Peut-on bénir des unions homosexuelles ?

agrandir Au Danemark, les couples du même sexe peuvent se marier depuis le 15 juin 2012. Cela leur donne le droit de s’unir à l’Eglise évangélique luthérienne.
Au Danemark, les couples du même sexe peuvent se marier depuis le 15 juin 2012. Cela leur donne le droit de s’unir à l’Eglise évangélique luthérienne. © Liselotte Sarboe / AFP
Au Danemark, les couples du même sexe peuvent se marier depuis le 15 juin 2012. Cela leur donne le droit de s’unir à l’Eglise évangélique luthérienne.
Au Danemark, les couples du même sexe peuvent se marier depuis le 15 juin 2012. Cela leur donne le droit de s’unir à l’Eglise évangélique luthérienne. © Liselotte Sarboe / AFP

L’Église protestante unie de France, la principale Église protestante française, vivra du 14 au 17 mai 2015 un synode national à Sète (Hérault), où elle se prononcera sur la bénédiction de couples homosexuels. Un débat toujours vif, deux ans après la promulgation de la loi sur le mariage pour tous.

À propos de l'article

  • Créé le 12/05/2015
  • Publié par :Gwénola de Coutard
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6911, du 14 mai 2015

Que signifie « bénir » ? Dire du bien d’une personne ? Appeler sur elle la grâce de Dieu, l’encourager ? Depuis un an et demi, l’Église protestante unie de France (EPUdF) y réfléchit, dans le cadre d’un synode intitulé « Bénir, Témoins de l’Évangile dans l’accompagnement des personnes et des couples ». Avec, en ligne de mire, l’éventualité de bénir des unions homosexuelles…

Le débat, ancien dans les Églises réformée et luthérienne, rassemblées depuis 2012 au sein de l’EPUdF, a été relancé par l’adoption de la loi sur le mariage pour tous. « Notre questionnement est pastoral, souligne Laurent Schlumberger, président de l’EPUdF. Comment répondre aux couples de même sexe qui désirent placer leur amour sous le regard de Dieu ? La bénédiction peut manifester l’accompagnement, pour dire que Dieu est là. »

Dans la foi protestante, le mariage n’est pas un sacrement. C’est donc le mariage civil qui est béni au temple. Alors, maintenant qu’il est autorisé par la loi pour les couples de même sexe, une cérémonie liturgique de bénédiction est-elle opportune ?

Dans le paysage protestant français, les réponses sont variées… « Oui », avait répondu dès 2011 la Mission populaire évangélique, à propos des couples homosexuels pacsés. « Nous ne sommes pas prêts à décider », a estimé en substance l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (Uepal), en juin 2014.

À l’EPUdF, après des débats en paroisses, puis neuf rassemblements régionaux, la réflexion continue avec ce synode, qui rendra une décision le 17 mai.

Nous avons constaté une réelle implication, des points de vue parfois très opposés se sont exprimés, toujours dans le respect 

→ se réjouit Isabelle Grellier, l’un des rapporteurs du texte qui sera soumis au synode national.

D’autres, pourtant, sont moins enthousiastes sur la direction des débats. « Un rapporteur a préféré démissionner », reconnaît Isabelle Grellier.

Comme le font les textes du synode, elle définit la bénédiction comme « un accueil, et un appel à mettre nos vies au diapason de l’Évangile, mais pas un “bon point” distribué par Dieu ». « Le message véhiculé par la bénédiction est ”Dieu te veut du bien” plutôt que “ce que tu fais est bon”, insiste-t-elle.

Le synode risque de créer un vrai malaise

→ s’alarme Gilles Boucomont, pasteur au temple du Marais.

En plein quartier homosexuel de Paris, il assure « être dans une des paroisses les plus concernées par l’homosexualité, et l’une des plus opposées à la bénédiction des couples de même sexe ! » Pour lui, bénir signifie « dire que cela plaît à Dieu ».

La manière de lire les Écritures : un sujet crucial

Or, « les Écritures parlent clairement de l’homosexualité comme d’une rupture avec Dieu. Bénir un couple homosexuel est une contradiction car, dans la Bible, ce type de projet conjugal ne peut être dans le plan de Dieu. On peut cependant bénir les personnes individuellement, et les accompagner par bien d’autres moyens, notamment en prenant le temps de l’écoute et du dialogue. Les gens sont demandeurs d’un lieu de parole vraie sur l’homosexualité », souligne-t-il.

Sur sa paroisse, une cinquantaine de personnes ont ainsi été formées à l’accompagnement spirituel. Avec d’autres pasteurs et paroissiens engagés, Gilles Boucomont a lancé un blog, « Bénir ! », pour faire connaître leurs arguments contre la bénédiction des couples de même sexe.


En réponse, un autre site a été lancé, favorable à la bénédiction : « Bénissons ». Si le débat gagne la Toile, c’est qu’il soulève un sujet encore plus crucial : celui de la manière de lire les Écritures. Les condamnations de l’homosexualité dans la Bible sont-elles à prendre à la lettre, ou à relativiser par la prise en compte du contexte historique ?

La question pourrait bien créer des divisions au sein de l’EPUdF. « Au regard des statistiques, on peut estimer les futures demandes de bénédictions à une dizaine seulement de couples homosexuels par an, avance Gilles Boucomont, qui assure n’en avoir jamais reçu. Faut-il mettre en danger notre unité pour si peu de cas ? »

Un peu plus loin dans Paris, au temple de l’Oratoire du Louvre, le pasteur Marc Pernot tient un raisonnement tout à fait différent, lui qui célèbre déjà des bénédictions de couples homosexuels.

Seulement quatre en cinq ans : il s’accorde à dire que la demande est encore faible. Il explique l’avoir toujours fait en dehors de son ministère de pasteur, et sur le lieu de la réception plutôt que dans l’église. « Ce serait pourtant beaucoup plus symbolique de le faire dans les murs du temple que le couple fréquente le dimanche », plaide-t-il, en considérant la bénédiction comme « une ouverture à la dynamique de Dieu, un acte de création ».

« Peu de couples homosexuels sont stables, reconnaît-il, alors pourquoi ne pas répondre favorablement à ceux qui veulent s’engager et se placer sous le regard de Dieu ? » s’interroge-t-il.

Son espérance : que le synode laisse chaque paroisse discerner car, estime-t-il, « en protestantisme, nos pratiques peuvent différer, mais ce qui nous unit, c’est le Christ »

 


Le saviez-vous ?

Selon l’Insee, 17 500 couples homosexuels se sont mariés en France entre le 18 mai 2013 et le 31 décembre 2014.

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Paru le 18 janvier 2018

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