Marie Collins : "L’enjeu essentiel, c’est la souffrance des victimes de pédophilie"

agrandir Marie Collins : "L’enjeu essentiel, c’est la souffrance des victimes de pédophilie"
Marie Collins, le 25 mars 2017 à Dublin © Paulo Nunes dos Santos/4SEE-REA
Marie Collins : "L’enjeu essentiel, c’est la souffrance des victimes de pédophilie"
Marie Collins, le 25 mars 2017 à Dublin © Paulo Nunes dos Santos/4SEE-REA

En jetant une lumière crue sur les défaillances de l’Église de France dans le suivi des prêtres pédophiles, l’émission Cash Investigation, diffusée le 21 mars sur France 2, a fait l’effet d’un électrochoc. Pèlerin a souhaité élargir le débat en rencontrant l’Irlandaise Marie Collins, une ancienne victime. Un témoignage lucide et éclairant.

À propos de l'article

  • Publié par :Propos recueillis par Frédéric Niel, à Dublin
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    7009 du jeudi 30 mars 2017

Pourquoi avoir quitté la Commission pontificale pour la protection des mineurs, le 1er mars ?

J’ai siégé trois ans dans cette commission voulue par le pape François. Dès le début, nous avons été confrontés à des résistances importantes de la part de la curie (gouvernement du Vatican, NDLR), notamment de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF). Son préfet, le cardinal Gerhard Müller, a maintes fois refusé de coopérer.

Par exemple, alors que le pape avait souhaité la création d’un tribunal spécial pour que les évêques ayant couvert certaines affaires rendent enfin des comptes, le cardinal a prétendu que ce n’était pas nécessaire car les institutions adéquates existaient déjà ! Si c’était vrai, on se demande quelles décisions elles ont prises à l’encontre des intéressés… La CDF a également refusé de nous montrer les recommandations envoyées aux évêques en matière de protection des enfants, souvent différentes pour chaque pays, et que nous aurions aimé unifier pour qu’elles soient mieux appliquées. Constatant que nous étions empêchés de travailler, j’ai préféré partir.


En bref

Marie Collins s'est investie sans compter au sein de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, mise en place par le pape François en mars 2014. Si sa démission récente constitue un signal d'alarme, cette femme de conviction souligne aussi les progrès réalisés par l'Église catholique dans la lutte contre la pédophilie, notamment en Irlande, son pays d'origine.


Qu’en pense le pape ?

Je n’en sais rien. En trois ans, nous n’avons jamais réussi à obtenir un rendez-vous avec lui. C’est étrange, tout de même. Heureusement, il a écrit, en juin 2016, une lettre apostolique en forme de motu proprio, intitulée « Comme une mère aimante ».

(...)

À la lumière de votre expérience, quel conseil donnez-vous aux victimes ?

Le silence constitue la pire réponse. Non seulement parce qu’il retarde cette prise de conscience et la guérison possible de la victime. Mais aussi parce qu’il permet au prédateur de continuer de nuire. Un conseil : mieux vaut aller directement voir la police plutôt que de s’adresser à l’évêque.


Le silence constitue la pire réponse et retarde la guérison de la victime

Trop souvent, par le passé, celui-ci a seulement cherché à imposer le silence. Cela est d’autant plus facile que la victime, paradoxalement, se sent coupable de ce qui lui est arrivé.

(...)

La situation a-t-elle changé en Irlande ?

Complètement. Les leçons ont été tirées. Par exemple, un prêtre soupçonné de tels agissements doit quitter son ministère immédiatement, dans l’attente de la conclusion de l’enquête. Une sage précaution. Cependant, à cause de ces affaires et d’autres scandales survenus dans des orphelinats notamment, l’Église catholique a perdu énormément de son influence et de son autorité sur la société irlandaise.


(...)

web01-edito5872748306896385243.indd[-1_-1xoxar]

Retrouvez notre interview complète dans le numéro 7009 de Pèlerin du jeudi 30 mars 2017.

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

Victimes de la pédophilie

GARNAUD JP 30/03/2017 à 10:37

Madame Collins a eu le courage de refuser d'aller dans le sens habituel de la défense de l'institution humaine, car l'église n'est pas autre chose, avant celle des victimes.

Paru le 20 avril 2017

Notre Librairie

Voyages et croisières