger quelques nouvelles et prier ensemble. Le chapelet, les vêpres, peu importe… Ces fraternités doivent être ouvertes. Je leur demande de dire le Notre Père.

Petit à petit, je pense que le "Notre" du Notre Père va se ­remplir. Ce ne seront pas simplement les quatre personnes présentes, ce seront les voisins, les voisines, ceux précisément vers qui nous sommes envoyés en mission. C’est un défi : je prêche, j’invite.

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Pour répondre au manque de prêtres ou à leur isolement, vous souhaitez ­innover…

Pour les prêtres, j’imagine deux choses. D’une part, les stimuler dans la vie fraternelle, en permettant à ceux qui le désirent de vivre sous le même toit, et d’avoir des temps de prière en commun. C’est ce que je vis aujourd’hui à l’archevêché avec trois prêtres et le gardien. C’est un vrai bonheur de prier les laudes et les vêpres à plusieurs frères. Ces « fraternités » de prêtres voient le jour à Elbeuf, à Yvetot et d’autres sont en projet.

D’autre part, j’ai pris la décision qu’une partie du territoire ne serait plus organisée en paroisse. Quand une paroisse est étendue, elle demande à son curé et à d’autres personnes un temps important d’organisation plus très adapté à l’évangélisation. Pensons au prêtre qui a la charge de 25 ou 40 clochers. Il y a une urgence à permettre à des prêtres d’être principalement missionnaires.

Je souhaite donc permettre à certains d’entre eux qui ont ce charisme d’être des prédicateurs itinérants et de visiter des ««territoires de mission ». L’idée, c’est qu’ils viennent passer une semaine ou quinze jours dans ces territoires. Ils seront entièrement disponibles pour les fraternités et leurs missions. J’espère que d’ici un an, j’aurai moi-même vécu cette expérience dans le diocèse.

La réalité du manque de prêtres, nous la vivons comme quelque chose d’éprouvant. Comme les Hébreux, nous allons vers la Terre promise, mais il nous faut encore traverser le désert. Avançons. Quand je le dis aux fidèles du diocèse de Rouen, je n’ai pas mauvais accueil.

Dans ce contexte, les laïcs doivent-ils prendre de nouvelles responsabilités ?

Il y a un débat théologique, pour savoir si les laïcs accomplissent des « ministères ». Ce mot veut dire service, et, de ce point de vue, ils sont déjà serviteurs, sur tous les fronts.

Oui, il faut que sur tout le territoire, il y ait des catéchètes, capables ­d’accompagner les nouveaux venus vers la foi ; il faut qu’il y ait des hommes et des femmes qui assistent les familles en deuil ; qui gèrent la petite salle d’une paroisse de village, qui organisent la vie de leur fraternité, comme dans les premiers temps de l’Église.

Pour former ces laïcs, nous ouvrons des écoles de « disciples-­missionnaires ». Elles seront un premier pas vers un appel à prendre des responsabilités d’intendant, de catéchète, de guide des funérailles, de chef d’établissement de l’enseignement catholique, de secrétaire des paroisses. Les laïcs viendront pour se demander : qu’est-ce que je reçois de Jésus et qu’est-ce que j’ai à transmettre ?

Dans la foulée ­d’Amoris Laetitia, vous avez été un des ­premiers évêques à organiser une ­soirée d’accueil pour les ­divorcés ­remariés. Comment vous êtes-vous emparé de ce texte ?

Le pape nous dit qu’il faut sortir de l’attitude du permis/défendu, en accompagnant les personnes.

Il y a deux chemins : l’un, intérieur, personnel, et un autre en ­communauté. C’est pourquoi j’ai proposé à des prêtres de devenir « missionnaires de la miséricorde », pour accompagner personnellement ces personnes divorcées remariées.

Et puis, une fois que le chemin est en route, qu’il y a plus de lumière que d’ombre, c’est aux ­communautés de se mettre en route pour mieux les accueillir. Dans les semaines qui viennent, dans au moins trois communautés, des personnes divorcées remariées vont vivre une ­sorte d’intégration, avec une pratique sacramentelle nouvelle de l’Eucharistie et du sacrement du pardon. Leur nom sera dit publiquement ou pas. Ce qui me semble important, c’est que cela ne soit pas caché. C’est une réalité ecclésiale à vivre joyeusement et avec humilité, donc avec une certaine discrétion.

En juillet 2016, votre diocèse a vécu le choc de l’assassinat du P. Jacques Hamel, à Saint-Étienne-­du-Rouvray. Aujourd’hui, peut-on dire que cet événement tragique a, malgré tout, porté des fruits ?

Je comprends que l’on parle de fruits, de l’extérieur, mais je suis aujourd’hui dans le deuil et la souffrance. Tous les proches du P. Jacques Hamel sont suivis par des ­psycho­logues, et c’est très compliqué pour eux parce qu’il est plus vivant que jamais.

Pour autant, en ce qui me concerne, le fruit que je vois, c’est que je ressens avec une force beaucoup plus grande que nous sommes tous liés dans ce monde.

L’assassinat du P. Jacques Hamel m’a lié à jamais à la communauté musulmane de ­Saint-Étienne-du-Rouvray, à son maire communiste, à sa préfète, aux policiers, à l’équipe pastorale… Je réalise qu’il y a urgence à réaliser que nous ne nous sauverons pas les uns sans les autres. Je suis lié à la famille des assassins, et à ceux qui sont tentés par le djihad. C’est au cœur de ma foi chrétienne. C’était dans ma tête et pas forcément dans mon cœur. Aujourd’hui, c’est dans mes entrailles.

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

Les propos de Mgr Dominique Lebrun

sc 07/11/2017 à 14:35

Et les Diacres? ministres ordonnés, inexistant dans les propos de Mgr. merci de m'avoir lu.

Paru le 23 novembre 2017

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