Mariage pour tous : les députés consultent des psys

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© Manuel Cohen / AFP
Mariage pour tous : les députés consultent des psys
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Le 15 novembre, les députés ont demandé leur avis à sept psys sur le projet de loi sur le mariage et l’'adoption des couples de même sexe. Des points de vue souvent divergents.

À propos de l'article

  • Créé le 28/05/2013
  • Modifié le 28/05/2013 à 14:00
  • Publié par :Marie-Christine Vidal
  • Édité par :Gilles Donada

Jeudi 15 novembre, 14 heures. Sept psys et une dizaine de députés ont pris place dans la très moderne salle Lamartine, à l’'Assemblée nationale. L’'heure est au débat, animé par le rapporteur du projet de loi, Erwann Binet, jeune député socialiste de l’'Isère.

La règle du jeu : chacun des sept experts expose son point de vue, avant les questions des députés. Durant trois heures de discussions, les partisans résolus d’'une réforme du mariage s'’opposent aux défenseurs acharnés de l’'institution. Des différences d’'appréciation parfois étonnantes de la part d’'experts qui "travaillent" sur la même population.

Comme le fera habilement remarquer le pédopsychiatre Serge Hefez, praticien à l’'hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris, le biais idéologique n’'est donc pas totalement absent des réflexions.

Pas de "souffrance psychique" pour les enfants, estiment les psys favorables à la réforme

Côté réformateurs, quatre des spécialistes présents : Stéphane Nadaud, pédopsychiatre ; Suzann Heenen-Wolff, psychanalyste et psychologue ; Élisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse ; et Serge Hefez, psychiatre et psychanalyste.

Le premier de leurs arguments repose sur le constat que, d’'après les études auxquelles ils font référence, les enfants élevés par des couples homosexuels ne seraient pas plus "en souffrance psychique" que les autres.

Selon le clinicien Stéphane Nadaud, ils souffriraient surtout de la stigmatisation de leurs parents par l’'opinion publique.

Pas de souffrance particulière et une construction de l’'identité sans risque majeur car, selon Suzann Heenen-Wolff, praticienne belge, c'’est le regard des parents qui permet à l’'enfant de se construire. Et non pas un processus d'’identification à l’'un ou l’'autre sexe.

Deuxième point de vue, défendu par l’'historienne de la psychanalyse Élisabeth Roudinesco, le mariage est une institution laïque qui n’'est que "la traduction légale de ce qu'’est la famille à une époque donnée". Il serait donc urgent, selon elle, de repenser la loi.  D'’ailleurs, a-t-elle ajouté, ce n’'est pas "le désir des homosexuels de fonder un foyer" qui détruit la famille mais "la misère psychique, morale et matérielle".

Enfin, le pédopsychiatre Serge Hefez suggère de ne pas se borner à considérer la famille uniquement sous l'’angle de la filiation, mais plutôt comme "un groupe humain destiné à aimer un enfant et à lui fournir un milieu qui permette son épanouissement". Il estime que la légalisation du mariage homosexuel, qui permettrait "l’'institutionnalisation des famille homosexuelles" aiderait les enfants à s’'approprier "l’'histoire de leurs origines"."Ce qui serait favorable à leur développement", conclut-il.

Des difficultés à se représenter ses origines, souligne les psys opposés au projet

Face à eux, trois experts s’'opposent au projet de loi : Jean-Pierre Winter, psychanalyste ; Pierre Lévy-Soussan, pédopsychiatre et psychanalyste ; et Christian Flavigny, pédopsychiatre et psychanalyste.

Le psychanalyste Jean-Pierre Winter émet de sérieuses réserves sur la réforme. Il craint notamment que, dans le Code civil, le remplacement des termes "père" et "mère" par "parent", fasse oublier à l’'enfant "qu'’il est le produit d’'une certaine mixité".

Le pédopsychiatre et psychanalyste Pierre Lévy-Soussan intervient en tant que spécialiste de l’'adoption. Pour lui, tout enfant a besoin de "s’'originer" psychiquement. C’est-à-dire de pouvoir "fantasmer" la scène de sa naissance. Impossible, pour des enfants élevés par des personnes de même sexe, car "cette fiction n’'est pas crédible".

Il insiste par ailleurs sur le fait qu’ "un enfant de moins de six ans a beaucoup plus besoin de sa mère que de son père". En ajoutant qu’'aucun pays étranger confiant des enfants à l’'adoption internationale n’'acceptera d’'en remettre à des couples homosexuels.

Enfin, Christian Flavigny rappelle que l’'enfant est issu "d’'une relation d’'incomplétude entre les sexes, de différence. Il s'’ancre dans la finitude de chaque génération. C'’est ce qui fait de lui un petit humain."

Il insiste sur les questions de l’'enfant qui n’a pas connu son père et sa mère : "Il se demande : ‘Pourquoi n’'ai-je pas mérité d’'avoir un père et une mère ?’"

Peut-être, suggère-t-il, un projet de loi est-il nécessaire pour résoudre "la question de l’'inégalité entre les adultes homosexuels et les autres". Mais pour l'’expert, il serait souhaitable "qu'’il n'’intègre pas un droit à l’'enfant". 

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Paru le 14 juin 2018

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